Voie de reconversion: de professeur des écoles à rééducatrice en écriture

 

Rencontre avec Laurence Pierson, autrice pédagogue etrééducatrice-formatrice en écriture.

NB: j’ai réalisé cette interview en mars 2016.

 

  • Quel est ton métier actuel et comment l’as-tu appris ?

Je suis rééducatrice en écriture. Cela veut dire que les enfants, les adolescents et les adultes qui ont des difficultés avec leur écriture manuscrite se tournent vers moi et que je leur propose un programme de rééducation en quelques séances, grâce à un petit entraînement quotidien à la maison.

Ma formation a été complexe : déjà, j’ai enseigné pendant 18 ans à tous les niveaux du primaire, de la PS au CM2 en passant par la CLIN. C’est une bonne base pédagogique. Ensuite, j’ai suivi une formation spécifique sur le geste d’écriture. Cela m’a donné des outils théoriques. Avant de m’installer, j’ai été accueillie par des rééducatrices en écriture en exercice. J’ai ainsi fait une sorte de stage pratique. Enfin, nous avons créé une association de rééducatrices et avons fait venir différents professionnels pour compléter notre approche : orthoptiste, kiné spécialisé dans les dystonies, consultante en brain gym… et ce n’est pas fini ! Pas plus tard que ce matin, j’ai pris des contacts avec une spécialiste de la latéralisation des enfants pour lui demander une conférence… nous continuons à nous former même après plusieurs années d’exercice.

  • Comment as-tu eu l’idée de te tourner vers ce métier ?

J’ai toujours eu du mal à comprendre pourquoi mes propres enfants et mes élèves écrivaient aussi mal. J’ai donc cherché une formation qui ne soit axée ni sur la graphologie, ni sur la psychologie, mais sur le geste d’écriture. Ensuite, je ne pensais pas du tout en faire un métier, mais mes copines instits n’arrêtaient pas de m’envoyer des enfants, alors, finalement, je me suis lancée !

  • Peux-tu nous retracer brièvement ton parcours depuis que tu as lancé ton projet de reconversion ? (grandes étapes, chronologie approximative)

juin-juillet 2012 : j’ai commencé à travailler avec quelques enfants envoyés par des collègues, pour voir si j’y arrivais, et à faire un stage chez ma (future) collègue d’Alsace.

septembre 2012 : j’ai ouvert mon auto-entreprise et mon site web

septembre 2013 : l’activité de rééducation prenant de plus en plus de place dans mon emploi du temps, j’ai décidé de démissionner. J’ai attendu 2014 pour le faire sur une seule année civile.

janvier 2014 : j’ai envoyé ma demande d’IDV.

jusqu’à juillet 2014 : j’ai multiplié les relances au rectorat, consulté une avocate… bref, couru après l’IDV

7 juillet 2014 : je suis ENFIN allée chercher au rectorat l’acceptation de mon IDV et j’ai pu envoyer ma lettre de démission officielle.

31 août 2014 : date d’effet de ma radiation des cadres

24 décembre 2014 : l’IDV est arrivée sur mon compte en banque. Ca aura pris pile un an.

janvier 2015 : j’ai adopté une comptabilité complète en prévision d’un changement de statut. J’ai pris un comptable.

janvier 2015 : j’ai commencé à organiser des formations régulières pour les enseignants

août 2015 : j’ai dépassé les plafonds de l’auto-entreprise.

janvier 2016 : j’ai décidé de faire ma comptabilité moi-même et acheté un logiciel pour.

début 2016 : j’ai changé de statut de fait en quittant l’auto-entreprise. Je dois régulariser auprès de l’URSSAF, la CIPAV, le RSI, la RAM…

mai 2016 : je fais ma première déclaration d’impôts en tant qu’entrepreneur individuel

  • As-tu rencontré des difficultés lors de ta reconversion et si oui lesquelles ?

Le rectorat qui ne répond jamais, a fait traîner mon IDV pendant des mois et des mois, puis traîner le règlement. Les informations fausses que j’ai reçues ici et là, y compris venant d’un fiscaliste, d’une avocate et de mon comptable. J’ai appris à ne me fier qu’à moi-même : quand on me donne une info, je la vérifie sur servicepublic.fr ou bien auprès de l’administration concernée.

  • Si tu devais repasser par ce processus de reconversion, de quoi aurais-tu besoin et/ou qu’aurais-tu aimé avoir comme aide ou informations (en plus de l’IDV ! 😉 ) ?

J’aurais eu besoin de bons conseils, bien sûr. Il n’existe strictement rien, même pas une brochure, qui explique comment se passe la sortie de l’auto-entreprise. Aucun accompagnement d’aucune sorte.

Ma famille m’a énormément soutenue, heureusement.

  • Quels points communs vois-tu entre ton métier de rééducatrice en écriture et ton ancien métier d’enseignante ?

Beaucoup ! Je me considère en fait plus ou moins toujours comme enseignante. Je suis « maîtresse d’écriture ». J’ai des élèves en face de moi, j’essaye de trouver la meilleure manière de leur enseigner quelque chose. De plus, je fais beaucoup de formations pour enseignants, donc je suis toujours dans le métier et en contact avec les collègues.

  • Peux-tu nous décrire ta journée de travail ?

Je me lève tard ! Rarement avant 8 h 30. Si c’est mercredi, j’enchaîne les cours de 9 h 00 à 19 h 00. Les autres jours, j’ai parfois un cours ou deux le matin, mais sinon je passe beaucoup de temps sur mon ordinateur. Je rédige des articles, je vais sur Facebook et Twitter faire connaître mon activité. Je travaille sur mes formations : prise de contacts, préparation des Powerpoint. Je corrige les copies de mes stagiaires rééducatrices. Je fais la paperasse administrative. Je réponds à mon courriel, à mes messages téléphoniques, aux mille et une questions qu’on me pose. L’après-midi, j’ai généralement au moins 4 cours. Je finis à 19 h 00, puis je fais ma compta du jour.

  • Cite-nous 3 choses que tu adores dans ton travail actuel et qui n’existaient pas dans ta vie d’enseignante.
    1. L’extrême variété de mes élèves : de 4 à 60 ans, de tous milieux sociaux, de tous niveaux, avec des problèmes extrêmement différents. Quoi de commun entre le gamin qui n’arrive pas du tout à apprendre à lire et à écrire au CP et l’étudiant de Sciences Po qui a mal à la main au bout de 4 heures d’examen ? Entre la collégienne à la jolie écriture trop lente et la professionnelle qui a une crampe de l’écrivain handicapante dans son métier ?
    2. L’absence de hiérarchie. Je n’ai plus jamais à rendre de compte à personne. Si je fais mal mon travail, eh bien, ma boîte ne marchera pas, tant pis pour moi. Mais plus jamais un inspecteur ne viendra me regarder de haut et me mettre une note comme à une sale gosse. J’ai également gagné ma liberté totale de parole, ce qui n’a pas de prix.
    3. La liberté horaire : hier, je suis allée voir l’expo Seydou Keïta avec ma fille. Jeudi, je déjeune avec une copine et je ne vais pas devoir lui dire « faut que j’y aille, je suis de service » ! Je prends moins de vacances, mais j’en ai moins besoin et je les prends quand je veux. C’est génial.
  • A ceux qui hésitent à se reconvertir, à se lancer à leur compte dans une profession libérale comme la tienne, que conseillerais-tu ?
    • De tester d’abord ce qu’on veut faire avant de se lancer. Je n’ai pas fait un « business plan », j’ai commencé à bosser et j’ai regardé si ça marchait. Je n’ai pas investi un centime à moi. C’est avec l’argent de mes premiers cours que j’ai acheté une table, des chaises adaptées, une ramette de papier… le reste est venu petit à petit. Du coup, quand j’ai démissionné, je savais déjà que ça marcherait.
    • Si quelqu’un hésite, je lui conseillerai de faire des listes : ce que j’ai à perdre, ce que j’ai à gagner. Si dans la liste « ce que j’ai à perdre » il y a quelque chose d’essentiel, il ne faut pas le faire. Sinon… go ! J
  • Où peut-on se former et retrouver les dates de formation à la rééducation en écriture que tu proposes ?

Toutes les infos sur la formation sont sur le site www.association5e.fr

Mais attention, la session 2016-2017 est déjà archi-complète, on étudiera les candidatures pour la session 2017-2018 en janvier prochain seulement.

Sinon, il y a beaucoup d’infos sur mon métier sur mon site : www.ecritureparis.fr

 

Besoin de se libérer du regard des autres?

Voie de reconversion: Eugénie, de prof de FLE à prof de yoga

 

J’ai découvert Eugénie via l’excellent site Yogamrita. Première interview de la rentrée, qui m’importe beaucoup car j’ai pu me retrouver dans plusieurs points du parcours d’Eugénie ! C’est toujours réconfortant de voir que d’autres que soi sont dans les mêmes questionnements, les mêmes choix, les mêmes valeurs…

Eugénie est professeure de yoga depuis un an à Lyon.  NDLR: interview datant de septembre 2017

Auparavant, elle a enseigné le FLE à l’étranger (Turquie, Belgique).

Alors bien sûr, son parcours n’est pas comparable en tous points à un enseignant de l’Education Nationale souhaitant se reconvertir et devant faire face aux contraintes hiérarchiques et administratives. Pourtant, il me semble que ce qui fait la réussite d’une reconversion, c’est avant tout l’état d’esprit avec lequel on la mène. Et puis d’enseignante de FLE à enseignante de yoga, il y a un pont que de nombreux collègues de l’EN peuvent faire!

 

Comment l’idée de cette reconversion est née

Depuis toute petite, Eugénie a baigné dans un environnement où le yoga ainsi que l’ayurveda étaient déjà bien présents. Le terreau était constitué mais ce n’est que plus tard qu’elle a véritablement redécouvert l’intérêt de cette fabuleuse discipline… D’abord avec une pratique en pointillés pour soigner le stress, puis plus régulière lorsqu’elle est devenue maman.

Désireuse d’approfondir son approche et ses connaissances, elle a cherché la formation idéale pour cela.

 

Concilier formation et travail…

La formation étant répartie sur les week ends et les vacances scolaires, et son travail d’enseignante en FLE lui laissant une certaine flexibilité, Eugénie a pu mener à bien ses nouveaux apprentissages. Un programme très dense mêlant entre autres anatomie détailée et pratique personnelle indispensable. Actuellement en 3ème année de formation, elle est autorisée à dispenser son enseignement ! Une pratique de terrain qui vient renforcer ses acquis. Eugénie m’explique avoir puisé dans ses économies personnelles pour financer sa formation. Celle-ci représente également une charge de travail non négligeable.

 

Se mettre à son compte et se faire connaître

Eugénie travaille en priorité avec des entreprises : elle intervient auprès des salariés sur la pause méridienne. Ce choix lui permet d’avoir une certaine stabilité financière bien appréciable. Les enseignants de yoga sont de plus en plus nombreux, ce n’est pas facile de se créer un réseau… mais Eugénie a travaillé d’arrache-pied sur le référencement de son site internet (en totale autonomie !) et a ainsi pu drainer jusqu’à elle des premiers contacts. Pour savoir comme le référencement n’est pas une chose aisée à appréhender et à maîtriser, je dois dire que je suis assez admirative de sa réussite !

Par le bouche à oreille, elle a ainsi pu se constituer une clientèle dans ce secteur.

En termes d’investissement, elle a réussi à prendre le minimum de risques – c’est l’avantage de l’enseignement du yoga qui ne requiert pas trop de matériel. Une location de salle sur un créneau d’une heure par semaine pour avoir de nouveaux élèves parmi une clientèle de particuliers, et pour démarrer en douceur sans avoir à engager des frais trop importants dès le début.

 

Croire en soi, rester motivée pour réussir son projet de reconversion

Eugénie me confie : « Si tu es trop rationnel, la prise de risque peut faire vraiment peur ». Le choix de se reconvertir, c’est celui de plonger à un moment donné ! Elle avait foi dans son projet, et pouvait compter sur son entourage proche pour la soutenir. Elle insiste aussi sur l’importance d’avoir l’esprit tranquille pour se former en tant que prof de yoga : c’est en effet indispensable d’être aussi serein que possible notamment sur le plan financier, quand on veut transmettre aux autres les bienfaits d’une telle discipline !

 

Nouvelle vie, nouvel emploi du temps

En tant que prof de yoga intervenant dans les entreprises, Eugénie se doit d’être hyper réactive face aux sollicitations. Son emploi du temps est donc fonction des contacts qu’elle établit avec sa nouvelle clientèle. Le temps de déposer son enfant à l’école le matin, elle enchaîne avec une pratique de yoga chez elle, la préparation de ses cours, son activité sur internet… Etre à son compte c’est pouvoir jongler entre tâches quotidiennes et tâches professionnelles ! Après son enseignement en entreprise sur la pause de midi, elle consacre une partie de son après-midi à sa comptabilité, la communication pour son activité, la préparation du stage qu’elle propose bientôt… avant de remettre son costume de maman pour la fin de journée !

 

Avant/après, le bilan

En tant que professeur de yoga, Eugénie adore pouvoir continuer à communiquer, partager et expliquer ce qu’elle a à transmettre. Des compétences directement transposables à partir d’une expérience d’enseignant, quelle qu’elle soit.

Cette dimension qu’elle appréciait tant dans son ancien métier n’était cependant pas suffisante… La conception de cours de FLE demande certes de la réflexion mais une fois les bases de cours établies, une certaine routine peut s’installer.

Eugénie préfère aujourd’hui la diversité et la richesse que lui permet l’enseignement du yoga. Grâce à son approche complète, elle peut trouver ce qui va convenir à chaque personne en fonction de ses capacités physiques. « A chaque cours, je remets en cause plein de choses ». Un brainstorming permanent et stimulant qui la pousse à rester dans cette posture de recherche et d’approfondissement : pas de sensation de finitude mais au contraire une ouverture constante sur l’autre et sur soi.

 

Des conseils pour ceux qui souhaitent se former comme prof de yoga ?

« Garder son travail tant qu’on peut, s’investir à fond dans une formation sérieuse, lancer un premier cours de yoga dès que c’est possible. Sans attendre de tout savoir. C’est en enseignant qu’on apprend. »

Oui ! C’est tellement vrai ! C’est en expérimentant qu’on progresse.

Préparer son projet demande temps, courage, énergie, argent, soutien… mais avant tout la certitude qu’on va vers le meilleur pour soi, et pour les autres.

 Merci beaucoup à Eugénie d’avoir partagé avec enthousiasme son parcours et sa passion pour l’enseignement du yoga !

Pour la retrouver :

https://yogasatya.fr

Pour aller plus loin sur le thème de la reconversion: