Etre une fille intelligente et s’en sortir

Etre une fille intelligente et s’en sortir

Il y avait ces filles, au collège.
Ou plutôt pendant la période du collège.
Celles que j’admirais en secret, qui me semblaient fortes, déterminées, sûres d’avancer dans la bonne direction, sans concession.
Moi en mieux.

Ces filles qui m’ont montré la voie.

Je ne veux pas parler de T., suffisamment bonne élève pour honorer son père prof, suffisamment populaire pour s’attirer les bonnes grâces d’une petite cour. Je ne parlerai pas non plus de ses breloques qui tintaient en cours d’allemand : je me demandais comment c’était possible de supporter la journée durant un pareil attirail pesant cliquetant, surtout pour écrire – j’en aurais eu des douleurs arthtritiques aux poignets rien que d’y penser.
Je ne veux pas non plus parler de celles qui étaient nommées vulgairement les pétasses, sûres d’elles tout en surfaces maquillées et terriblement perdues sans le regard hébété de tous ceux dont elles réclamaient l’attention, en manque d’amour permanent.
Ni des looseuses dont je faisais partie, à savoir les « intellos » – vulgairement nommées également – et les « nuls » de la classe, ces deux clans réunissant généralement les personnes porteuses au choix de lunettes/appareil dentaire/vêtements sans marque/timidité marquée/boutons affirmés. Je cochais donc semblait-il quelques-unes de ces cases, sans m’y reconnaître pourtant, mais à cette époque il fallait s’identifier de façon nette, alors…

En dehors de tout ça, il y avait ces filles qui marchaient droit dans leurs bottes et que j’admirais, des Simone de Beauvoir en puissance dans mon imaginaire de l’époque.
J’étais incapable de m’entendre avec les personnes de mon âge, alors c’est bien sûr d’autres qui se sont montrées à moi comme des figures disons inspirantes.
C’est bien sûr aussi loin de l’école et ses petits martyres et traumatismes, que je trouvais de quoi nourrir mes espoirs d’ambition à travers des modèles de réussite.

Deux d’entre elles reviennent aujourd’hui dans ma mémoire, je ne sais pas pourquoi ou plutôt si : elles incarnaient une partie de ce que je voulais devenir et une partie de ce que j’ai réussi à être aujourd’hui. Et toutes les deux sont reliées quelque part à mon amour viscéral pour la langue, les langues toutes confondues.
Si le sport était pour moi un véritable cauchemar à cette période (période tout de même comprise entre 11 et 18 ans, autant dire un calvaire), j’assouvissais mon besoin de compétition et de dépassement personnel dans les concours d’orthographe.

Elles m’ont montré qu’on pouvait être intelligente et s’en sortir dans la vie.

Il y avait Solenne L.

Son immense crinière rousse qui me paraissait une parade suffisante pour compenser les (fameuses) lunettes de la bonne élève. Elle avait déjà gagné plusieurs fois, elle était même championne. Je la voyais à la télé, à New York. C’était l’apothéose, la consécration. Je poursuivais un rêve à travers ces gymkhanas (gros clins d’œil à ceux qui suivaient les Dicos d’or) : aller à Paris ; là où tout semblait se passer. Tout, je veux dire : toute la vie. La télé, les actualités, les émissions de variété… the place to be.
Je savais que si j’atteignais le stade des finales, je pourrais aller à Paris. Voir Solenne, une fille de chez moi, partir à New York grâce à sa connaissance de l’écriture des mots était la preuve que des gens de mon espèce pouvaient aussi atteindre leur part de chance dans la vie.
Comment faisait-elle ? Elle lisait, évidemment. J’étais plus petite, elle était déjà au lycée. Elle était pour moi si grande, déjà accomplie et je croyais fort que toutes les portes allaient s’ouvrir à elle vu l’exploit dont elle s’était rendue capable. Loin de m’écraser de découragement, son exemple me donnait l’élan pour recopier de plus belle les derniers mots de la lettre A dans le Larousse (évidemment : le Robert, jamais de ça chez moi, je ne sais pas pourquoi… certains sont vin blanc d’autres vin rouge, chez moi c’était Larousse). Je ne suis jamais arrivée jusqu’à seulement F et si j’ai mémorisé bien des orthographes, je ne suis pas sûre de savoir à nouveau bien écrire agouties (?).
Solenne, une statue de la liberté en chair et en os dans mon panthéon section femmes actuelles des années 90. Quand je savais qu’elle était dans la salle au moment de la dictée, moi dans la catégorie junior, elle dans la catégorie suivante qui devait écrire davantage, j’espérais secrètement que penser à elle me transmettrait par une mystérieuse empathie la force suffisante pour braver mes doutes face aux accords des verbes pronominaux et aux genres piégeux (comme j’aime les genres piégeux !).

 

Dans la même catégorie que moi, du moins pendant un temps je crois, Emmanuelle B.

Un roc au regard fier. Elle avait tout ce que je n’avais pas : une stature légèrement hiératique, un regard bleu sans lunettes, une peau mate, des parents enseignants, un collège bien classé dans la grande ville. Une assurance qui à mes yeux était finalement la seule chose qui me manquait peut-être pour réussir à atteindre mon Pari(s) rêvé ; ou bien c’était juste moi qui m’imaginais qu’il me manquait quelque chose, alors qu’il y avait simplement la chance, le nombre de candidats, le système cruel des tests après la dictée, une délicieuse torture intellectuelle qui pouvait décider de mon sort en quelques lignes.

Cette fille savait qu’elle avait du pouvoir : ça se voyait. Je m’imaginais, moi, arborant cette même fausse arrogance le lundi matin. Non, incapable. Je n’avais aucun soutien autour de moi.

Le savoir, c’est le pouvoir, il paraît. Oui, en bonne partie. Si on sait s’en emparer à bon escient.
Savoir écrire les mots est en tout cas un de mes pouvoirs et un de mes plaisirs.

Bien avant les figures célèbres aux voix que j’envierai, et venant après George Sand figure adorée je te vénère grand-mère de mon âme, tu vois j’en fais trop oui j’aurais dû développer les descriptions de ces filles femmes, entre les deux donc au milieu de ce qu’on appelle l’adolescence et qui pour moi ne fut que la suite de la crise existentielle de ma vie, il y avait ces filles.

Elles me disaient: tu peux oser briller.

Jamais je ne les ai approchées bien sûr : jamais je n’aurais osé leur dire mon admiration, l’inspiration qu’elles me donnaient, l’élan qu’elles alimentaient chez moi. L’espoir qu’un jour je puisse assumer moi aussi d’être brillante, la tête haute sur une scène pour aller chercher mon prix, au-delà des demi-finales où j’avais déjà rodé mon script (se lever à l’appel de son nom, traverser la salle, monter sur scène, se tenir debout, sourire, oser être pleinement fière sans fausse pudeur, reconnaître sa propre valeur), assumer que je pouvais tout, que j’étais sans limites.
J’aime à penser qu’un jour elles le sauront, j’aime encore plus que ce souvenir me revienne maintenant, loin des grandes figures médiatisées qui me font moins d’effet.

Tout près, tout près, se tiennent les êtres forts sensibles inspirants.

Je n’avais pas de figure féminine dans mon entourage pour me hisser haut.

Ces filles même de loin m’ont aussi construite, loin de tout sentiment de rivalité ou de jalousie, proches de ce que je voulais finalement devenir : une femme de lettres, cette expression si étrange désuète idiote peut-être sclérosée. Un être de lettres point final.

Merci Solenne et Louise, le collège et ses affres furent par moments bien loin de moi quand je pensais à ce que vous étiez capables d’accomplir, figures de proue vent debout, place de la Liberté.

marion dorval

Touchant. Vibrant. Inspirant.

Merci Marion d’être toi. Ceci m’inspire et j’espère qu’à mon tour, je serai moi de plus en plus…

Merci pour ce que tu es. Te lire est toujours source de joie et structurant pour moi qui doute et m’aime peu.

Tes paroles font tellement écho chez moi… ta sensibilité et tes mots pour l’exprimer me touchent profondément.

Toutes ces choses intenses qu’on tait

hypersensibilité

Toutes ces choses intenses en nous, toutes ces choses qu’on tait…

 

Toutes ces choses qu’on vit et dont on ne parle jamais.

Pourquoi?

Parce que personne n’en parle. ça ne fait pas partie des sujets abordés.

Le sujet n’existe pas.

Donc je n’ai pas de légitimité à en parler.

Pire : ça n’existe pas. Ces choses n’existent pas, je les ai pourtant vécues, ressenties.

Pourtant, elles n’ont aucune place au-dehors de moi.

Ni dans les récits de famille, ni dans les échanges avec les autres, ni dans les livres ni les chansons, ni dans les thèses, ni dans l’actualité. ça n’est pas à l’agenda.

Ou alors si peu, si peu, que ce peu renforce la honte de porter en soi ce qu’on tait.

C’est toujours la même chose.

On ne parle pas de soi, on ne parle pas de l’intime, des détails du quotidien qui font le limon du courant où l’on évolue.

Parce qu’on n’en entend pas parler. Les thèmes ordinaires font illusion, y compris dans le rassemblement qu’ils croient susciter, bien éphémère quand il n’est pas sous-tendu par une proximité intime de pensée.

A croire que c’est imaginaire, toutes ces choses du quotidien qui nous remuent mais qui ne renvoient à rien de ce qui est véhiculé partout, alors on n’en fait pas cas.

Ou alors, on réserve ça à des contextes bien particuliers: cabinets, consultations, cercles, confessionnal…

Tout ça c’est du C : C comme caché. En seul à seul, en groupe anonyme.

ça reste des choses à cacher comme la poussière sous le tapis.

Il faut régler le problème, car ça n’est pas joli, il faut expurger tout ça en quelque chose qu’on appellerait une force, il faut partager en petit comité pour revenir ensuite dans le monde ordinaire et son ronron conventionnel.

Ces choses, petites ou grandes, qui se répètent ou arrivent une fois : des détails du quotidien qui font naître des émotions intenses et pourtant insignifiées, parce que si peu partagées. Elles sont dans le corps, beaucoup, souvent. Elles engendrent inévitablement des pensées follement vagabondes qui sont remisées au fond de soi. Elles font bondir le coeur si fort qu’il espère parvenir à entretenir ce feu sans qu’il s’éteigne.

Je veux écrire sur ces choses intenses du quotidien, tellement refoulées qu’elles constituent le terreau pour la honte, le déni, mais aussi les allégresses incommensurables qui nous submergent pour un rien et nous encombrent terriblement quand on se sent seul à les ressentir. Des traces qui nous parcourent en tous sens.

Ce sont ces artefacts qui font qu’on se laisse tomber à un moment donné, parce qu’on croit être seul à les vivre intensément. On n’existe plus pour soi, on se doit d’exister au-devant des autres, en ravalant sa fierté, en prenant sur soi, en pensant et en parlant comme les autres.

Je voudrais rendre à l’ordinaire sa part d’extraordinaire quand il est vécu comme tel, avec des mots dignes de l’expérience. Des mots qui ne sont pas là pour émouvoir, simplement des mots qui révèlent le vécu de la réalité, qui pourrait être le mien mais aussi celui d’une seule personne – ou peut-être plus.

Je ne l’avais jamais dit avant, et maintenant que je le lis ici : je crois qu’on est plusieurs.

Un.e qui parle : un écho quelque part.

marion dorval

Touchant. Vibrant. Inspirant.

Les mots doux et puissants: l’inspiration pour trouver en soi l’écho intime qui fait avancer et oser.

Merci Marion d’être toi. Ceci m’inspire et j’espère qu’à mon tour, je serai moi de plus en plus…

Merci pour ce que tu es. Te lire est toujours source de joie et structurant pour moi qui doute et m’aime peu.

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Observer, ce don de l’émerveillement

Observer, ce don de l’émerveillement – Eloge de l’observation

observer émerveillement zen

 

La vie nous enseigne que le monde est source d’apprentissages. C’est lui qui nous ramène au cour de nous-même, à ce qui fait notre essence. Un effet miroir permanent que nous filtrons au fil de nos expériences et qui nous mène à construire, déconstruire, reconstruire, nos représentations sur notre figure, celle des autres, celle du monde.

Qui sait si l’observation ne serait pas la clé fondamentale pour évoluer?

Dans ce qui suit, l’objet de l’observation pourra être, selon ce qui résonne chez vous:

  • un objet physique
  • une personne, y compris un animal, un végétal, un minéral
  • un paysage, un ensemble de constructions
  • un comportement chez soi ou chez les autres
  • une émotion, un sentiment chez soi ou chez les autres
  • un mouvement chez soi ou chez les autres
  • un débit de voix, un timbre, une mélodie, un rythme, émanant de soi ou d’autrui
  • une pensée, une réflexion, une philosophie, un dogme, une information…

Par ailleurs, j’entends par observation une activité qui consiste à se rendre disponible pour entrer en lien avec l’objet de l’observation. C’est loin de se limiter à un contact visuel! Regarder avec ses yeux est la première chose à laquelle on pense, mais ici je vous invite à observer:

  • avec tous vos sens, donc observer devient une expérience sensorielle (de goût, d’odorat, de toucher, d’ouïe, et bien sûr la vue)
  • avec votre coeur, donc observer devient une expérience spirituelle (ressentir pleinement ce qui se passe en soi, sans s’y attacher ni l’analyser)

Il s’agit de prendre contact en se mettant en conditions de réception active et la plus complète possible.  Vous aurez peut-être, spontanément, envie de penser au mot «  écouter » plutôt qu’observer. Observer, se mettre à l’écoute de la vie, prenez ce qui vous parle.

Les qualités développées par l’observation me semblent révéler à quel point cette activité est cruciale à notre époque pour nous ramener dans l’ici et maintenant, au contact de la vie et non dans l’illusion de ses avatars (distractions qui nous empêchent de vivre ce qui nous tient à coeur, jeux de l’ego sur les réseaux sociaux, conventions sociales qui aseptisent nos relations et réduisent la part de spontanéité).

Observateur, toujours tu prendras ton temps.

Approcher l’objet de son observation exige du temps, par la finalité qu’elle sous-tend. Si j’observe, c’est pour en tirer un enseignement: je veux en savoir plus sur cette chose, cette personne, cette émotion. J’ai besoin de temps pour comprendre comment ça fonctionne, quels sont les différents aspects de la situation. Un peu comme observer un diamant à mille facettes nous prendrait du temps, observer la vie et ses manifestations revient à se poser quelque part et déposer notre regard pour laisser se dévoiler les choses.

Concernant le domaine des émotions, des sentiments, des pensées, nous sommes si pris dans nos réseaux de représentations, dans le flux des informations, que ralentir pour observer devient une priorité. J’ai parfois l’impression que nous sommes tellement submergés par les avis répandus partout à propos de tout, par les sollicitations pour consommer, que c’est un peu comme si nous avions des spots en permanence dans la figure, ou, moins violent, des multitudes d’arcs-en-ciel partout autour de nous. On ne peut pas y voir clair sans discerner, et pour qu’il y ait discernement il faut le temps du silence. Filtrer les couleurs pour mieux en connaître chacune, cela demande une discipline qui s’accomplit dans la durée. Avec l’habitude, on parvient à pacifier son esprit et donc son regard: moins happé par ce qui se passe à l’extérieur, on s’installe dans un rapport plus paisible au temps et surtout on ouvre à l’expérience d’être « avec » l’objet de son observation, sans s’en donner l’illusion (note pour moi-même: facile de se dire je me prends un quart d’heure pour examiner mon émotion du moment : on tombe vite dans le mode « recherche de solution » qui n’est pas une observation, mais une course pour vite supprimer ce qui est désagréable en nous).

Observateur, tu prendras note sans juger ni comparer.

C’est une leçon d’humilité, et il m’est impossible de ne pas penser là aux transmissions des voies telles que celles du budo (arts martiaux et d’éveil venus du Japon: zen, kyudo, judo, ikebana, art du thé…). Quand je me place en tant qu’observateur, j’accepte de reconnaître que j’ai à apprendre. Je fais voeu d’humilité pour quelques instants ou plus, en recevant tout ce que mes sens peuvent noter comme information. Rester dans cette intention, cette posture, vis-à-vis de mes émotions, d’une personne, d’un animal, m’entraîne véritablement à une pleine conscience de l’expérience vivante. Je note, j’absorbe à mon tour ce qui émane de l’autre et me touche. L’expérience d’observation peut être agréable, désagréable, voire neutre: ce n’est pas le moment d’y penser, c’est le temps de recueillir.

Imaginez un photographe observant un oiseau rare et voulant réussir un cliché: mission impossible s’il passe son temps à penser… tout son corps est dans l’intention de capter le meilleur moment, et pour ça rien ne doit parasiter la situation. La pratique de l’observation consciente nous aide à différer nos jugements, nos réactions et donc mieux vivre l’expérience du moment présent. Elle nous offre au fur et à mesure l’accès au plaisir de se placer « près de », de s’approcher d’un phénomène, d’un être, d’une idée, de savourer ce moment de la découverte sans s’attacher à plaquer dessus nos raisonnements. Elle nous laisse en position d’ouverture et simplement, nous aide à entrer en relation avec l’autre plutôt que s’engager tout de suite dans des élucubrations sur « ce que pense l’autre, de moi, de nous », ou « ce que cette émotion dit de moi, de mon futur, de mon passé », « ce que cette idée va m’apporter pour mieux gagner ma vie, pour m’économiser de l’argent, du temps »… Ici il n’est pas question de se projeter: observer c’est découvrir, enlever le voile. C’est ça aussi : laisser les illusions de côté, y compris le petit discours intérieur du mental qui veut nous déconnecter de l’expérience de nos corps et de nos coeurs pour se rassurer avec ses idées toutes faites.

Observateur, tu élargiras ton point de vue sans cesse.

Nous pouvons observer un même objet de près, de loin, à la dérobée, de jour, de nuit.

Dans les détails ou de façon globale.  C’est en particulier utile lorsqu’il s’agit de se faire une idée, un avis à propos d’une situation, d’un courant de pensée. Approcher les concepts et les notions abstraites ne peut se faire en se contentant d’un seul point de vue. Il y a tant de nuances à saisir dans ce que nous voyons, nous vivons. Ce monde moderne est tout entier plongé dans la vision manichéenne et réductrice d’une pensée en tout ou rien: chaque acte ou pensée est bon ou mauvais, une personne a forcément soit tort soit raison, mes émotions sont soit positives soit négatives, mes relations sont épanouissantes ou toxiques… heureusement que tout comme le cercle du yin et yang, nous pouvons distinguer « un peu de tout dans tout ».

Observer nos réactions, nos émotions, celles des autres, observer le comportement d’un animal, c’est s’ouvrir à l’idée que nous aurons un point de vue valable à un instant donné dans une position donnée. Reprenant l’image du photographe, s’il revient le lendemain reprendre la photo d’unpaysage, celui-ci aura irrémédiablement changé, même imperceptiblement. C’est toute la beauté de la nature de nous enseigner que nos observations sont soumises à d’infinies variations. Changer de point de vue, c’est ne pas rester crispé sur une idée, un avis. Ne réduisons pas la circonspection à un aveu de faiblesse ou à une mollesse de l’opinion: construire son avis sur quelque chose, ça se fait progressivement. L’intuition se développe également lorsque nous nous permettons d’observer nos émotions, nos réactions (et celles des autres) sous différents aspects.

Bref, apprendre à observer c’est définitivement élargir sa vision de l’esprit, du corps, c’est embrasser toutes les possibilités en soi et autour de soi. Dans le concret de tous les jours, lorsque nous pratiquons une observation conscient et multifocale, nous développons notre créativité, aussi bien sur le plan concret des réalisations artistiques, que dans nos façons d’interagir avec autrui. Une voie qui amène plus de liberté en soi pour vivre, s’exprimer, penser sans être coincé dans une seule façon de voir les choses, sans être appesanti par du fatalisme ou du déterminisme.

Observateur, tu sauras que regarder est le point de départ de toute évolution personnelle et collective.

Je n’ai pas ici la place pour développer en détails cet aspect.

Simplement, lorsque nous naissons, nous apprenons par imitation. Le mimétisme est un comportement présent chez les espèces animales, végétales: il concourt à un vivre ensemble apaisé, co-créateur, harmonieux. Il s’agit au départ de survivre en adoptant les comportements et les codes nécessaires pour s’intégrer dans le collectif. Nous sommes éloignés de la nécessité de survie telle qu’elle se présentait au début de l’histoire de notre espèce, mais observer nous reste indispensable pour:

  • comprendre les autres
  • se comprendre soi-même
  • communiquer dans la même langue
  • développer son ressenti et donc s’assurer une connexion corps-esprit qui stabilise, qui nous évite d’agir simplement de manière « mentale » en étant emporté par nos peurs et nos préjugés.
  • rester curieux et émerveillé, en somme jouir de la vie!
  • … liste non exhaustive, loin de là!

Un fin observateur connaît par coeur son fonctionnement physiologique et psychique (plutôt utile en cas d’hypersensibilité), et il peut détecter celui des autres. C’est cette approche douce et pleine d’acuité, d’autrui, de soi, de la vie, qui nous aide à créer des liens.

Observer n’est pas une action passive quand elle se fait en conscience, avec émerveillement, dans un appétit de comprendre et d’aller vers: l’autre, la vie, soi-même…

C’est un prélude à la rencontre, à la discussion, au débat. Là vient alors éventuellement s’ajouter l’analyse, la réflexion, la prise de décision.

Mais sans observation, que se passe-t-il?

Les schémas de fonctionnement l’emportent, les mauvaises habitudes, le « zapping », les jugements à l’emporte-pièce, les comportements qui mettent sur un piédestal un jour et détruisent le lendemain… nous sommes si vite emportés par toutes ces illusions quand nous ne nous offrons pas le temps d’être véritablement présent à ce qui se vit, en posture d’observateur ouvert et actif.

Pas d’évolution individuelle ni collective sans le temps de l’observation: échanger avec l’autre, grandir avec l’autre, sont rendus possible lorsque nous lui avons accordé ce temps d’observation neutre, sans jugement, sous différentes facettes, sans le réduire à des idées toutes faites.

Une pratique non violente et zen qui ouvre la voie à la construction d’idées et d’actions prenant en compte l’autre tel qu’il est, dans toute sa complexité, ses contradictions, ses élans et ses moteurs internes.marion dorval

Touchant. Vibrant. Inspirant.

Les mots doux et puissants: l’inspiration pour trouver en soi l’écho intime qui fait avancer et oser.

Merci Marion d’être toi. Ceci m’inspire et j’espère qu’à mon tour, je serai moi de plus en plus…

Merci pour ce que tu es. Te lire est toujours source de joie et structurant pour moi qui doute et m’aime peu.

Tes paroles font tellement écho chez moi… ta sensibilité et tes mots pour l’exprimer me touchent profondément.

Ecrire sur soi pour enfin devenir soi-même

écriture thérapie

Ecrire son histoire pour enfin devenir soi

 

Qui suis-je ? Comment me définir devant les autres ?

Cette question est sûrement de celles qui me fascinent mais aussi celle qui m’agace le plus. Je n’aime pas me définir. Je suis capable d’apporter une réponse très succincte à « qui es-tu ? » comme de parler sans m’arrêter.

ça n’est pas correct.

Les codes sociaux exigent qu’on réponde à cela par le traditionnel alignement des réponses concernant l’âge, la situation familiale, la profession, le lieu de vie, les loisirs… brièvement mais sans se contenter du strict minimum.

Il n’y aura pas mort d’homme si l’on fait autrement.

Mais probablement un léger malaise dans l’assistance qui s’attend à un réponse conventionnelle, qui arrange tout le monde parce qu’on aura joué le jeu.

Et qu’on aura joué le jeu de donner aux autres de quoi se faire une représentation de nous-même. C’est aussi une façon d’amorcer un lien, de construire une relation. Celui qui ne dit rien de lui n’offre pas la possibilité aux autres d’entrer en relation. Je l’ai appris à mes dépens, en croyant me protéger je ne faisais que m’isoler davantage.

J’ai longtemps subi ces questionnements qui me figeaient car j’aurais voulu avoir l’audace de répondre librement, tout autant que je craignais terriblement d’être rejetée si je ne m’alignais pas sur le fonctionnement des autres. Je n’avais pourtant rien de spécial à revendiquer, rien à cacher non plus. Cette question est trop pesante, elle demande de résumer tout son monde, toute sa vie, en une petite phrase. Même sans verser dans la mégalomanie, elle fige parce qu’elle ne nous permet pas de prendre le temps de réfléchir à comment l’on veut se présenter au monde.

Pour retrouver cette liberté de choisir sa façon d’exister aux yeux des autres, l’écriture est une alliée de taille.

 

Ecrire le récit de soi, c’est à dire adopter une pratique d’écriture qui permet de se raconter sans censure, c’est tout d’abord retrouver ces espace-temps où l’on peut se livrer sans retenue. Parler de soi avec ses propres mots est alors un remède à bien des maux. Personne pour nous interrompre, personne pour nous fusiller du regard si la page reste blanche. Cette création entre soi et soi-même, c’est l’occasion de se fabriquer un cadre sécurisant, bienveillant, où tout est permis, en accord avec notre nature profonde.

 

Que ce soit par l’art du journal, de l’autobiographie, de l’écriture épistolaire, écrire à partir de soi et sur soi libère la créativité d’une façon bien différente qu’avec les pratiques conditionnant un résultat esthétique. Ici, nul besoin d’atteindre un certain nombre de pages, d’adopter un style particulier, de faire des effets de sens, de vouloir plaire. C’est le retour à la spontanéité et l’occasion d’enfin porter un regard doux sur soi, d’accomplir un acte digne apportant une satisfaction toute simple et pourtant ô combien réconfortante et joyeuse.

Ecrire pour soi, c’est avant toute chose prendre en charge son histoire.

Quand j’écris, je porte ma voix sans laisser personne d’autre parler à ma place. Nous existons à travers le regard des autres, que nous le voulions ou non. Chacun grandit en construisant une multitude de récits sur lui-même, sur les autres, sur le fonctionnement des relations, avec pour support les représentations sociales donc systémiques apportées par l’environnement familial, social, éducatif dans lequel nous avons grandi et où nous continuons d’évoluer. Reprendre le fil de son histoire c’est s’autoriser à la dérouler dans le sens qui nous permet de mieux intégrer nos failles, nos blessures, reconnaître nos victoires et notre beauté. C’est non seulement se soustraire aux diktats (le « ce que je crois que les autres croient sur moi », qui finit par nous définir tellement nous lui laissons la main) mais c’est prendre part activement à la création du sens que nous voulons pour notre vie. Déconstruire les idées que nous avons sur nous-mêmes, décoller les étiquettes qu’on nous a collées (à notre insu ou de notre plein gré) est un acte courageux et nécessaire pour vivre enfin sa vie.

 

Loin d’être une activité égoïste ou narcissique – renarcissisante certes, si l’on en a besoin, car elle restaure l’estime de soi et offre un nouveau regard plein de tendresse sur notre parcours– écrire le récit de soi c’est un premier pas pour s’ouvrir aux autres en se respectant profondément.

Pour tisser des liens authentiques, des relations vivantes, vibrantes, nous avons besoin d’être touchés.

Or, écrire sur soi c’est s’ouvrir sur l’autre, car être dans sa vulnérabilité, c’est se laisser voir, se laisser toucher donc être touché par les autres. En écrivant qui je suis, ce que je ressens, ce que je vis, d’où je viens, d’où je parle et où je souhaite aller, je risque une mise à nu. L’écriture, quand on s’y livre vraiment, ne laisse pas d’autre choix.

Et pourtant, c’est bien ce plongeon qui nous permet de laisser les autres nous voir comme nous sommes véritablement, sans artifice, sans se diminuer. Je ne parle pas là de faire lire ses écrits personnels : il suffit d’entrer dans une pratique toute personnelle du récit de soi pour constater au long cours, que notre regard sur les autres gagne en ouverture, en tolérance. Nous nous autorisons à parler de nous par petites touches, plus librement, quand nous sommes en confiance. Et offrir un bout de son histoire aux autres, c’est leur donner la possibilité de nous rejoindre là où eux aussi ont peut être été touchés, blessés, émerveillés.

Redonner de la voix à son histoire, être vivant en portant ses stigmates, ses victoires, faire avec en embrassant le tout, sans se sentir coupable mais plutôt libre de faire agir ce récit comme bon nous semble. Un acte à la fois responsable pour ne plus subir son passé et craindre l’avenir, un acte fondateur d’une vie créatrice qui intègre nos différentes facettes et nous fait envisager « je », cet autre, et tous les autres, comme des êtres dignes de se raconter par eux-mêmes.

Faire entendre sa voix est vital, par tous les moyens.

L’écriture aide à vivre, l’écriture relie, l’écriture redonne joie, force, courage.

                             marion dorval

Touchant. Vibrant. Inspirant.

Les mots doux et puissants: l’inspiration pour trouver en soi l’écho intime qui fait avancer et oser.

Merci Marion d’être toi. Ceci m’inspire et j’espère qu’à mon tour, je serai moi de plus en plus…

Merci pour ce que tu es. Te lire est toujours source de joie et structurant pour moi qui doute et m’aime peu.

Tes paroles font tellement écho chez moi… ta sensibilité et tes mots pour l’exprimer me touchent profondément.