Au secours, je suis une éponge à émotions


éponge à émotions hypersensible

Est-ce qu’il t’arrive parfois, ou souvent, de te retrouver dans les situations suivantes:

– tu te sens submergé par tes émotions?

– tu ressens très fort les choses, les personnes, les lieux au point de ne plus pouvoir passer à autre chose?

– tu mets beaucoup de temps à revenir à ton calme intérieur

– tu passes très vite d’un extrême émotionnel à l’autre comme sur des montagnes russes?

Tu es une éponge à émotions. Et ce n’est pas grave. Ici, il n’est pas question de changer ta nature ni ton fonctionnement. Aucune émotion n’est bonne ou mauvaise en soi: chacune a sa raison d’être.

  • Que se passe-t-il au juste quand on absorbe trop d’émotions?
  • Comment faire pour rester une éponge émotionnelle mais ne plus en souffrir?

Une éponge à émotions, qu’est-ce que c’est?

Comme l’éponge, on se gonfle de tout ce que l’environnement nous donne à vivre. Tu vis tes émotions de façon très intense et tu ressens également celle des autres: double dose. Tu arrives alors à saturation, tout comme l’éponge devient pleine d’eau. C’est le signe que tu as dépassé ta limite d’absorption des émotions.

Il est nécessaire d’essorer l’éponge  pour l’utiliser à nouveau, tout comme il est fondamental que tu puisses extérioriser tes émotions. L’éponge ne peut plus jouer son rôle si elle n’est pas essorée.

C’est seulement après que l’éponge peut reprendre forme, tranquillement. Nous avons intérêt nous aussi à laisser partir ces émotions pour faire place à d’autres expériences, en nous ménageant une pause.

Reprends conscience de ton corps

C’est difficile de savoir ce qui nous arrive: parce que lorsqu’on se sent mal, c’est que la dose émotionnelle a été trop forte. Il est trop tard pour arrêter le flux émotionnel. Tu es gorgé d’émotions comme une éponge pleine d’eau.  Mais ce n’est pas trop tard pour prendre conscience de ce que tu ressens:  qu’est-ce qui parle au niveau de ton corps? Le corps se manifeste et ainsi tu peux te sentir

noué au niveau du plexus

oppressé au niveau de la poitrine

spasmé au niveau du ventre

– avec un noeud dans la gorge

– avec le coeur prêt à exploser

– … la liste est loin d’être exhaustive.

Observe tes sensations physiques. Elles t’indiquent les limites au-delà desquelles tu te sens mal avec tes émotions. Se remettre à l’écoute du corps est une étape indispensable et ce n’est pas la peine d’aller plus loin tant qu’on n’a pas acquis ce réflexe de se reconnecter à soi.

Prends 30 secondes une ou plusieurs fois par jour pour revenir à tes sensations physiques et vérifier où tu en es par rapport à ton seuil limite.

Grâce à quelles sensations sais-tu que tu approches de la goutte d’eau qui va faire déborder le vase?

Laisse s’exprimer jusqu’au bout tes émotions

Laisse-toi le temps d’exprimer ce que tu ressens pour mettre de la distance et ne plus te sentir envahi par ce que tu ressens ou ce que ressentent les autres autour de toi.

Ecris, parle à voix haute, sans retenue, tout ce qui te traverses. Petit à petit, si tu pratiques régulièrement, tu deviendras capable d’affiner tes observations et de nommer plus précisément tes émotions. Cela t’aidera à prendre davantage de recul et à comprendre que tu n’es pas identifié à tes émotions: elles ne font que te traverser. Laisse le courant passer…

Tu peux également t’aider des pratiques créatrices, comme ce que je mets en place autour de la voix. C’est l’occasion de pouvoir retrouver un espace-temps pour être complètement toi-même, lâcher prise sans te censurer, laisser sortir ce qui demande à s’exprimer et que tu retiens en toi.

Fais la place au silence pour faire revenir le calme intérieur

Si tu viens de vivre un épisode de montagnes russes émotionnelles, il te sera indispensable de recharger tes batteries. Car être une éponge émotionnelle c’est aussi dépenser beaucoup d’énergie pour masquer ce qui nous tracasse ou nous envahit. C’est continuer à avancer, à vivre, tout en portant une charge très forte en soi. Alors quand tu as laissé la possibilité à tes émotions de s’exprimer pleinement, n’oublie pas de faire une pause.

Le silence est l’allié du calme intérieur: pour ménager ton hypersensibilité, il est fondamental que tu puisses faire le vide pour te sentir prêt par la suite à accueillir de nouvelles émotions.

Evite de replonger dans un quotidien effréné dès que tu sens que la vague d’émotions est passée. La dispersion ne ferait que t’entrainer à nouveau dans un tourbillon d’émotions.  Prendre le temps de méditer, ou d’avoir des pratiques se rapprochant de la méditation, permet de finir d’essorer l’éponge émotionnelle et de se sentir comme lavé, régénéré. Ménage-toi des temps de calme le plus régulièrement possible pour apaiser ces montagnes russes émotionnelles.

Besoin de se libérer du regard des autres?

Le réflexe en 3 étapes quand on se sent bloqué ou éparpillé

Le réflexe en 3 étapes quand on se sent bloqué ou éparpillé

Nous aimerions tous avoir une vie remplie d’émotions positives en quantité suffisante.
Pour ceux qui ont tendance à être de vraies éponges, ça ressemble plutôt aux montagnes russes. Les bas peuvent être très bas, les hauts très… hauts! On peut se sentir bloqué, figé, au creux de la vague. Ou à l’inverse totalement dispersé, éparpillé.
Il est fatigant d’être submergé par des émotions dont on ne sait plus que faire. De ne pas avoir l’énergie pour avancer ou bien de ne plus savoir quelle direction prendre.

J’ai longtemps été le jouet de ces vagues sans fin. Avec le temps et la pratique, il m’est maintenant possible de lisser un peu la courbe de ses émotions pour en garder le meilleur.

Comment faire pour ne pas s’enfermer dans ces états un peu extrêmes?

Tu peux regarder la vidéo en cliquant ICI ou bien lire l’article ci-dessous.

bloqué éparpille le réflex en 3 étapes

Qu’est-ce que tes émotions veulent te dire ?

Relis les mots que j’ai utilisés: bloqué, figé, dispersé, éparpillé.

Si tu y prêtes attention, tu verras qu’ils se réfèrent tous à une même thématique: celle du mouvement, de la dynamique.

Porté par les émotions, tu en viens parfois à oublier ton corps. Or c’est bien lui qui parle, en ce moment:

  • si tu restes immobile dans une certaine posture, tu risques la crampe au bout d’un moment. Tu as bloqué ton énergie.
  • si tu commences à courir dans tous les sens sans trop savoir où tu vas, tu vas vite t’essouffler. Tu as dispersé ton énergie.

Il se passe la même chose quand tes émotions sont tellement fortes qu’elles peinent à trouver comment vivre leur vie : le corps prend des meures pour t’avertir de ce qui se passe. La cocotte minute est à fond, ou bien tu as zéro de tension. Bien sûr, toutes les nuances entre ces deux extrêmes sont possibles!

Etape 1: Observe et ressens! 

Maintenant, porte ton attention au niveau corporel. A l’aide d’un miroir, en te filmant, en faisant un petit arrêt sur image durant la journée. Regarde et ressens:

  • ta façon de de te déplacer quand tu marches, quand tu te lèves, que tu t’assois
  • tes gestes de bras, de mains
  • tes expressions au niveau du visage

Etape 2: Nomme et décris ton attitude

 Rappelle-toi : tu ne te résumes pas à ce que tu observes de toi en ce moment.

Tu es simplement traversé par des émotions intérieures qui se traduisent coporellement par de l’agitation ou du retrait.

 As-tu tendance à faire les choses vite, ou sans élan?

 

 Peut-être as-tu des mouvements saccadés, ou bien très peu de mouvements?

Tu n’es pas forcément dans l’une ou l’autre de ces descriptions: ce sont juste des pistes pour t’aider à poser ton regard sur toi-même. Utilise tes propres mots. Ce sont ceux d’aujourd’hui, n’oublie pas que tout évolue et que la phase actuelle que tu traverses n’est que temporaire.

Etape 3: Remets du mouvement

Tu as tendance à t’agiter inutilement?

  • Ralentis tout.
  • Décompose tes gestes
  • Au moins le temps de faire quelques pas, prends le temps de poser ton pied au sol vraiment.
  • Accomplis tes actions de manière séquentielle: l’une après l’autre, et pas deux en même temps.
  • Prends le temps de savourer le vide, le silence entre deux actions, deux pensées

Tu sembles sans énergie, figé?

  • Tiens-toi plus droit, sans raideur.
  • Souris, même intérieurement.
  • Adopte un pas plus léger, sautillant, même juste chez toi pour quelques secondes.
  • Inspire rapidement en gonflant tes poumons, expirer d’un seul coup
  • N’attends rien: va chercher l’élan et lance-toi sans attendre dès qu’une petite envie se pointe.

Pour aller plus loin

Dans ma pratique, j’accorde une grande importance à la prise en compte de l’expression corporelle.

Nous sommes un univers à nous tout seuls. On ne peut pas dissocier les émotions ni les pensées du corps. Tout ce que tu ressens passe par le corps, d’une façon ou d’une autre. Parfois le corps semble dire le contraire de ce que tu penses.

Je profite d’un temps d’ancrage corporel dans chaque séance pour t’amener à t’observer. Mon but n’est pas de te dire quoi faire ni comment.

C’est de te rendre acteur et créateur. Prendre le temps de s’arrêter sur soi, c’est indispensable pour ensuite choisir la direction à prendre.

A travers cette observation consciente et globale, nous pouvons ensemble détecter les blocages, les envies, ce que tu as en toi qui demande à s’exprimer. Ca passe alors par les mots, par le mouvement, par la voix, ou tout cela à la fois.

Regarde en toi.

Choisis ta voie.

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Je me trouve inintéressant : 3 conseils pour éliminer cette croyance

Persuadé d'être inintéressant? 3 conseils pour éliminer cette croyance

« Je n’ai jamais rien à dire. »

« Je préfère me taire parce que si je parle, on va se rendre compte que je ne sais pas grand chose. »

« je ne vois pas quoi apporter dans la conversation : les autres ont vécu plus de choses que moi, ils savent mieux en parler! »

« je n’ai pas de passion ou de sujet que je connais à fond. »

« Je ne fais rien d’intéressant dans ma vie. »

 Voilà le genre de phrases qu’on se dit tout le temps quand on ne se trouve pas intéressant et qu’on doit particper à une discussion.

J’ai moi-même longtemps ruminé ces croyances :

  • avant d’être en interaction sociale avec d’autres personnes, pour me persuader de ne pas y aller
  • pendant que j’étais avec les autres, en comptant les minutes qui passaient et en stressant de ne rien dire
  • après avoir vu du monde, pour me convaincre de ne jamais recommener l’expérience vu que j’étais vraiment inintéressante

Au final, quand si tu as l’impression de ne pas avoir de personnalité intéressante,

  • Soit tu évites le contact avec les autres et tu détruis ton estime personnelle à petit feu
  • Soit tu te confrontes à l’extérieur mais chaque expérience vient renforcer la croyance que tu n’es vraiment pas intéressant

Comment sortir de ce cercle vicieux ?

 

Sortir du jeu du « je »

Dire « je ne suis pas intéressant » c’est porter un jugement sur soi qui n’inclut pas les autres.

Quand on est de nature hypersensible, introvertie, c’est un réflexe naturel : on se replie sur soi par peur des autres.

Même les mots et les phrases qu’on utilise traduisent cela.

Et les autres, où sont-ils dans tout ça ?

Tu penses qu’ils ont la même opinion que toi sur ta personne ?

Pourtant, tu ne leur as rien demandé : tu ne leur laisses pas le choix.

Tu as déjà décidé pour tout le monde que tu étais inintéressant, point barre.

Observe les autres : est-ce que toi, tu les trouves inintéressants ?

  • Si oui : tu es donc aussi exigeant avec les autres qu’avec toi. Pourquoi ? Personne n’est donc digne d’intérêt à tes yeux ?
  • Si non : peut-être que tu es plus tolérant avec les autres qu’avec toi. « Oui mais lui/elle, il a un boulot intéressant, il est très sociable, il connaît tout sur tout »… En es-tu si sûr ? Et pourquoi mériteraient-ils plus que toi d’être vu comme intéressant?

 

Apprendre à se percevoir de façon bienveillante

Dire ‘’je ne suis pas intéressant », c’est parler de soi de façon tranchée et catégorique.

C’est une sentence qui ne laisse pas de place à la nuance.

D’ailleurs, si tu esaies de dire cette phrase à voix haute, tu entendras sûrement une voix monocorde, ou exaspérée, ou désabusée…

Ta voix porte tes mots mais aussi tes mots.

Si tu pouvais introduire un peu de nuances dans ton jugement, tu gagnerais en bienveillance envers toi.

Tu t’accroches à cette croyance que tu n’es pas digne d’intérêt pour une seule raison au fond : parce que tu as peur d’être rejeté.

Oser être soi devant les autres, avec toutes ses imperfections, c’est prendre le risque de ne pas être aimé par tout le monde.

« Commence par t’aimer toi-même ».

Je sais comme c’est facile à dire, et pourtant par expérience j’ai compris que c’était vrai.

Se regarder avec plus de douceur, d’indulgence, permet de se sentir mieux avec soi et avec les autres aussi.

Est-ce que tu penses vraiment pouvoir te relier aux autres, avoir des relations satisfaisantes, en étant sans arrêt dans le contrôle sur ce que tu dis, ce que tu fais ?

Tu ne laisses pas la place aux autres en agissant ainsi.

Mon conseil : fais la liste de tes qualités, tes centres d’intérêt, tout ce qui t’anime.

Sans t’inquiéter de savoir si tu maîtrises parfaitement un sujet ou un sport.

Sans te demander si tu es « un peu » ou « pas assez ».

Regarde l’ensemble de ce qui fait que tu es TOI.

Peut-être que tu n’arrives à rien écrire sur toi : c’est que tu as encore peur de te connaître, de te dévoiler même à toi-même.

 

S’inspirer des autres plutôt que se comparer

 Qui trouves-tu intéressant ?

Observe ces personnes : qu’est-ce qu’elles ont en commun ?

Sont-elles parfaites ?

Sois honnête.

Si quelqu’un d’intéressant pour toi, c’est quelqu’un qui peut faire la conversation des heures durant, ce n’est peut-être pas le cas de tout le monde…

Il y a aussi des personnes qui apprécient le silence, qui n’ont pas envie d’approfondir tous les sujets tout le temps.

Des personnes qui peuvent apprécier les autres simplement par leur présence.

  •  Fais une liste des personnes qui t’inspirent, proches ou connnues.

Plutôt que de te dire « je n’arriverai jamais à être comme lui/elle », renseigne-toi sur leur parcours : rares sont les personnes inspirantes qui ont tout réussi du premier coup.

Elles ont pris le risque de construire petit à petit leur personnalité, en partant de ce qui les animait.

  • Retrouve l’élan d’aller vers ce et ceux qui t’inspirent, cultive tes centres d’intérêt et reste ouvert à ce que les autres peuvent t’apprendre et t’apporter.

Tu éprouves le besoin de te libérer du regard des autres?

Comment mon burn out a signé le début de ma nouvelle vie

burn out éducation nationaleLe mot burn out fait peur.

Parce qu’on pense que c’est la fin de quelque chose, qu’il est parfois synonyme – à tort – de dépression, qu’il implique forcément une chute, un retrait…

Le burn out n’est pas une maladie. Ce n’est ni contagieux ni congénital.

Mais le burn out vous tombe dessus souvent pour de bonnes raisons.

Ces mêmes raisons qui vous aident à vous relever, et à marcher plus loin et viser plus haut.

Je suis une perfectionniste. Je me soigne – et timide aussi, j’ai arrêté de me soigner, j’ai continué à chanter.

Tout ça est encore vrai, mais ça l’était encore plus lorsque j’étais en poste comme professeur des écoles.

Je n’ai pas pour habitude de livrer des ressentis personnels. Pourtant, l’expérience me prouve de plus en plus que témoigner de son parcours, aide les autres. Et aide aussi à finir de cicatriser…

 

L’année de mon burn out

Pourquoi cette année-là? Tous les ingrédients étaient réunis. C’était simplement l’année de trop.

L’année précédente, j’avais un poste de TRS. Pour les non initiés, c’est ce qu’on nomme aussi dans le premier degré un poste fractionné. Je n’étais pas à temps plein sur une seule et même classe, mais nommée à titre provisoire pour un an en complément d’enseignants titulaires qui exerçaient soit à temps partiel, soit comme directeurs ou directrices. Je ne reviendrai pas ici sur les particularités de ce poste, mais il est certain que cela a fortement contribué à alimenter mon autosabotage et à préparer le terreau pour le burn out.

En un an, j’ai dû découvrir trois niveaux totalement nouveaux pour moi, qui avais déjà quelques années sur le terrain. Cela signifie plus de travail à la maison, et en tant que personne consciencieuse et anxieuse, plus d’implication pour être à la hauteur de ce que j’estimais qu’on attendait de moi. Egalement, perte de certains réflexes professionnels puisque la plupart des décisions ne m’appartenaient plus, de même que pour les responsabilités.

Il se trouve qu’à la rentrée suivante, j’ai dû reprendre une classe entière.

Nouvelle école, nouvelle équipe.

Niveau facile que beaucoup enviaient.

Nouveau stress: être à la hauteur, prévoir autant de projets que la grande majorité des autres collègues très investis dans toutes sortes de sorties et manifestations d’intérêt pédagogique.

Est-ce que j’allais encore savoir faire?

Est-ce que j’allais réussir à m’intégrer dans l’équipe?

 

Les premiers signes du malaise

Rapidement, le stress s’est installé au quotidien.

Sentiment d’incompétence lié au fait que j’avais hérité de la classe compliquée. Je ne l’ai su que bien plus tard.

Rapidement prise aussi dans une obligation de résultats, pour qui pour quoi, je ne saurais le dire. J’avais toujours été anxieuse et tracassée par le fait de ne pas parvenir à faire progresser certains élèves, mais là je dirais que tout s’est amplifié:

  • gestion de classe pénible, alors même que je n’avais pas des élèves violents ou désagréables, mais simplement ingérables…
  • grande hétérogénéité des niveaux, qui m’obligeait à niveler par le bas le programme (hé oui, ça aussi il faut le dire, il y a une école à plusieurs vitesses)
  • équipe très dynamique mettant en place des tas de projets, dont je n’avais pas forcément l’habitude, ou l’envie de suivre, mais le mouvement était là et je devais m’y inscrire

Cette année-là, j’ai dû travailler au premier trimestre autant que ma première année. C’est d’autant plus aberrant que c’était le même niveau, que je connaissais donc déjà bien.

Encore une fois j’étais tombée dans le piège de vouloir réinventer des supports et outils adaptés, ultra affûtés…

Dès le mois d’octobre le malaise s’est fait sentir: je sentais que j’avais raté le coche – ou du moins c’est ce que je croyais – concernant la prise en main du groupe, et pour le reste j’avais bien du mal à voir les réussites de mes élèves tellement le niveau était faible. D’où grosse remise en question.

Durant ce premier trimestre, j’ai dû m’arrêter la veille des vacances. Deux fois de suite donc.

C’est ce que j’appelle désormais le syndrome du coureur qui s’effondre avant la ligne d’arrivée.

 

Malaise physique au travail et sentiment d’imposture

Tout s’est accéléré à la reprise de janvier. Je devais être inspectée cette année-là et je savais que le début d’année était une période privilégiée. Bref, je me sentais sur la sellette et à partir de ce moment-là, chaque journée qui passait devenait plus stressante… j’étais aspirée dans une spirale sans fin.

Je mettais en oeuvre une pédagogie alternative dans la classe, qui était particulièrement appropriée vu l’hétérogénéité du groupe, mais qui était très chronophage pour moi. C’était ma 3ème année avec ce type de fonctionnement mais je ne l’avais pas encore testé avec ce niveau, donc tout était à faire ou presque.

J’ai également dû documenter mon choix de pédagogie – je précise que rien ne m’était imposé en ce sens par la hiérarchie, mais que je trouvais logique de le faire. Logique oui, sauf que je voulais pondre LE document de référence, parfait, explicite…

Le temps passait, le mal être persistait, je devenais de plus en plus irritable, et je me sentais tout simplement minable de n’arriver à rien avec ma classe, tandis que les autres avaient l’air de profiter et/ou de gérer mieux que moi les soucis du quotidien.

C’est à cette période que j’ai appris incidemment que j’avais hérité de la classe dont personne ne voulait. Avec le recul, je pense que le savoir avant m’aurait angoissée mais aurait peut-être pu m’aider aussi à relativiser mes difficultés.

Le mal était fait: je culpabilisais depuis la rentrée, en silence, de ne pas y arriver. 

Parce que j’étais nouvelle dans l’équipe.

Parce que j’avais un niveau de classe « facile », et simple en plus (pas de multiple niveau).

Parce que j’avais déjà 6 ans d’expérience, et que comparé aux stagiaires en poste dans l’établissement cette année, je ne pouvais pas non plus montrer que ça n’allait pas.

Bref, j’avais développé ce qu’on appelle le syndrome de l’imposteur.

 

Quand le corps dit stop: je ne veux plus aller à l’école

Et puis l’inspection a fini par arriver.

Evidemment, entre temps il y avait eu les rituels arrêts d’une journée juste avant les vacances… le sentiment de ne pas être à ma place qui littéralement gâchait tout ce qui pouvait se passer en dehors de la classe. J’avais envie de disparaître dans un trou de souris.

Et d’ailleurs, j’avais tellement honte de mon incompétence supposée que j’avais restreint de plus en plus le temps passé avec les collègues, pour vite retourner travailler. Je courais après le temps, tout le temps. Je ne me posais jamais, mais rien ne me semblait aller bien.

Je m’étais portée responsable pour un projet pédagogique nouveau. J’étais toute désignée en fait… et sur le coup, j’étais contente. Sauf que les collègues se plaignaient des intervenants du projet en question, et je me suis sentie une nouvelle fois remise en cause… Je n’étais pas là pour les former. Et ils n’étaient pas non plus censés avoir plus de compétences que ne pouvait laisser penser leur cursus. Bref, je n’étais pas formatrice et ne voulais pas l’être, contrairement aux collègues en question. Je me suis donc sentie responsable de ces dysfonctionnements, les ai pris personnellement. Je vous passe les détails sur le sentiment d’injustice ressenti en entendant les attaques contre ces intervenants :j’avais beau les défendre, rien n’y faisait. Je me sentais mal pour eux, par empathie.

Fin de la digression, à vrai dire j’avais oublié cet épisode et c’est en rédigeant cet article qu’il m’est revenu à l’esprit. Je pense que j’avais bien occulté ça pour éviter de me sentir à nouveau mal en y pensant. Entre temps, je sentais mes forces diminuer, j’étais devenue véritablement allergique au travail. J’avais juste envie de laisser mes élèves en plan et de partir en courant. Je n’avais plus la force de tenir le groupe, de rester patiente, de prendre les choses à la légère, de dédramatiser. Tout me heurtait et venait renforcer mon dégoût et mon sentiment de nullité. J’avais de plus en plus honte et j’avais peur que les autres s’aperçoivent du désastre qui régnait dans ma classe.

Donc l’inspection…

Se passa. J’étais bien sûr très stressée, quoi que pas tant que ça dans mon souvenir, au regard du niveau de stress quotidien auquel j’étais désormais soumise (de mon plein gré ou presque).

Se passa très bien.

J’étais un peu anesthésiée. J’ai eu la grande chance de tomber sur un inspecteur adorable, profondément humain et  attentif; sa réputation le précédait – ce qui n’empêche pas d’appréhender une telle situation, une parmi les nombreuses qui contribuent à renforcer l’infantilisation des enseignants et à creuser le manque de confiance en ses compétences et sa capacité à aller de l’avant.

J’ai reçu le rapport plutôt rapidement. Il était bon, voire très bon, mon travail était reconnu, y compris toute cette paperasse que j’avais rédigée pour expliquer mes choix pédagogiques.

Evidemment je me suis dit que j’avais eu de la chance. Mais j’étais aussi désappointée que mon malaise n’ait pas été détecté du tout. Finalement, j’avais donc l’air normale? La classe avait l’air d’aller bien? Je ne comprenais pas.

Vous savez le plus ironique de l’histoire? Sur le rapport figure la mention « nous avons évoqué les possibilités de carrière de Mlle. » Non, nous n’en avons pas parlé. Je ne sais vraiment pas à quoi il faisait référence…

Je sais juste que 3 semaines après, on arrivait à la veille des vacances.

 

Déconnecter du travail pour enfin se retrouver

J’étais au bout du rouleau. Vraiment.

Je pense que le fait d’avoir passé l’inspection fut pour mon mental le signal que j’avais le droit de m’arrêter, que j’avais fait mon maximum.

Ceux qui sont passés par là savent ce qu’est la dépersonnalisation. C’est dans un état d’esprit déjà loin de tout cet univers, de façon presque robotisée et très détachée de moi-même, que j’ai décidé en un claquement de doigts que cette journée était la dernière journée.

J’ai rassemblé mes affaires, j’ai tout préparé pour le remplaçant.

Je suis partie après la classe.

Et je ne suis plus revenue.

Dans ma tête, c’était très clair: je ne pouvais plus mettre les pieds en classe.

 

Ce fut la première étape d’une longue démarche vers la reconversion….

J’ai eu la chance de tomber sur des médecins à l’écoute, je pense qu’ils avaient cerné ma façon de fonctionner et avaient compris que je me mettais en danger et m’autosabotais, tout en risquant au final d’en faire pâtir les élèves.

Il fallait que je passe la main. Ce ne fut pas évident, car bien sûr je n’avais rien dit à personne, et j’ai donc dû au début informer que mon arrêt était prolongé, sans en donner la raison. Et puis être sollicitée pour fournir une programmation, des idées de séances etc au remplaçant. J’ai fini par enfin pouvoir déconnecter complètement, c’est à dire couper totalement contact. C’était juste vital.

C’est long de reprendre des forces physiques, de se reconstruire. Ca m’a pris plusieurs mois.

Une période au cours de laquelle j’ai pu redécouvrir certains facettes de ma personnalité. Etre aidée et soutenue par des professionnels qui m’ont aidée à refaire le point sur les orientations possibles en tenant compte non pas de ce que j’avais fait jusque-là, mais de qui j’étais vraiment ainsi que de mes besoins.

J’ai repris à la rentrée suivante à temps partiel tout en entamant des études en parallèle. Et ce fut ma bouée de sauvetage…

Petit à petit, tout se reconstruisait autour de moi. J’avais autre chose dans ma vie de plus important que l’école, j’avais surtout de la matière sur laquelle faire tourner mon mental. J’étais stimulée par les nouvelles choses que je découvrais dans mes études, j’avais retrouvé le goût d’en savoir plus, de creuser… et j’ai ainsi pu prendre du recul sur les situations toujours aussi pénibles et stressantes du quotidien de la classe.

C’était juste le début de mon projet de reconversion, et à partir de ce moment-là j’ai été beaucoup plus sereine sur mon avenir car je savais qu’au bout du parcours universitaire entamé, je partirai quoi qu’il arrive, et sans regrets.

Cet article est long, je n’ai pas pu le condenser. J’ai pourtant édulcoré et passé nombre détails. Même si tout ça est loin derrière moi, l’écrire fait remonter beaucoup d’émotions.

Je souhaite à qui le lira de trouver de quoi alimenter sa réflexion, et surtout être convaincu que rien ne vaut la peine, même pas le métier d’enseignant, de se faire du mal par conscience professionnelle.

Mon métier d’aujourd’hui est forcément influencé par mon parcours d’enseignante:

  • j’ai laissé de côté tout l’aspect purement transmissif et les cadres normés qui m’étouffaient
  • j’ai gardé le meilleur de mes expériences, en particulier ces projets autour de la musique et de l’expression corporelle, où j’ai pu pleinement exploiter ma créativié tout en permettant aux enfants d’exprimer la leur, avec joie et simplicité, exigence et bienveillance.

Ces moments m’ont reconnectée à la part d’enfant en moi et me rappellent qu’écouter sa voix, c’est retrouver sa voie.