Toutes ces choses intenses qu’on tait

hypersensibilité

Toutes ces choses intenses en nous, toutes ces choses qu’on tait…

 

Toutes ces choses qu’on vit et dont on ne parle jamais.

Pourquoi?

Parce que personne n’en parle. ça ne fait pas partie des sujets abordés.

Le sujet n’existe pas.

Donc je n’ai pas de légitimité à en parler.

Pire : ça n’existe pas. Ces choses n’existent pas, je les ai pourtant vécues, ressenties.

Pourtant, elles n’ont aucune place au-dehors de moi.

Ni dans les récits de famille, ni dans les échanges avec les autres, ni dans les livres ni les chansons, ni dans les thèses, ni dans l’actualité. ça n’est pas à l’agenda.

Ou alors si peu, si peu, que ce peu renforce la honte de porter en soi ce qu’on tait.

C’est toujours la même chose.

On ne parle pas de soi, on ne parle pas de l’intime, des détails du quotidien qui font le limon du courant où l’on évolue.

Parce qu’on n’en entend pas parler. Les thèmes ordinaires font illusion, y compris dans le rassemblement qu’ils croient susciter, bien éphémère quand il n’est pas sous-tendu par une proximité intime de pensée.

A croire que c’est imaginaire, toutes ces choses du quotidien qui nous remuent mais qui ne renvoient à rien de ce qui est véhiculé partout, alors on n’en fait pas cas.

Ou alors, on réserve ça à des contextes bien particuliers: cabinets, consultations, cercles, confessionnal…

Tout ça c’est du C : C comme caché. En seul à seul, en groupe anonyme.

ça reste des choses à cacher comme la poussière sous le tapis.

Il faut régler le problème, car ça n’est pas joli, il faut expurger tout ça en quelque chose qu’on appellerait une force, il faut partager en petit comité pour revenir ensuite dans le monde ordinaire et son ronron conventionnel.

Ces choses, petites ou grandes, qui se répètent ou arrivent une fois : des détails du quotidien qui font naître des émotions intenses et pourtant insignifiées, parce que si peu partagées. Elles sont dans le corps, beaucoup, souvent. Elles engendrent inévitablement des pensées follement vagabondes qui sont remisées au fond de soi. Elles font bondir le coeur si fort qu’il espère parvenir à entretenir ce feu sans qu’il s’éteigne.

Je veux écrire sur ces choses intenses du quotidien, tellement refoulées qu’elles constituent le terreau pour la honte, le déni, mais aussi les allégresses incommensurables qui nous submergent pour un rien et nous encombrent terriblement quand on se sent seul à les ressentir. Des traces qui nous parcourent en tous sens.

Ce sont ces artefacts qui font qu’on se laisse tomber à un moment donné, parce qu’on croit être seul à les vivre intensément. On n’existe plus pour soi, on se doit d’exister au-devant des autres, en ravalant sa fierté, en prenant sur soi, en pensant et en parlant comme les autres.

Je voudrais rendre à l’ordinaire sa part d’extraordinaire quand il est vécu comme tel, avec des mots dignes de l’expérience. Des mots qui ne sont pas là pour émouvoir, simplement des mots qui révèlent le vécu de la réalité, qui pourrait être le mien mais aussi celui d’une seule personne – ou peut-être plus.

Je ne l’avais jamais dit avant, et maintenant que je le lis ici : je crois qu’on est plusieurs.

Un.e qui parle : un écho quelque part.

marion dorval

Touchant. Vibrant. Inspirant.

Les mots doux et puissants: l’inspiration pour trouver en soi l’écho intime qui fait avancer et oser.

Merci Marion d’être toi. Ceci m’inspire et j’espère qu’à mon tour, je serai moi de plus en plus…

Merci pour ce que tu es. Te lire est toujours source de joie et structurant pour moi qui doute et m’aime peu.

Tes paroles font tellement écho chez moi… ta sensibilité et tes mots pour l’exprimer me touchent profondément.

Observer, ce don de l’émerveillement

Observer, ce don de l’émerveillement – Eloge de l’observation

observer émerveillement zen

 

La vie nous enseigne que le monde est source d’apprentissages. C’est lui qui nous ramène au cour de nous-même, à ce qui fait notre essence. Un effet miroir permanent que nous filtrons au fil de nos expériences et qui nous mène à construire, déconstruire, reconstruire, nos représentations sur notre figure, celle des autres, celle du monde.

Qui sait si l’observation ne serait pas la clé fondamentale pour évoluer?

Dans ce qui suit, l’objet de l’observation pourra être, selon ce qui résonne chez vous:

  • un objet physique
  • une personne, y compris un animal, un végétal, un minéral
  • un paysage, un ensemble de constructions
  • un comportement chez soi ou chez les autres
  • une émotion, un sentiment chez soi ou chez les autres
  • un mouvement chez soi ou chez les autres
  • un débit de voix, un timbre, une mélodie, un rythme, émanant de soi ou d’autrui
  • une pensée, une réflexion, une philosophie, un dogme, une information…

Par ailleurs, j’entends par observation une activité qui consiste à se rendre disponible pour entrer en lien avec l’objet de l’observation. C’est loin de se limiter à un contact visuel! Regarder avec ses yeux est la première chose à laquelle on pense, mais ici je vous invite à observer:

  • avec tous vos sens, donc observer devient une expérience sensorielle (de goût, d’odorat, de toucher, d’ouïe, et bien sûr la vue)
  • avec votre coeur, donc observer devient une expérience spirituelle (ressentir pleinement ce qui se passe en soi, sans s’y attacher ni l’analyser)

Il s’agit de prendre contact en se mettant en conditions de réception active et la plus complète possible.  Vous aurez peut-être, spontanément, envie de penser au mot «  écouter » plutôt qu’observer. Observer, se mettre à l’écoute de la vie, prenez ce qui vous parle.

Les qualités développées par l’observation me semblent révéler à quel point cette activité est cruciale à notre époque pour nous ramener dans l’ici et maintenant, au contact de la vie et non dans l’illusion de ses avatars (distractions qui nous empêchent de vivre ce qui nous tient à coeur, jeux de l’ego sur les réseaux sociaux, conventions sociales qui aseptisent nos relations et réduisent la part de spontanéité).

Observateur, toujours tu prendras ton temps.

Approcher l’objet de son observation exige du temps, par la finalité qu’elle sous-tend. Si j’observe, c’est pour en tirer un enseignement: je veux en savoir plus sur cette chose, cette personne, cette émotion. J’ai besoin de temps pour comprendre comment ça fonctionne, quels sont les différents aspects de la situation. Un peu comme observer un diamant à mille facettes nous prendrait du temps, observer la vie et ses manifestations revient à se poser quelque part et déposer notre regard pour laisser se dévoiler les choses.

Concernant le domaine des émotions, des sentiments, des pensées, nous sommes si pris dans nos réseaux de représentations, dans le flux des informations, que ralentir pour observer devient une priorité. J’ai parfois l’impression que nous sommes tellement submergés par les avis répandus partout à propos de tout, par les sollicitations pour consommer, que c’est un peu comme si nous avions des spots en permanence dans la figure, ou, moins violent, des multitudes d’arcs-en-ciel partout autour de nous. On ne peut pas y voir clair sans discerner, et pour qu’il y ait discernement il faut le temps du silence. Filtrer les couleurs pour mieux en connaître chacune, cela demande une discipline qui s’accomplit dans la durée. Avec l’habitude, on parvient à pacifier son esprit et donc son regard: moins happé par ce qui se passe à l’extérieur, on s’installe dans un rapport plus paisible au temps et surtout on ouvre à l’expérience d’être « avec » l’objet de son observation, sans s’en donner l’illusion (note pour moi-même: facile de se dire je me prends un quart d’heure pour examiner mon émotion du moment : on tombe vite dans le mode « recherche de solution » qui n’est pas une observation, mais une course pour vite supprimer ce qui est désagréable en nous).

Observateur, tu prendras note sans juger ni comparer.

C’est une leçon d’humilité, et il m’est impossible de ne pas penser là aux transmissions des voies telles que celles du budo (arts martiaux et d’éveil venus du Japon: zen, kyudo, judo, ikebana, art du thé…). Quand je me place en tant qu’observateur, j’accepte de reconnaître que j’ai à apprendre. Je fais voeu d’humilité pour quelques instants ou plus, en recevant tout ce que mes sens peuvent noter comme information. Rester dans cette intention, cette posture, vis-à-vis de mes émotions, d’une personne, d’un animal, m’entraîne véritablement à une pleine conscience de l’expérience vivante. Je note, j’absorbe à mon tour ce qui émane de l’autre et me touche. L’expérience d’observation peut être agréable, désagréable, voire neutre: ce n’est pas le moment d’y penser, c’est le temps de recueillir.

Imaginez un photographe observant un oiseau rare et voulant réussir un cliché: mission impossible s’il passe son temps à penser… tout son corps est dans l’intention de capter le meilleur moment, et pour ça rien ne doit parasiter la situation. La pratique de l’observation consciente nous aide à différer nos jugements, nos réactions et donc mieux vivre l’expérience du moment présent. Elle nous offre au fur et à mesure l’accès au plaisir de se placer « près de », de s’approcher d’un phénomène, d’un être, d’une idée, de savourer ce moment de la découverte sans s’attacher à plaquer dessus nos raisonnements. Elle nous laisse en position d’ouverture et simplement, nous aide à entrer en relation avec l’autre plutôt que s’engager tout de suite dans des élucubrations sur « ce que pense l’autre, de moi, de nous », ou « ce que cette émotion dit de moi, de mon futur, de mon passé », « ce que cette idée va m’apporter pour mieux gagner ma vie, pour m’économiser de l’argent, du temps »… Ici il n’est pas question de se projeter: observer c’est découvrir, enlever le voile. C’est ça aussi : laisser les illusions de côté, y compris le petit discours intérieur du mental qui veut nous déconnecter de l’expérience de nos corps et de nos coeurs pour se rassurer avec ses idées toutes faites.

Observateur, tu élargiras ton point de vue sans cesse.

Nous pouvons observer un même objet de près, de loin, à la dérobée, de jour, de nuit.

Dans les détails ou de façon globale.  C’est en particulier utile lorsqu’il s’agit de se faire une idée, un avis à propos d’une situation, d’un courant de pensée. Approcher les concepts et les notions abstraites ne peut se faire en se contentant d’un seul point de vue. Il y a tant de nuances à saisir dans ce que nous voyons, nous vivons. Ce monde moderne est tout entier plongé dans la vision manichéenne et réductrice d’une pensée en tout ou rien: chaque acte ou pensée est bon ou mauvais, une personne a forcément soit tort soit raison, mes émotions sont soit positives soit négatives, mes relations sont épanouissantes ou toxiques… heureusement que tout comme le cercle du yin et yang, nous pouvons distinguer « un peu de tout dans tout ».

Observer nos réactions, nos émotions, celles des autres, observer le comportement d’un animal, c’est s’ouvrir à l’idée que nous aurons un point de vue valable à un instant donné dans une position donnée. Reprenant l’image du photographe, s’il revient le lendemain reprendre la photo d’unpaysage, celui-ci aura irrémédiablement changé, même imperceptiblement. C’est toute la beauté de la nature de nous enseigner que nos observations sont soumises à d’infinies variations. Changer de point de vue, c’est ne pas rester crispé sur une idée, un avis. Ne réduisons pas la circonspection à un aveu de faiblesse ou à une mollesse de l’opinion: construire son avis sur quelque chose, ça se fait progressivement. L’intuition se développe également lorsque nous nous permettons d’observer nos émotions, nos réactions (et celles des autres) sous différents aspects.

Bref, apprendre à observer c’est définitivement élargir sa vision de l’esprit, du corps, c’est embrasser toutes les possibilités en soi et autour de soi. Dans le concret de tous les jours, lorsque nous pratiquons une observation conscient et multifocale, nous développons notre créativité, aussi bien sur le plan concret des réalisations artistiques, que dans nos façons d’interagir avec autrui. Une voie qui amène plus de liberté en soi pour vivre, s’exprimer, penser sans être coincé dans une seule façon de voir les choses, sans être appesanti par du fatalisme ou du déterminisme.

Observateur, tu sauras que regarder est le point de départ de toute évolution personnelle et collective.

Je n’ai pas ici la place pour développer en détails cet aspect.

Simplement, lorsque nous naissons, nous apprenons par imitation. Le mimétisme est un comportement présent chez les espèces animales, végétales: il concourt à un vivre ensemble apaisé, co-créateur, harmonieux. Il s’agit au départ de survivre en adoptant les comportements et les codes nécessaires pour s’intégrer dans le collectif. Nous sommes éloignés de la nécessité de survie telle qu’elle se présentait au début de l’histoire de notre espèce, mais observer nous reste indispensable pour:

  • comprendre les autres
  • se comprendre soi-même
  • communiquer dans la même langue
  • développer son ressenti et donc s’assurer une connexion corps-esprit qui stabilise, qui nous évite d’agir simplement de manière « mentale » en étant emporté par nos peurs et nos préjugés.
  • rester curieux et émerveillé, en somme jouir de la vie!
  • … liste non exhaustive, loin de là!

Un fin observateur connaît par coeur son fonctionnement physiologique et psychique (plutôt utile en cas d’hypersensibilité), et il peut détecter celui des autres. C’est cette approche douce et pleine d’acuité, d’autrui, de soi, de la vie, qui nous aide à créer des liens.

Observer n’est pas une action passive quand elle se fait en conscience, avec émerveillement, dans un appétit de comprendre et d’aller vers: l’autre, la vie, soi-même…

C’est un prélude à la rencontre, à la discussion, au débat. Là vient alors éventuellement s’ajouter l’analyse, la réflexion, la prise de décision.

Mais sans observation, que se passe-t-il?

Les schémas de fonctionnement l’emportent, les mauvaises habitudes, le « zapping », les jugements à l’emporte-pièce, les comportements qui mettent sur un piédestal un jour et détruisent le lendemain… nous sommes si vite emportés par toutes ces illusions quand nous ne nous offrons pas le temps d’être véritablement présent à ce qui se vit, en posture d’observateur ouvert et actif.

Pas d’évolution individuelle ni collective sans le temps de l’observation: échanger avec l’autre, grandir avec l’autre, sont rendus possible lorsque nous lui avons accordé ce temps d’observation neutre, sans jugement, sous différentes facettes, sans le réduire à des idées toutes faites.

Une pratique non violente et zen qui ouvre la voie à la construction d’idées et d’actions prenant en compte l’autre tel qu’il est, dans toute sa complexité, ses contradictions, ses élans et ses moteurs internes.marion dorval

Touchant. Vibrant. Inspirant.

Les mots doux et puissants: l’inspiration pour trouver en soi l’écho intime qui fait avancer et oser.

Merci Marion d’être toi. Ceci m’inspire et j’espère qu’à mon tour, je serai moi de plus en plus…

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Ecrire sur soi pour enfin devenir soi-même

écriture thérapie

Ecrire son histoire pour enfin devenir soi

 

Qui suis-je ? Comment me définir devant les autres ?

Cette question est sûrement de celles qui me fascinent mais aussi celle qui m’agace le plus. Je n’aime pas me définir. Je suis capable d’apporter une réponse très succincte à « qui es-tu ? » comme de parler sans m’arrêter.

ça n’est pas correct.

Les codes sociaux exigent qu’on réponde à cela par le traditionnel alignement des réponses concernant l’âge, la situation familiale, la profession, le lieu de vie, les loisirs… brièvement mais sans se contenter du strict minimum.

Il n’y aura pas mort d’homme si l’on fait autrement.

Mais probablement un léger malaise dans l’assistance qui s’attend à un réponse conventionnelle, qui arrange tout le monde parce qu’on aura joué le jeu.

Et qu’on aura joué le jeu de donner aux autres de quoi se faire une représentation de nous-même. C’est aussi une façon d’amorcer un lien, de construire une relation. Celui qui ne dit rien de lui n’offre pas la possibilité aux autres d’entrer en relation. Je l’ai appris à mes dépens, en croyant me protéger je ne faisais que m’isoler davantage.

J’ai longtemps subi ces questionnements qui me figeaient car j’aurais voulu avoir l’audace de répondre librement, tout autant que je craignais terriblement d’être rejetée si je ne m’alignais pas sur le fonctionnement des autres. Je n’avais pourtant rien de spécial à revendiquer, rien à cacher non plus. Cette question est trop pesante, elle demande de résumer tout son monde, toute sa vie, en une petite phrase. Même sans verser dans la mégalomanie, elle fige parce qu’elle ne nous permet pas de prendre le temps de réfléchir à comment l’on veut se présenter au monde.

Pour retrouver cette liberté de choisir sa façon d’exister aux yeux des autres, l’écriture est une alliée de taille.

 

Ecrire le récit de soi, c’est à dire adopter une pratique d’écriture qui permet de se raconter sans censure, c’est tout d’abord retrouver ces espace-temps où l’on peut se livrer sans retenue. Parler de soi avec ses propres mots est alors un remède à bien des maux. Personne pour nous interrompre, personne pour nous fusiller du regard si la page reste blanche. Cette création entre soi et soi-même, c’est l’occasion de se fabriquer un cadre sécurisant, bienveillant, où tout est permis, en accord avec notre nature profonde.

 

Que ce soit par l’art du journal, de l’autobiographie, de l’écriture épistolaire, écrire à partir de soi et sur soi libère la créativité d’une façon bien différente qu’avec les pratiques conditionnant un résultat esthétique. Ici, nul besoin d’atteindre un certain nombre de pages, d’adopter un style particulier, de faire des effets de sens, de vouloir plaire. C’est le retour à la spontanéité et l’occasion d’enfin porter un regard doux sur soi, d’accomplir un acte digne apportant une satisfaction toute simple et pourtant ô combien réconfortante et joyeuse.

Ecrire pour soi, c’est avant toute chose prendre en charge son histoire.

Quand j’écris, je porte ma voix sans laisser personne d’autre parler à ma place. Nous existons à travers le regard des autres, que nous le voulions ou non. Chacun grandit en construisant une multitude de récits sur lui-même, sur les autres, sur le fonctionnement des relations, avec pour support les représentations sociales donc systémiques apportées par l’environnement familial, social, éducatif dans lequel nous avons grandi et où nous continuons d’évoluer. Reprendre le fil de son histoire c’est s’autoriser à la dérouler dans le sens qui nous permet de mieux intégrer nos failles, nos blessures, reconnaître nos victoires et notre beauté. C’est non seulement se soustraire aux diktats (le « ce que je crois que les autres croient sur moi », qui finit par nous définir tellement nous lui laissons la main) mais c’est prendre part activement à la création du sens que nous voulons pour notre vie. Déconstruire les idées que nous avons sur nous-mêmes, décoller les étiquettes qu’on nous a collées (à notre insu ou de notre plein gré) est un acte courageux et nécessaire pour vivre enfin sa vie.

 

Loin d’être une activité égoïste ou narcissique – renarcissisante certes, si l’on en a besoin, car elle restaure l’estime de soi et offre un nouveau regard plein de tendresse sur notre parcours– écrire le récit de soi c’est un premier pas pour s’ouvrir aux autres en se respectant profondément.

Pour tisser des liens authentiques, des relations vivantes, vibrantes, nous avons besoin d’être touchés.

Or, écrire sur soi c’est s’ouvrir sur l’autre, car être dans sa vulnérabilité, c’est se laisser voir, se laisser toucher donc être touché par les autres. En écrivant qui je suis, ce que je ressens, ce que je vis, d’où je viens, d’où je parle et où je souhaite aller, je risque une mise à nu. L’écriture, quand on s’y livre vraiment, ne laisse pas d’autre choix.

Et pourtant, c’est bien ce plongeon qui nous permet de laisser les autres nous voir comme nous sommes véritablement, sans artifice, sans se diminuer. Je ne parle pas là de faire lire ses écrits personnels : il suffit d’entrer dans une pratique toute personnelle du récit de soi pour constater au long cours, que notre regard sur les autres gagne en ouverture, en tolérance. Nous nous autorisons à parler de nous par petites touches, plus librement, quand nous sommes en confiance. Et offrir un bout de son histoire aux autres, c’est leur donner la possibilité de nous rejoindre là où eux aussi ont peut être été touchés, blessés, émerveillés.

Redonner de la voix à son histoire, être vivant en portant ses stigmates, ses victoires, faire avec en embrassant le tout, sans se sentir coupable mais plutôt libre de faire agir ce récit comme bon nous semble. Un acte à la fois responsable pour ne plus subir son passé et craindre l’avenir, un acte fondateur d’une vie créatrice qui intègre nos différentes facettes et nous fait envisager « je », cet autre, et tous les autres, comme des êtres dignes de se raconter par eux-mêmes.

Faire entendre sa voix est vital, par tous les moyens.

L’écriture aide à vivre, l’écriture relie, l’écriture redonne joie, force, courage.

                             marion dorval

Touchant. Vibrant. Inspirant.

Les mots doux et puissants: l’inspiration pour trouver en soi l’écho intime qui fait avancer et oser.

Merci Marion d’être toi. Ceci m’inspire et j’espère qu’à mon tour, je serai moi de plus en plus…

Merci pour ce que tu es. Te lire est toujours source de joie et structurant pour moi qui doute et m’aime peu.

Tes paroles font tellement écho chez moi… ta sensibilité et tes mots pour l’exprimer me touchent profondément.

On lit en moi comme dans un livre ouvert

On lit en moi comme dans un livre ouvert

« Un jour je dirai tout. One day I’ll tell everything.
Alors mon monde s’effondrera pour de bon, ou peut-être bien qu’au contraire il reprendra enfin forme et moi sa place au-dedans.
My whole world might then crumble, or it might actually embody all my desires and becomes a place where I find my place and peace. »
Retrouvez mes poèmes ici: mariondorval.home.blog

 

Longtemps j’ai été persuadée qu’on pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert.

Marcher dans la rue pouvait être problématique à de multiples niveaux liés à la peur d’être dévoilée.

La peur d’avoir un regard qui pourrait offenser quelqu’un, sans volonté de ma part, et que de là surgisse un conflit entre ce que j’aurais laissé échappé comme mauvaise tête et ce que l’autre aurait reçu comme une injure, un reproche tacite.

La peur qu’on me juge comme bizarre, qu’on rie de moi.

De fait, la peur de passer devant des groupes de gens, particulièrement des adolescents, parce qu’un ado en bande, ça rit fort et tout et de rien pour pavaner, se donner une contenance et pallier sa propre fragilité.

La peur d’être reconnue par quelqu’un et d’être prise en flagrant délit de sale gueule, pas belle à voir, mon air de tous les jours: effarouché, inquiet, crispé.

Les premières minutes après avoir rencontré quelqu’un, j’évaluais intérieurement si l’autre m’avait captée: est-ce que j’avais réussi à faire bonne figure, ou est-ce que j’étais déjà cataloguée comme la faible de service?

J’avais peur d’être une cible.

En fin de compte, j’avais surtout peur qu’on me sente vulnérable, convaincue que la peur se reniflait de loin.

Je croyais qu’on pouvait deviner rien qu’à mon visage, ses expressions, ma voix, ma posture, tout ce que j’avais vécu.

Comme si toutes les histoires que j’avais traversées étaient tatouées sur mon visage.

J’imagine alors tous ces visages parlant à qui mieux-mieux:

« il m’a quitté après m’avoir trompée pendant dix ans sans que je ne voie rien, je dois vraiment être idiote! »

« j’avais sept ans, j’avais confiance en les adultes, après plus jamais »

« les autres m’ont toujours abandonnée, est-ce que tu vas faire pareil quand tu te rendras compte que je ne vaux rien? »

« avant, j’avais une fille, c’était avant, je ne peux jamais dire « je suis orphelin de mon enfant »

« je porte des manches longues car mes bras sont scarifiés »

Des bouts d’histoires, des traumatismes grands ou petits, récents ou enfouis, et tout ce qu’on se raconte sur soi pour croire que personne n’acceptera ce vécu.

Au fond, ces visages racontent un peu tous la même chose:

Je préfère te le dire: je ne suis pas ce que tu crois.

J’ai si peur que tu découvres ma fragilité, que tu saches comment tu peux m’atteindre, me faire mal, me faire tomber à terre, m’humilier.

Je suis persuadé que tu ne me comprendrais pas et pire, tu me jugerais sur pièces si tu t’apercevais que je ne suis pas ce que je montre.

J’ai si peur que tu voies mes failles, que tu veuilles en savoir plus, que tu remues le couteau dans la plaie, que tu en joues pour me faire souffrir.

Mais si je suis honnête vis-à-vis de moi, je suis incapable de voir mes forces.

Je crois porter uniquement le poids de mes fragilités et j’ai honte, si honte qu’on puisse de suite deviner que je ne suis pas ce super humain qui a tout surmonté sans aucune trace.

Je me raconte que j’ai des tares, qu’elles m’empêchent d’être fort.

Je souscris à cette histoire de de voir se montrer parfaitement invincible en toutes circonstances, sans jamais y associer les blessures.

Et pourtant…

Qui n’a jamais été blessé ne peut éprouver sa force.

Qui ne se montre jamais vulnérable ne peut faire de lien humain.

Qui se cache sous une apparence lisse par peur d’être inférieur attire l’indifférence ou le mépris, et confirme ainsi la croyance qu’il n’est pas valable aux yeux des autres.

Alors, le livre ouvert? Il faut le laisser grand ouvert, se mettre à nu sans protection, devant n’importe qui?

Non. Simplement, connaître son histoire, l’assumer, savoir la raconter avec ses propres mots, à ceux à qui l’on choisit de faire confiance.

Retrouver cette sécurité intérieure qui permet un espace entre moi et l’autre, ne pas me sentir envahi, pouvoir jouer de la distance et savoir s’éloigner si besoin, ou se rapprocher si la confiance est là. Envisager la relation à l’autre comme un processus progressif de dévoilement et non pas « je vais devoir tout de suite tout dire pour qu’ils sachent qui je suis ».

Savoir choisir ce qu’on dit de soi, voilà qui est précieux: je n’ai pas peur qu’on croie des choses de moi puisque je me sens à même de dire ma vérité, ou des morceaux de celle-ci, de la façon qui me convient, en me respectant, sans avoir peur d’en dire trop ou pas assez.

Savoir se livrer de façon dosée, une compétence qui aide à amoindrir ce sentiment terrifiant d’être comme un livre ouvert.

Et d’abord, savoir se dire, donc savoir s’exprimer déjà devant soi, être à l’aise face à son propre regard. Voilà le sens de ma démarche avec Mémovoix: créer des espace-temps où l’on peut baisser le masque sans crainte, et étoffer son estime de soi comme un vêtement protecteur mais non dissimulateur. Retrouver la liberté de montrer de soi ce que l’on veut, tout en respectant sa nature profonde.

Cela commence donc par recréer un lien sécure de soi à soi, ne plus vivre dans cette illusion que toute relation est synonyme de danger si l’on découvre nos failles.

Et avant tout, avoir plaisir à explorer ses différentes facettes, pour non pas lutter contre ses peurs, mais magnifier ses vulnérabilités en en faisant des forces.

Forts d’avoir vécu, nous pourrons partager, à notre façon et notre rythme, à qui nous estimons dignes de notre confiance, nos fragilités, nos doutes et nos blessures, pour confirmer à l’Autre que nous le comprenons  et pouvons tisser du lien avec lui parce que précisément nous sommes juste humains nous aussi.

Touchant. Vibrant. Inspirant.

Les mots doux et puissants: l’inspiration pour trouver en soi l’écho intime qui fait avancer et oser.

Merci Marion d’être toi. Ceci m’inspire et j’espère qu’à mon tour, je serai moi de plus en plus…

Merci pour ce que tu es. Te lire est toujours source de joie et structurant pour moi qui doute et m’aime peu.

Tes paroles font tellement écho chez moi… ta sensibilité et tes mots pour l’exprimer me touchent profondément.