Chercher son enfant intérieur, retrouver l’adulte ?

Chercher son enfant intérieur, retrouver l’adulte ?

 

Vous avez certainement entendu parler de l’enfant intérieur. Qui est cet enfant en vous, dont tout le petit monde du développement personnel vous parle, comme l’être à contacter pour se sentir enfin exister ?

 

Je n’aime pas les formules toutes faites et me méfie beaucoup des conseils applicables par tous et donnés par tout le monde : personne n’a le même fonctionnement interne, les mêmes inclinations, les mêmes intérêts à agir de telle ou telle sorte. Pour autant, nous sentons bien tous qu’il redevient plus que fondamental de retrouver ce sentiment d’appartenance collective, cette reliance à ce qui fait notre humanité. Ce sentiment d’universel ne va-t-il pas à l’encontre du développement d’un soi par trop replié sur lui-même, cherchant à tout prix le bien être pour lui seul, sans embrasser dans le même mouvement la dimension du groupe ?

 

Je suis bien piètre élève moi-même quand il s’agit de sortir de la dimension purement individuelle et de penser à la communauté au sens large.

Pour autant, cette notion d’enfant intérieur me questionne.

Je me sens moi-même enfant, parfois vieillarde, parfois jeune adulte. Qu’est-ce que l’âge sinon un paramètre sous le joug du diktat social et le constat de notre évolution physique inéluctable ?

 

Voilà ce que je comprends de tout ce que j’ai pu lire ou entendre sur l’enfant intérieur, et voilà comment je traduis cela et souhaite le reconfigurer dans une vision plus large.

L’enfant intérieur serait caché en nous, il n’est pas visible et c’est à nous en tant qu’adultes d’aller à sa rencontrer, de le sortir de sa cachette. Comme tout ce qui n’est pas dit, l’enfant intérieur contient en lui toutes nos souffrances passées, toutes nos déceptions, nos malaises, mais aussi nos élans contenus, notre vitalité enfouie. Pourquoi vouloir à tout prix considérer que tout cela est recelé au fond de nous ? Vision rousseauiste ou apanage de nouvelles méthodes de développement personnel ? Quoi qu’il en soit, on invoque souvent nos vies trépidantes, le stress inhérent à celles-ci, le conformisme ambiant, pour expliquer le détournement de nos aspirations enfantines. Ceci est particulièrement mis en exergue dans le thème de la vie professionnelle : chacun aurait en lui une passion, un mission, inassouvie, tue, qu’il pourrait retrouver en contactant son enfant intérieur. Cette vision simpliste et angélique n’aurait rien pour me déplaire si elle ne mettait d’un coup l’adulte que nous sommes en face de nouvelles injonctions : trouver à tout prix ce qui était là dans un passé chéri, et qui a disparu en grandissant. D’une part, il est certain que beaucoup d’adultes ne tiennent pas se replonger dans les affres de leur enfance, d’autre part rappelons-nous que nous pouvons évoluer à tout âge : qui a dit que les rêves d’aujourd’hui n’étaient bâtis que sur nos visions d’enfant ?

Qu’est-ce qui apparaît clairement dans cette théorie ? La présence d’un lien enfant-adulte qui aurait été rompu, ce qui interdit donc le continuum de l’un à l’autre.

Bien qu’il semble évident que chaque adulte peut avoir à soigner ses blessures passées, le culte de l’enfant intérieur me semble relever encore d’une autre question : celle d’une quête des temps modernes de l’homme qui ne sait plus exister par lui-même dans l’ici et le maintenant. Ainsi, convaincue de l’intérêt qu’il y a à se connaître et donc à retracer son histoire et savoir quel enfant nous étions, je pense que la notion d’enfant intérieur peut engendrer des attitudes moins bénéfiques que celles attendues.

Avoir quelque chose à réparer, à retrouver, nous occupe et nous détourne du présent. Encore une fois, se pencher sur son passé n’est pas un problème, et se rappeler de qui nous étions enfant non plus. Par contre, considérer qu’il y a une rupture entre enfant et adulte et surtout cultiver cette idée, quand bien même le passage de l’un à l’autre aurait été ressenti comme un fossé, me semble conforter dans l’idée qu’il y a une mission à accomplir pour sauver cet enfant, et le faire revivre.

Mais qui sommes-nous aujourd’hui, sinon la même personne avec quelques années de plus ? Cette lapalissade simplement pour rappeler que le bon sens attend de nous que nous tenions compte des faits, et rien de plus ! Je suis moi-même, aujourd’hui, le prolongement de l’enfant que j’ai été, avec certes des détours, des déchirures, des réalisations, des achèvements…

Je suis donc à la fois une autre personne puisque j’ai par la force des choses changé, et en même temps le même dans un corps qui a grandi, et avec une pensée qui se nourrit de ce que j’ai été enfant. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre.

 

Jusqu’ici rien de très élaboré. C’est pourtant par ce petit changement d’angle de vue que la notion d’enfant intérieur prend un sens différent et peut nous conduire à l’envisager sous un angle bien plus large et à mon sens plus épanouissant.

 

Nous sommes un, intérieur et extérieur, et nous sommes un, individu et ensemble.

Cela est ainsi, mais nous cherchons toute notre existence, consciemment ou non, à retrouver cette continuité, à en souffrir parfois aussi tout autant que nous souffrons de nous sentir séparés de nous-mêmes ou des autres. La recherche de l’équilibre se fait sur tous les plans, y compris ceux-ci.

Si je considère désormais que l’enfant intérieur est « l’enfant en moi qui existe encore », et donc qu’il s’agit d’une dimension de mon être adulte qui n’est ni caché ni meutri, mais plutôt une facette de moi que je ne donne pas toujours à voir, ou que je ne cultive pas, au même titre que d’autres dimensions de ma personnalité (la part sombre en moi, l’amoureux en moi, le parent en moi, etc), alors je n’en fais pas « tout un plat ». Je laisse simplement s’exprimer cette part de moi, sans la rechercher à tout prix comme un remède qui me guérirait de tous mes maux et me permettre de me réaliser pleinement.

Car c’est bien en tant qu’adulte que je dois prendre la responsabilité de m’accomplir, indépendamment du poids du passé ou au contraire des élans coupés du passé.

 

Plutôt que chercher son enfant intérieur, je propose de rester attentif à garder un œil d’enfant ouvert sur le monde, à savoir considérer notre unité dans le temps plutôt que rester dans une dichotomie volontaire, et à agir en adulte : c’est à dire profiter de notre connaissance du monde qui nous entoure et de la sagesse que l’âge nous offre petit à petit, pour continuer à rester vivants, éveillés, tels des enfants. Incorporer dans son attitude quotidienne ce qui est généralement vu comme caractéristique d’un comportement enfantin (émerveillement, curiosité, soif d’apprendre, vitalité) nous permet de ne pas détacher l’avant de l’après, mais bien de continuer à grandir.

Voilà de quoi j’essaie de me convaincre moi-même, car j’ai été et suis encore bien sensible au thème de l’enfant intérieur… j’essaie de ne pas oublier l’enfant en moi, j’essaie de ne pas négliger l’adulte que je suis aujourd’hui.

Se reconnecter à soi

oser s'exprimer, se reconnecter à soiPour se sentir en reliance avec les autres, avoir ce sentiment d’appartenance à un réseau, encore faut-il bien savoir comment on fonctionne. Avoir le haut débit en soi c’est pouvoir mieux communiquer avec les autres grâce à une bonne connaissance interne de qui nous sommes vraiment.

Parce qu’on se perd trop souvent et qu’on oublie où sont les choses essentielles pour nous, je vous partage 3 pistes pour rester connecté à vous-même et vous autoriser ainsi à communiquer en étant plus proche de votre nature profonde.

 

Comprendre et respecter ses besoins

Savoir ce qui est bon pour soi, respecter son rythme et pouvoir s’exprimer librement sont des ingrédients indispensables pour ne pas s’oublier.

Je me sens en relance quand je sens mes besoins profonds, je les détecte et je sais les nourrir du mieux que je peux. Mes besoins vitaux dont font aussi partie mes propres besoins en sommeil, silence, socialisation, émulation, contact avec des sources d’inspiration dans la nature ou dans l’art…

Je me sens en reliance quand je peux exprimer mes besoins, sans éprouver de honte, de culpabilité. Et si je ne peux pas les combler, je me rapproche de ce qui me fait du bien: si c’est compliqué de trouver une heure de temps libre, alors je décide consciemment de m’accorder un quart d’heure. Si possible, j’évite de me dire que c’est le minimum: je me dis plutôt que ces quinze fois soixante secondes, je vais les savourer sans me préoccuper du reste.

Je n’oublie pas de retourner régulièrement vers ce qui me vivifie, me met en joie et me donne envie d’aller de l’avant. Si j’ai délaissé mon activité favorite ces derniers temps, ma 4G me le signale à temps, afin d’éviter une déconnexion totale qui ferait descendre mon tonus interne en flèche!

Rester soi-même sans jouer un rôle

Est-ce que je souhaite vraiment me relier au modèle qu’on me propose? N’y a-t-il pas là plus une volonté de se conformer pour éviter de chercher ce qui me correspondrait parfaitement, que moi seul peut définir? Les offres sont pléthoriques: le monde me propose quantité de solutions pour être plus en forme, plus compétitif, plus épanoui, plus créatif…

Si j’essaie simplement d’être moi, ce qui est facile mais complexe, alors j’opte pour un chemin qui me mènera vers plus d’harmonie avec moi-même et avec les autres . J’aurai le débit maximal, celui qui fait couler entre tête, coeur et corps, un sentiment d’harmonie, celui-là même qui est suffisamment fort pour me permettre de rester debout et confiant quand les pannes surviennent…

 

Pratiquer régulièrement ses rituels essentiels

Je me demande moi aussi comment je faisais avant, et quand ça ne marche pas ou pas comme je veux, quand des obstacles se présentent à moi, je me rends compte comme c’est précieux de savoir quel est mon point de reliance. Expérimenter et connaître ce sentiment d’être dans le juste pour soi-même, sans intentions particulières, sans objectifs autres qu’exister là maintenant.

Je me sens reliée quand je ressens le manque et que j’entends cette petite voix au fond de moi qui me dit « ça fait un moment que tu as laissé en plan ce morceau de piano » ou bien « j’ai l’impression que ton histoire ne verra jamais le jour ». Et le sentiment de malaise, d’être dérangé parce qu’au fond on voudrait continuer à se laisser aller, fait parfois place à la gratitude de voir que les alertes de ma 4G fonctionnent bien. Alors, faire un petit pas, tout petit, pour reprendre la connexion avec soi, demande un effort mieux accepté.

Avez-vous identifié vos besoins profonds et les moyens de vous relier à vous-même? Dites-le moi en commentaire!

EnregistrerEnregistrer