Les bénéfices de la procrastination pour la créativité

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Je vous propose ma traduction d’un article du journal The Independent, premier article d’une série sans doute longue sur ce sujet de la créativité et de la procrastination. 

 

Selon les chercheurs, procrastiner vous rend plus créatif

independent.co.uk · by Alexandra Sims · March 10, 2016

 

Vinci a passé 16 années à travailler sur son œuvre autour de Mona Lisa et il pensait que c’était un échec car il était constamment distrait pendant son travail.

Beaucoup d’entre nous peuvent se sentir coupables de reporter certaines tâches pénibles, pourtant la recherche a mis en évidence qu’il n’y aurait pas de raison de se sentir honteux.

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Environ 20% des adultes déclarent être des procrastinateurs chroniques, mais cela pourrait aussi les rendre plus créatifs selon les chercheurs.

Adam Grant, un professeur de la Wharton Business School, dit qu’il a d’abord été interpelé par cette théorie lorsque l’une de ses étudiants les plus créatifs lui raconta que ses idées les plus originales lui parvenaient après qu’elle ait procrastiné.

Jihae Shin, désormais professeur à l’Université du Wisconsin, a étudié cette hypothèse en menant des enquêtes dans deux entreprises différents, et en analysant la fréquence de procrastination du personnel ainsi qu’en demandant à leurs responsables d’évaluer leur potentiel créatif et innovant.

Le Professeur Shin a démontré que les personnes qui procrastinaient étaient souvent celles perçues comme les plus créatives.

 

D’après les chercheurs, le fameux discours « I had a dream » de Martin Luther King est né grâce à la procrastination.

Les personnes à qui l’on demande d’évoquer leurs idées après avoir joué à des jeux comme Le démineur ou Le solitaire pendant 5 minutes ont des idées jugées comme 28% plus créatives par le jury que les personnes qui ont émis leur idées directement.

 

En donnant ces conclusions dans son livre Les originaux : comment les non-conformistes changent le monde, le Professeur Grant affirme que les idées qui nous viennent en premier sont souvent les plus conventionnelles, tandis que la procrastination permet au mental d’une personne de vagabonder, ce qui mène à des réflexions plus innovantes.

Le professeur Grant affirme également que certains des plus moments les plus marquants de l’histoire de l’humanité sont dus à la procrastination, y compris le fameux discours de Martin Luther King, « I had a dream », celui d’Abraham Lincoln à Gettysburg Address, ou bien la Joconde de Léonard de Vinci.

 

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Comme il l’a dit à BBC Radio 4 :

« Les plus grands discours de l’histoire étaient réécrits jusqu’à la dernière minute donc il y avait une grande liberté d’improvisation sur scène, contrairement au fait d’avoir le script du discours figé dans le marbre des mois à l’avance ».

« Et De Vinci a passé 16 ans à travailler autour de Mona Lisa, il pensait que c’était un échec parce qu’il était constamment distrait. Il écrivait dans son journal : ‘ Dites-moi si j’ai vraiment fait quelque chose’.

Ce qu’il ne réalisait pas à l’époque… c’est que certaines distractions, comme ses expériences dans l’optique, avaient changé la façon dont il travaillait la lumière et finalement avaient fait de lui un meilleur peintre. »

Si l’on procrastine trop, pourtant, cela peut aussi inhiber la créativité d’après le professeur Grant. D’autres recherches ont démontré que démarrer les choses à la dernière minute force les gens à se précipiter pour finir le travail, en appliquant les idées les plus évidentes plutôt que laisser venir les plus originales.

Le Professeur Grant, qui se décrit comme un « précrastinateur » – un individu qui devient anxieux bien avant la date de rendu d’un travail et le termine avant l’échéance – dit que ses recherches l’ont mené à changer certaines de ses habitudes de travail.

 

Dans le New York Times, il écrit :

« Si vous êtes un procrastinateur, la prochaine fois que vous vous complaisez dans la culpabilité et le dégoût de soi parce que vous n’arrivez pas à démarrer quelque chose, rappelez-vous que l’aspect positif de la procrastination peut vous aider à être plus créatif. »

« Et si vous êtes un précrastinateur, comme moi, ça peut valoir la peine de maîtriser cette discipline consistant à vous forcer à procrastiner ».

 

Dites-moi dans les commentaires: est-ce que vous procrastinez? Parvenez-vous à dompter la procrastination pour booster votre créativité? 🙂

 

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Suivre son idée

Je suis très attachée au thème de la créativité, et je cherche constamment comment la développer et la nourrir chez moi, mais aussi chez les autres. On se pose souvent la question de savoir comment susciter une idée créative quand on est en panne d’inspiration, ou bien quand on tourne un peu en rond…

Mais il y a aussi un corollaire à tout ça: parfois, on a le cerveau prêt à exploser d’idées. Ca fourmille, c’est un feu d’artifice, un torrent intarrissable.

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Et là, il devient difficile de canaliser sa créativité. La preuve: alors même que je rédige cet article, je pense à un autre thème pour un prochain billet. Je dois donc lutter pour garder ma ligne directrice, tout en ayant peur de lâcher trop vite l’autre idée et qu’elle ne s’efface rapidement. Sans que j’aie eu le temps de la mettre en mots ou en voix.

Je voulais donc vous proposer une petite comparaison – ou bien une métaphore, c’est selon la façon de l’employer.

Pour réussir à donner vie à son idée, il faut la suivre.

Et pour cela, il faut suivre le fil de son idée, ou de ses idées.

Si l’on est au pluriel, hé bien cela veut dire qu’elles sont plusieurs dans la même pelote. Mais liées ensemble: idées liées par un fil conducteur pardi!

Et si on n’a qu’une seule idée en tête, on peut aussi dérouler la pelote pour voir jusqu’où cela nous mènera: parfois le résultat final n’a plus grand chose à voir avec la conception initiale. Et peu importe, ce qui compte c’est d’être allé au bout.

J’ai remarqué que c’est souvent lorsqu’on a peur de manquer – vaste thème que celui du manque – c’est donc souvent à cause de cela, qu’on se raccroche à la moindre idée comme à une bouée de sauvetage. Pas question de lâcher prise pour la laisser suivre son cours, un doigt glissé sur la pelote qui se débobine, tranquillement. Suivre le cours sans forcer, sans tirer pour arriver très vite au bout de l’écheveau, mais sans non plus être trop négligent et perdre le fil…

L’idéal, ce serait donc ça: laisser faire tout en gardant un oeil sur le processus.

 

Or donc, qui a peur de la panne et du manque de créativité, aura bien du mal à suivre son idée jusqu’au bout.

Car alors, on a plutôt tendance à collectionner les idées. Je remarque en tout cas chez moi une tendance à me laisser submerger par des paquets de noeuds d’idées, sans faire l’effort d’aller jusqu’au bout. C’est tout simplement rassurant de voir que la boîte créative marche bien, la germination s’est faite. Mais à quoi bon, si c’est pour laisser tout ça en plan, en attendant la prochaine salve de projets?

Je garde donc cette image en tête, j’essaie de me la rappeler souvent: une idée arrive, une autre, encore une autre…hop!

Je les note, je les enregistre… au moins garder une trace de la genèse.

Et puis là vient l’étape délicate mais nécessaire du tri des priorités: qu’est-ce que je vais traiter en premier?

Choisir, c’est renoncer… mais choisir c’est s’engager et remonter le fil pour aboutir à un résultat tangible et fini.

Alors je lâche prise sur les idées non directement liées entre elles, j’essaie de garder ce qui me semble de prime abord le plus évident. Ce qui me parle le plus ou me fait le plus envie.

Je déroule le fil, j’explore l’idée, j’essaie d’élargir un peu pour mieux délimiter ensuite un cadre stable mais non rigide. Garder de la place pour l’évolution, toujours.

J’essaie d’aller au bout.

C’est là qu’interviennent d’autres stratégies, dont je vous parlerai sans doute une autre fois, pour instiller un peu de rigueur et ne pas se faire avoir par la procrastination.

Suivre le fil de manière régulière, c’est donc la suite logique de ce premier effort vers un choix conscient et engagé dans la créativité.

Assumer aussi que pendant le temps où l’on déroulera le fil de cette idée ou de ce noyau d’idées adjacentes, on aura moins de temps pour s’occuper d’autre chose.

Savoir que cela ne signifie pas qu’on perd la trace ou l’inspiration pour autre chose.

Que comme pour une fleur coupée, la floraison peut se reproduire.

Encore une question de mouvement ou de cycle, finalement….

 

Les vertus du silence

Le silence? Etrange de parler de cela, pour quelqu’un qui ne jure que par la voix sous toutes ses formes!

Hé bien, pas tant que ça figurez-vous…

Le silence possède sa propre voix. Et il existes différents types de silences, de différentes qualités.

Le silence qu’on fait pour écouter la voix de quelqu’un d’autre.

Le silence du recueillement.

Le silence que nous inspire un lieu, un paysage, un moment.

Ecouter le silence, c’est un délice.

Je suis sûre que vous avez fait l’expérience d’une écoute active, dans la nature ou ailleurs: on se tait, on tend l’oreille, et de prime abord on trouve que tout est silencieux autour de nous. Et petit à petit, si on prolonge l’expérience, on perçoit des bruits très fins. Ces mêmes bruits qui nous étaient imperceptibles au début.

Le silence se goûte dans le temps, ce n’est pas un mets de fast food!

On y va tranquillement, on déguste lentement et chaque saveur se révèle tour à tour.

 

 

Le besoin de silence: vital pour l’équilibre

J’oublie trop souvent que j’ai fondamentalement besoin de silence.

Parce que je vis dans la musique et pour la musique, j’ai l’habitude d’écouter des tas de sons très différents dans la journée. Si l’on rajoute à cela les bruits ambiants de la vie quotidienne, et de l’environnement… ça fait un sacré vacarme!

Sans doute que vous aussi, vous vivez dans ce brouhaha parfois subi.

Et peut-être aussi que vous avez souvent un casque sur les oreilles avec votre musique préférée à portée d’écouteurs.

Ou bien, vous mettez la musique à fond pour vous motiver, vous rebooster.

On veut créer ou recréer le mouvement interne en se gargarisant de sons externes.

Ca marche parfois, souvent même sur le moment c’est très efficace: quoi de mieux qu’un bon morceau de soul pour finir son ménage? Personnellement, j’adore! (même si j’ai honte de me servir des pépites de Marvin Gaye pour ces basses besognes)

Et pourtant, à la longue, ça ne donne pas grand chose.

J’essaie toujours d’équilibrer, partout, tout le temps.

Donc pour ce qui est du bruit aussi.

Alors de temps en temps, et bien souvent c’est mon corps qui me le rappelle, je me fais une petite cure de silence. Pendant quelques heures, une journée si possible.

 

Une journée sans bruit

Ou le moins possible; se mettre en conditions pour écouter le silence.

Arrêter de s’abreuver de notes permet de laisser venir en soi celles qui nous sont propres.

C’est ainsi que le silence, à mon sens, contribue grandement à stimuler la créativité.

 

 

 

C’est dans le silence qu’on entend le mieux sa petite musique intérieure.

En coupant télé, radio, téléphone, ordinateur pendant un temps, inéluctablement le corps se pose aussi.

On revient à sa propre respiration, on réaccorde son souffle à son rythme interne.

On clarifie ses pensées, tout le flot de cogitations incessantes décante doucement et tranquillement.

Sans avoir à se mettre spécialement en posture de méditation ou à vouloir pratiquer, juste se poser, écouter le silence.

Regénérer son sens de l’ouïe et en parallèle peut-être, mieux observer ce qu’il y a autour de nous.

 

 

Et la voix dans tout ça?

Ah, c’est quand même notre sujet!

Hé bien faites l’expérience: avant de chanter, vous entendez la note que vous allez produire. Et pourtant vous êtes silencieux à l’extérieur. C’est donc bien votre silence interne qui vous permet d’activer votre prompteur vocal

Et plus vous vous accordez régulièrement des plages de silence, plus vous permettez à votre « écho interne » d’être performant. L’oreille, tout comme l’appareil digestif, a besoin d’assimiler ce qu’elle a entendu. Et pour cela, il lui faut stopper les sollicitations le temps de digérer et intégrer les motifs, les mélodies.

Donc, quand vous apprenez une chanson, ok il y a une phase d’ingurgitation (où parfois on ne fait plus que se passer en boucle le thème qu’on travaille), mais il y a aussi un temps où on arrête de s’en mettre plein les oreilles et on respecte ce temps de silence nécessaire pour produire notre propre voix sur le morceau.

Le bruit de la musique, c’est une chose, mais le bruit des livres donc le bruit des mots peut devenir assourdissant aussi sans qu’on sans rende compte. Alors ralentir ou stopper un moment les lectures, c’est permettre à son inspiration de retrouver sa place. Tout ce que j’ai évoqué par rapport au chant plus haut, est valable pour l’écriture. Retrouver la petite voix intérieure qui nous souffle les mots qu’on va pouvoir écrire ensuite.

 

Je vois ces moments de silence comme des soupapes pour la créativité, et comme des petits nettoyages émotionnels.

Laissons-nous le temps du silence pour mieux revenir à nous et retourner vers le monde ensuite.

Notre créativité se trouvera davantage libre et personnelle si on lui laisse le temps de s’ancrer en nous.