Apprivoiser sa voix grâce à celle des autres

Apprivoiser sa voix grâce à celle des autres


Quel est le chemin le plus court pour faire connaissance ou reconnaissance avec sa voix ?

Chanter, parler, s’écouter ?

Une démarche apparemment naturelle, centrée sur ses propres besoins. Il y est question de mettre en voix ce qui résonne en nous et de progresser à son rythme et à sa façon, guidé ou non par un enseignant.

Il me semble que les limites d’une pratique toute individuelle résident dans le fait de justement ne pas pouvoir recevoir d’écho à ce que l’on a lancé… On aura beau faire, si notre voix résonne seule, la pratique tournera en rond.

Pratiquer le chant à plusieurs est une habitude plus qu’ancestrale et se prête à des modalités très richement diversifiées à travers le monde. Outre le plaisir de chanter ensemble, l’écoute des autres et le mélange de voix met en œuvre des mécanismes vocaux différents parfois d’une pratique solo. On pourrait également évoquer les bienfaits vibratoires d’un ensemble vocal, encore un vaste sujet ! Improviser en collectif est un moyen particulièrement adapté pour travailler confiance en soi, lâcher prise, créativité. A son rythme.

Qu’est-ce qui se passe quand je chante avec les autres ?

 

Vous avez certainement fait cette expérience de chanter avec une ou plusieurs personnes, que ce soit chez vous, dans la voiture, en apprivoiser sa voixchorale, en soirée, en représentation… Indépendamment de l’objectif visé, nous allons mettre en œuvre différents comportements selon le contexte :

– chanter à l’unisson

– chanter en écho, l’un après l’autre

– chanter plus ou moins  fort que l’autre pour que l’on puisse s’entendre

– chanter une octave plus haute ou basse pour rester dans notre confort vocal

– …

Qu’est-ce que l’on fait au juste, si ce n’est s’adapter à l’autre voix en fonction de la sienne ? Se met alors également en place un jeu, au sens premier du terme. Ce jeu bien moins anodin qu’il n’y paraît est une conversation où chacun va tenir un ou plusieurs rôles. Comme dans notre vie quotidienne, lorsque nous chantons, nous agissons en fonction de notre subjectivité. Si les pratiques artistiques sont un terrain propice pour bousculer cette subjectivité et incarner une autre façon d’être au monde, le chant à plusieurs est une place où s’observent des jeux relationnels évocatifs et où l’on peut requestionner notre place et surtout la façon de l’ancrer sereinement dans un cadre protégé.

On voit donc qu’une fois mise en voix avec d’autres, notre propre voix va se trouver confrontée à se positionner d’une façon ou d’une autre.

 

Comment mêler ma voix à celle des autres tout en la faisant entendre ?

Le plaisir de chanter ensemble, au-delà de l’aspect purement énergétique, réside me semble-t-il – entre autres – dans celui de pouvoir être connu et reconnu par ses pairs.

Mais que cherche-t-on au juste ?

  • faire entendre à l’autre notre voix et acquérir sa reconnaissance tacite de sa justesse, son originalité, son esthétique ?
  • obtenir de l’autre une réponse à ce qu’on vient de chanter et donc instaurer un dialogue au sens propre ?
  • harmoniser nos voix pour atteindre un idéal esthétique déjà connu et reconnu  par l’extérieur ?

Lors des sessions de Chant pour tous que j’anime, il est crucial pour l’animateur de faire passer le message suivant aux participants : la séance n’est pas un cours, elle est participative. Ceci exige de ma part de mettre de côté certains aspects purement pédagogiques et didactiques de mon enseignement, tout en créant les conditions favorables pour que chacun se sente en confiance et en droit et  de participer sans jugement des autres. Les autres, dans lesquels je m’inclus alors, sont également aux prises avec les contraintes de cette pratique. Il n’y a pas de transmission d’enseignement, tout repose donc en grande partie sur la dynamique du groupe sur laquelle l’animateur peut influencer dans une mesure existante mais naturellement limitée.

 

Je voudrais revenir sur celles-ci, car si le Chant pour tous offre un espace privilégié d’expression et de partage, il n’en demeure pas moins qu’avant de recevoir… il faut donner ! Chaque participant, invité comme animateur, se retrouve alors face à des situations souvent inédites par rapport à sa propre pratique vocale, des situations parfois embarrassantes, plus ou moins agréables, déroutantes dont voici quelques-unes. La confiance mutuelle qui s’installe progressivement est un élément clé pour donner forme au chant.

Essayez donc de vous projeter dans les situations décrites : comment réagiriez-vous ?

  • émettre un son libre sans modèle donné
  • improviser avec une personne n’ayant pas le même timbre de voix
  • gérer des mouvements corporels rythmés (gestes, déplacements) tout en chantant
  • ne pas savoir quand commencer ni quand finir puisqu’il n’y a ni partition ni mesure
  • entendre soudainement le silence alors qu’on ne s’y attendait pas
  • avoir le choix de démarrer sur la note que l’on souhaite
  • se retrouver avec l’impression de ne pas réussir à créer un son harmonieux à plusieurs
  • avoir une mélodie en tête mais ne pas pouvoir la faire entendre car les autres nous couvrent de leurs voix
  • avoir l’impression de suivre l’autre en lui répondant par une phrase vocale adaptée et ne pas comprendre la réplique qu’il nous donne alors
  • avoir envie de continuer et de prolonger une circle song et se retrouver tout seul car les autres ont arrêté avant nous
  • avoir l’énergie dans notre voix qui demande à sortir mais ne pas trouver le soutien dont on aurait besoin dans le cercle pour avoir le temps de se lancer et prendre confiance

Que retrouve-t-on là si ce n’est des situations finalement très banales et quotidiennes ?

 

Quel rôle je joue devant les autres ?

Il n’est pas question ici de développer plus avant les mécanismes relationnels en jeu, mais simplement de mettre en exergue quelques aspects que l’on va retrouver dans ce contexte particulier du chant improvisé :

  • rapports de force plus ou moins établis mis en scène par le jeu vocal, avec les rôles de composition permis par ce cadre privilégié
  • attitude de repli ou affirmation de sa présence
  • écoute timide mais intégrative qui permet de se lancer au moment opportun pour soi
  • paradoxe intérieur du vouloir et ne pas vouloir être entendu, avoir envie d’y aller mais ne pas oser
  • frustration de l’expérience vécue comme inaboutie
  • sensation désagréable de dysharmonie d’après les normes harmoniques occidentales
  • confrontation aux voix qui ne nous « parlent » pas : qu’en faisons-nous ?

apprivoiser sa voix

Je vous laisse le soin de faire les rapprochements ou analogies avec votre propre vécu ! Les échos sont étonnamment très larges et souvent partagés… Inutile de dire que l’influence de notre culture est tout simplement… énorme. Et que se détacher de nos propres repères, nos « notes en tête », nos mélodies toutes faites, demande un effort de décentrage quasi-permantent, rendu possible – à mon avis – par l’écoute et le lâcher prise. Pendant la pratique et bien sûr par un travail personnel en dehors. Il en va de même pour nos postures respectives, animateur ou participant : comment je prends ma place, comment je perçois celle des autres, comment j’évolue dans les interactions qui se créent.

On ne vise pas l’esthétique. On cherche une façon d’être ensemble, qui va passer par la voix chantée.

 

Se décentrer pour mieux se recentrer : voilà tout l’enjeu !

Que cela nous fasse peur ou envie, l’expérience prouve que nos réactions évoluent, d’une séance sur l’autre et d’une minute à l’autre lors d’une même session. Ce processus dynamique d’échanges vocaux est par nature non figé et se veut donc le moyen idéal pour se mettre dans un état à la fois réceptif et actif. Plus j’écoute, plus je me donne le droit au silence, plus je suis en mesure de redonner de ma voix. Plus je me lance sans filet, plus je rentre dans le jeu en répondant aux autres, plus je me donne de chances d’aller là où je n’ai encore jamais mis les pieds… dans ma voix et dans mon rapport aux autres !

 

apprivoiser sa voix

Mon parcours personnel étant ce qu’il est, j’essaie de toujours rester dans une sollicitation non intrusive des participants. Se forcer ne sert à rien, être doucement impliqué me paraît plus porteur… ce n’est pas évident, ni pour l’animateur, ni pour le participant. Tout est question de savoir : est-ce que je veux jouer le jeu ? Est-ce que je m’accorde le droit de prendre le risque, avec moi-même et avec les autres ? Il est bien sûr avant tout question de confiance et le climat bienveillant nécessaire pour lâcher prise s’instaure dans la dimension collective. Les bénéfices sont larges même si pas immédiatement ressentis ou constatés. Seule la pratique peut aider à se familiariser et à oser un peu plus. 

 

 

Plus de confiance en moi, plus de confiance en la voix des autres, plus d’assurance pour oser me lancer là où je ne suis pas encore allé avec ma voix…

 

Apprivoiser la voix des autres, y prêter non seulement l’oreille mais aussi le cœur et le corps, c’est se mettre tout autant à l’écoute de la nôtre. C’est se donner une chance d’enrichir de multiples dimensions de nous-même : bien au-delà d’une pratique vocale, le chant improvisé en groupe nous met au travail pour requestionner notre sentiment d’appartenance tout autant que notre unicité. Une chance de pouvoir asseoir notre équilibre et développer notre sentiment d’ancrage et d’individualité au croisement de celle des autres !

 

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Improvisation vocale: conserver le tempo!

Improvisation vocale: conserver le tempo!

Voici un exercice simple à mettre en place pour s’entraîner à conserver un tempo régulier quand on improvise.

Dans le cas où vous improvisez :

  • avec d’autres personnes, chanteurs ou musiciens
  • seul mais avec une base instrumentale ou vocale

vous devez vous caler sur le tempo déjà mis en place…

Bien sûr, si l’improvisation est libre au sens strict, rien n’interdit de varier ce tempo: accélérer, ralentir, dans un sens ou l’autre.

Je prends donc ici comme exemple celui d’un standard de jazz où vous avez devant vous quelques mesures pour placer votre improvisation.

Quelle chance!

Mais il va falloir « tenir » le tempo, tout en improvisant… c’est une petite gymnastique car il faut garder en soi la sensation de cet élément fixe, régulier, tout en « partant » un peu dans la liberté de l’impro. Pas facile au début…

Vous voulez tester? Je vous guide dans la vidéo ci-dessous…
Si vous appréciez, merci de liker et de vous abonner à ma chaîne!

Comment se lancer dans l’improvisation vocale?

La plupart d’entre nous sommes effrayés à l’idée d’improviser.
Ca, c’est au tout début… une fois qu’on y a goûté, en général on en redemande!

Voici 3 conseils pour vous aider à vous lancer dans l’improvisation vocale.
Ce sont des astuces et des idées que j’ai moi-même mis en application et que j’utilise bien sûr encore! Car improviser c’est toujours un peu comme redémarrer… on ne sait pas toujours où on va, il y a de l’incertitude, alors ces balises peuvent aider à franchir des caps.

J’ai peur d’improviser

Rassurez-vous, nous sommes tous pareils. La peur vient de l’inconnu, comme toujours.
On a peur de sortir de ce qu’on connaît, à savoir les méthodes de chant et d’interprétation.
On peut aussi avoir du mal à lâcher sa partition et accepter de ne pas suivre les notes ou le rythme de la chanson.
Du mal à improviser à partir de rien, librement.
Plus vous vous autorisez à aller voir ce que votre voix veut vous dire, plus il vous sera facile d’improviser.
Il faut certainement avoir l’esprit curieux et un peu aventurier, mais ça vaut le coup!
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon d’improviser, laissez-vous cette liberté de mettre un petit grain créatif dans votre voix!

J’ai peur du jugement des autres sur ma voix

Là encore, rien de plus naturel!
Nous sommes quasi constamment dans l’auto-jugement, particulièrement dans le chant puisque notre instrument produit un son qui vient de nous. Donc si nous estimons que le son est inesthétique, faux, bizarre… nous pensons que c’est nous qui sommes fautifs.
Je vous conseille tout simplement de commencer par vous habituer à improviser tout seul chez vous. Quand vous pouvez avoir les conditions idéales, c’est à dire sans personne autour, profitez-en pour tester des choses: fredonnez une mélodie connue et puis changer quelques notes, le rythme etc.

Je ne sais pas comment improviser

Il n’y a pas vraiment de méthode à proprement parler.
Il y a vous surtout, et l’écoute de votre ressenti intérieur.
Il existe des tas d’exercices variés et des techniques qui peuvent aider à amorcer l’improvisation, à donner des pistes pour commencer.
Vous pouvez vous abonner à ma chaîne Youtube pour tester des tutoriels d’improvisation.
Mais avant tout il faut vous donner l’autorisation d’essayer!

Circle songs

Circle songs

Vous connaissez les circle songs?

C’est une forme de chant où on superpose différentes nappes vocales.

On se met en cercle, un leader lance une nappe à reproduire par un groupe de quelques personnes, puis propose d’autres nappes etc. On parvient à une forme de canon, et on peut improviser en solo par-dessus.

J’aime beaucoup pratiquer les circle songs, cela fait travailler l’oreille par l’écoute et l’harmonisation, et l’improvisation également.

Je vous propose quelques circle songs réalisées en solo, vous pouvez vous amuser à chanter avec moi et même à improviser en solo par-dessus mes nappes vocales! 😉

Improvisation vocale: Chant pour tous à Tavel!

Improvisation vocale: Chant pour tous à Tavel!

Chant pour tous le dimanche 3 décembre de 14h à 16h à Tavel à l’espace Viens voir!

Venez comme vous êtes pour expérimenter le simple plaisir d’improviser vocalement ensemble!

chant pour tous

Comme tout Chant pour tous, cet événement collectif sera défini par les 4 accords suivants:

  • ouvert à tous niveaux, tous âges.
  • entièrement improvisé dans l’instant: pas de reprise de mélodie ou de refrain connu.
  • seulement vocal et corporel: chant a cappella, beatbox, percussion corporelles.
  • gratuit, avec participation libre pour la location de la salle

Un aperçu du déroulement?  Echauffement vocal et corporel, circle songs, improvisations collectives dans un esprit de co-création.

Où? Théâtre Viens voir   ​213 chemin de Cravailleux   30126 Tavel (15 minutes d’Avignon)

S’inscrire? Auprès de Marion 06 60 73 57 96 memovoix@gmail.com, merci de laisser un message en indiquant votre prénom.

Comment avoir des habitudes peut nous aider à être plus créatifs!

Comment avoir des habitudes peut nous aider à être plus créatifs!

être créatif, oser s'exprimer, se libérer, authentique, spontané

 

Voici mon dernier article paru sur le blog Les Inspirés

Nous avons souvent des attitudes contradictoires vis-à-vis des habitudes: soit on voudrait s’en détacher car le poids de la routine nous pèse, soit on voudrait en acquérir durablement pour pouvoir réaliser un objectif…

Ce titre peut paraître paradoxal, pourtant quand on y réfléchit, c’est bien logique! L’habitude est souvent associée à la routine, et du coup à la monotonie et à l’ennui. Les habitudes retrouvent un meilleur écho depuis quelques années puisqu’on met régulièrement à l’honneur les habitudes de vie saine, les habitudes du bon manager,  etc.

Avoir une ou des habitudes, c’est savoir faire quelque chose et le répéter, régulièrement, fréquemment. A priori rien de très fun, c’est simplement une case de plus dans notre emploi du temps. Des habitudes de loisirs peuvent même devenir ennuyeuses à la longue et pourtant elles sont aussi bénéfiques et même source de créativité !

Les bienfaits des habitudes

Les routines nous permettent de nous reposer littéralement le cerveau: en sachant exactement quoi faire, comment et à quel moment, nous économisons du stress. Nous n’avons pas à inventer. C’est rassurant et réconfortant. Et cela nous permet du même coup de pouvoir consacrer plus de temps et plus d’énergie à des projets et du travail qui demande inventivité et réactivité. Nous n’avons pas à nous préoccuper des actions que nous avons ritualisées. Elles sont bien mises en place dans notre quotidien, ça roule tout seul! Ainsi, nous pouvons être plus libres et plus créatifs quand nous avons un quotidien balisé par une certaine routine. Bien sûr, tout est question de dosage!

Alors à quoi sert une habitude et comment peuvent-elles nous libérer plutôt que nous enfermer?

Le piège de la routine

Je peux dire que je suis habituée à faire quelque chose lorsque cela devient presque machinal. J’ai bien souvent acquis un savoir-faire pour la pratiquer (du brossage des dents aux vocalises quotidiennes), et je continue à approfondir cette pratique à chaque fois que je m’y mets, par habitude donc.

Le risque de se sentir enfermé dans ses habitudes peut venir de plusieurs façons:

-on peut ressentir de la lassitude parce que nous avons nos habitudes fixées toujours à la même heure, avec les mêmes personnes, au même endroit… que ce soit pour faire son marché, aller au gym, faire ses comptes, il arrive des périodes où on n’a plus envie parce que la routine l’a tuée.

-on peut également se sentir tanné de faire la même chose par habitude parce qu’on ne progresse pas suffisamment à nos yeux. Je prends mon exemple personnel avec la pratique du piano: il y a des périodes où je sens que je stagne au point de vouloir tout arrêter de mon entraînement quotidien. Dans le même temps, je sais que ce qui m’a permis d’arriver jusque là, c’est justement la régularité et la répétition.

Des astuces pour faire évoluer ses habitudes

Une habitude s’ancre.

Mais on peut la faire évoluer. Et c’est là le secret : varier ses habitudes, nous permet de les reconsidérer et nous met en position de créer du nouveau, d’improviser!

-changer le lieu ou l’heure à laquelle on accomplit un rituel.

-chercher de nouvelles façons d’accomplir ce rituel, cela peut aller de tester une nouvelle recette de cuisine à modifier son parcours de jogging

-planifier un roulement d’habitudes, le faire avec d’autres personnes: son conjoint, un ami… rien de mieux que d’échanger sur ses routines pour les rendre plus attrayantes, plus efficaces, plus personnalisées!

 

Et vous, quelles sont vos habitudes qui vous, celles que vous aimez et celles qui vous plaisent moins?

J’aurais plaisir à lire vos commentaires sur ce sujet!