J’ai besoin de tout contrôler

J’ai besoin de tout contrôler

J’ai besoin de tout contrôler. 

Je prépare tout à l’avance dans les moindres détails pour être sûr de savoir quoi dire ou faire en toute situation.

J’ai besoin que tout soit parfaitement prévu dans ma tête sinon j’ai peur de ne pas y arriver.

Viser la perfection pour éviter l’imprévu

Nous sommes tous plus ou moins tiraillés entre le désir de vivre libre de toute contrainte et celui de maîtriser nos actions, nos réactions. Alors nous fabriquons des plannings pour caser toutes les obligations et toutes les activités de type bien-être.

Nous essayons de prévoir toutes les questions et réponses possibles en vue d’une rencontre, d’un entretien.

Nous faisons tout pour éviter de nous retrouver perturbés face à une situation imprévue.

A première vue, on peut penser qu’on contrôle pour se créer une vie parfaitement réglée, sécurisante, pour éviter les débordements organisationnels, pour limiter les montagnes russes émotionnelles.

Mais finalement si on creuse, c’est avant tout une stratégie pour éviter d’être pris en défaut, d’apparaître comme vulnérable.

Nous avons peur d’être débordé si nous ne respectons pas scrupuleusement les attentes que nous avons envers nous-mêmes.

Nous redoutons plus que tout de ne pas savoir face. 

Et donc de perdre la face…

 

Le contrôle excessif, ennemi de la confiance en soi

 

Etre organisé, anticiper, n’est pas un problème en soi. C’est même souvent vu comme une qualité.

Cela devient gênant quand notre maîtrise nous maintient dans une dépendance: nous sommes perdus si nous lâchons nos routines, nos modes d’organisation.

Rester dans le contrôle alimente la peur de l’inconnu: plus on cherche à contrôler, moins on se confronte à la situation redoutée, plus on a peur de la vivre un jour.
Or lâcher prise sur la maîtrise des événements, c’est s’autoriser à faire confiance à ses capacités d’adaptation.

 Imaginez un surfeur qui voudrait connaître à l’avance les vagues sur lesquelles il va s’élancer: c’est impossible… la préparation est nécessaire mais reste une précaution, pas une garantie contre les coups de vent, l’absence de vague, la chute. C’est bien la confiance dans sa capacité à réagir de façon adaptée qui lui permet d’aller vivre l’expérience de la vague sans se crisper sur les aléas qu’il va rencontrer.

 

Les bénéfices du lâcher prise

 

Essayons la chose suivante: observez comment vous essayez de garder le contrôle au quotidien.

  • Vous pensez à tout, en pensant que vous risquez moins ainsi. Quelle dose d’énergie et d’efforts mettez-vous en oeuvre pour tout prévoir?
  • Quand cela ne se passe comme prévu, arrivez-vous à retomber sur vos pattes rapidement?
  • Est-ce que vous vous dites: « tout ça pour ça, si j’avais su, je n’aurais pas passé autant de temps à imaginer comment ça se passerait »?

Au final, en contrôlant trop, nous récoltons culpabilité, frustrations, voire rancoeur envers ceux qui n’ont pas répondu à nos attentes en agissant différemment de nos plans.

 

S’entraîner à la souplesse mentale

 

Contrôler, maîtriser, ou bien lâcher prise, laisser faire?

Ni l’un ni l’autre: les deux ensemble, bien dosés.

Tout se joue dans l’équilibre. 

S’autoriser à ne pas être en permanence dans le contrôle, c’est se permettre de vivre plus sereinement, avec moins de pression quotidienne.

C’est aussi laisser de côté notre juge intérieur et se laisser vivre de façon plus authentique et satisfaisante.

Arrêter la culpabilité et la course à la perfection pour s’octroyer de vraies respirations.

Avoir des relations plus apaisées aux autres et à soi-même.
Vous pouvez augmenter votre capacité à lâcher prise de plusieurs manières:
  • prévoyez du temps pour l’imprévu dans votre emploi du temps. Les journées ne durent que 24 heures, soyez réalistes et bienveillants…
  • autorisez-vous une marge pour accomplir une action :  rajouter un délai possible, s’autoriser les actions parfaites à 80%. “Mieux vaut fait que parfait” dit le dicton. Pas faux!
  • vivre des situations où vous ne décidez pas de tout, où vous devez faire face à des éléments inconnus. Les activités créatrices sont parfaites pour cela: elles vous permettent de lâcher prise dans un cadre sécurisant, tout en augmentant plaisir, bien-être et confiance en soi.

Hypersensible: je ne supporte plus rien

hypersensible je ne supporte plus rien
Rester dans sa bulle quand on est hypersensible est un réflexe naturel. Le monde extérieur apparaît comme source de tant de stress qu’il devient vital de pouvoir se replier si besoin dans un cocon. La peur des autres, le flot des émotions, la gestion des imprévus: autant de facteurs qui rendent compliqué et fatigant le contact avec l’extérieur. On éprouve le besoin de se recharger en étant seul, au calme, entouré de repères familiers et rassurants.
J’écris cela en réalisant comme je me sens bien chez moi, loin de toute agitation et de toute sollicitation.
Je me rappelle pourtant combien l’évitement des interactions sociales a longtemps été un frein dans ma vie personnelle comme professionnelle…tout ce qui suit est donc le fruit de ma propre auto-observation et conscientisation.

Je ne suis bien que quand je suis seul chez moi

En recherchant en priorité la sécurité intérieure par le contrôle des paramètres environnementaux, on s’installe doucement et sans doute sans s’en rendre compte dans une stratégie unilatérale: on limite les situations stressantes et on cherche à passer le plus de temps possible loin de toute agression visuelle, verbale, olfactive…
Qui voudrait se faire du mal en sachant à l’avance que sortir va demander beaucoup d’efforts avant (anticipation anxieuse), pendant (stress d’exposition) et après (rumination, honte…)?
Certainement que tu le sais déjà si tu me lis: la peur ne s’envole pas quand on la fuit. Au contraire, elle se renforce.
Un autre phénomène se met également en place: à force d’éviter, on devient intolérant.
Passer une heure dans un restaurant, marcher dans la rue à l’heure de sortie des classes, échanger quelques mots avec un voisin de palier… au début on se force, puis on évite un peu, beaucoup… jusqu’au jour où on devient réellement allergique à ces situations qui exigent trop d’efforts d’adaptation.
L’éviction totale fait qu’on supporte de moins en moins les contraintes.

Oser se confronter tout en se préservant

Comment trouver l’équilibre entre éviter et se forcer, pour ne pas en arriver à ne plus rien supporter?
A mon sens, l’idéal est de pouvoir prendre en compte ces différents éléments:
  • connaître parfaitement ses besoins
  • écouter sa petite voix pour ne pas dépasser ses limites
  • accepter que les autres aussi puissent souffrir d’une façon ou d’une autre dans les interactions sociales ou dans certains environnements du quotidien
  • déterminer l’effort minimum et raisonnable qu’on puisse faire pour soi-même (en vue d’évoluer, de s’autoriser à essayer), mais aussi pour les autres (pour maintenir le lien).
Concrètement ça donne quoi?
Avec un exemple, voilà ce que ça pourrait donner.
Quand tu es invité à une soirée où tu ne connais personne sauf l’organisateur, tu ressens probablement l’envie de dire non par réflexe.
Mais peut-être pointe en toi l’envie d’y aller, sauf que beaucoup de barrières se dressent: la durée de la soirée, le nombre de personnes, le fait que tu ne les connaisses pas, etc.
Refuser est plus confortable mais peut être culpabilisant vis-à-vis de celui qui t’a invité.
Qu’est-ce qui pourrait te permettre de tenter l’expérience sans que ça soit trop souffrant?
Quel est l’effort minimum que tu pourrais faire pour que l’autre comprenne que tu as envie de passer du temps avec lui, mais dans les conditions qui te permettent d’apprécier le moment plutôt que le subir?
Quelle est la durée idéale qui te permettra de prendre ta place parmi les autres sans t’effacer ni fuir, sans te confronter trop longtemps ou avec trop d’intensité à ce qui te rend vulnérable?
Je n’ai pas de solutions toutes faites, car toi seul sais ce que tu peux supporter sans que ça devienne souffrant: y aller juste pour une demi-heure, rester plus longtemps sur place mais sortir de temps en temps pour souffler, dire que tu passeras entre telle et telle heure, demander à ce qu’on te présente un ou deux invités pour ne pas rester seul…

Nuancer sa vision des choses: moi, l’Autre, nos besoins et nos difficultés

Dans chaque situation, l’idée est de ne pas voir tout en noir et blanc. Il y a moyen d’aménager pour VIVRE l’expérience sans transformer l’inconfort en souffrance.
Garder le contact plutôt qu’éviter systématiqument est par contre préférable voire indispensable pour cultiver l’élan d’aller vers l’extérieur et maintenir sa tolérance à un niveau comptable avec la vie en société.
Si je m’étais autorisée à reconnaître mes besoins, j’aurais dit plus souvent « oui, je suis d’accord pour faire ça mais à condition que », plutôt que me sentir incapable, refuser et donc rester chez moi, honteuse de ne pas pouvoir faire comme les autres. Et certaine d’entrer dans un cercle vicieux où l’exposition suivante serait encore plus redoutable et donc difficile à envisager.
Un autre aspect indispensable et indissociable est d’apprendre à se décentrer.
Si je ne supporte plus rien à force de rester dans ma bulle, je peux facilement imaginer que les autres sont plus tolérants que moi. On fait un petit pas de côté et on va voir comment ça se passe quand on essaie de se mettre à la place des autres?
  • Comment les autres réagissent-ils de leur côté?
  • Sont-ils toujours prêts à faire cet effort de sortir, d’aller dans la foule, de prendre les transports, de discuter deux minutes avec quelqu’un par pure courtoisie…?
  • Sont-ils d’humeur et d’énergie toujours égales au point de dire oui à toutes les sollicitations sans que ça leur coûte?
Je pense que la réponse est dans la question… voici quelques évidences qu’on a tendance à oublier quand on se sent mal ou qu’on se met toujours en mode survie :
  • personne n’a les mêmes besoins au même moment
  • personne n’a le même degré de sensibilité aux mêmes éléments
  • personne n’a les mêmes intérêts et envies

Réapprivoiser le monde à sa façon sans en faire un ennemi

La différence est une question de perception.
Se reconnaître soi, dans ses spécificités, et reconnaître que l’autre en face a lui aussi ses propres difficultés à surmonter.
Nourrir le lien c’est possible si chacun prend soin de lui avant même de prendre soin de la relation.
Tu peux moduler ta distance au monde et aux autres selon ton humeur du moment.
Tu peux aussi ne pas voir l’extérieur uniquement comme une source de problèmes.
La clé c’est de composer… avec soi et avec les autres, chacun s’insérant à sa façon dans le monde, à sa mesure, à son rythme.

Besoin de se libérer du regard des autres?

Peur du silence dans les conversations

peur du silence

Qui n’a jamais été mal à l’aise à cause des blancs dans une discussion?

 La conversation est lancée et on ne sait soudain plus quoi dire pour rebondir ou relancer.

On a peur du silence. On n’ose plus s’exprimer.

 Et si on essayait de dédramatiser le silence et de lui redonner la place qu’il mérite?

 Et si on pouvait en faire un allié pour s’affirmer?

 

Un torrent de pensées déclenché par le silence

 C’est ton tour de prendre la parole… tu n’as pas dit un mot depuis un moment.Et puis: rien.

Le blanc total.

Les pensées par contre se bousculent dans ton mental:

  • Je n’ai rien à dire, on va croire que je m’ennuie.
  • Je ne suis pas aussi intéressant que les autres.
  • J’ai beau chercher, je ne trouve rien à rajouter qui n’a pas déjà été dit.
  • Je vais avoir l’air idiot, on va penser que je n’ai aucune culture.
  • Je ressemble à une plante verte, ils vont trouver que je suis totalement coincé.

Plus le silence s’installe, plus les pensées prennent de la place. Plus on stresse de rester sans mot.

 Tu connais ce cercle vicieux? 

Qu’est-ce qui se cache derrière la peur du silence?

 Dans notre culture occidentale, on nous a règle générale appris qu’il faut écouter les autres, se taire avant de prendre la parole au bon moment. Mais curieusement, le silence est mal vu… d’où notre malaise quand il se produit.

 Quand plus personne ne dit rien dans une conversation, le temps semble s’arrêter.

 Il nous faut à tout prix combler le vide laissé.

 On se met la pression pour trouver un sujet de conversation approprié. Et on se juge sévèrement s’il est en rupture avec ce qui a été dit précédemment… on cherche à tout prix à trouver des liens. Le perfectionnisme nous joue encore des tours car on ne sent jamais assez à la hauteur de ce que les autres peuvent apporter dans la discussion.

 On voudrait avoir de la répartie à tout moment. Savoir répliquer habilement, c’est éviter de se retrouver désarçonné ou perturbé. C’est maîtriser la tournure de la conversation.

 Pourquoi?

 Parce qu’on pense que les blancs risquent de rendre notre malaise visible.

 

 Le silence est nécessaire et peut devenir un allié

 

 Lorsqu’on est de nature hypersensible ou anxieuse, on voit souvent les situations en tout ou rien.

  J’aime dire que je préfère voir les choses en yin et yang: dans toute chose il y a une infinité de possibilités.

 Le silence n’est ni bon ni mauvais en soi.

 Tout est donc une question de perception.  Et si on apprivoisait le silence? 

 

  • le silence laisse la place aux messages non verbaux. Tu peux t’autoriser à acquiescer ou hocher de la tête, adresser un regard à ton interlocuteur pour signifier que tu restes dans l’échange. Ainsi, les gestes, les postures, les regards, peuvent prendre le relais des mots. C’est parfois tout aussi efficace et cela maintient le contact. 
  • le silence permet de mettre en relief nos propos. Une discussion n’est pas forcée de se dérouler à bâtons rompus… Si tu parles moins mais que tu le fais en prenant le soin de dire des choses importantes pour toi, sans te forcer à “parler pour ne rien dire”, alors les autres retiendront l’essentiel. Se laisser le droit d’être silencieux peut donc être une manière de s’affirmer. Combien de gens parlent sans s’arrêter et sans pourtant apporter rien de plus dans la conversation?
  • le silence a la place que tu lui accordes. Tant qu’on en a peur, qu’on le maintient à distance, on se force à parler. On ressasse ensuite en se disant qu’on n’a rien dit d’intéressant. Or prendre le temps du silence, c’est se donner le droit de refuser de réagir de façon imémdiate. Prendre le temps de digérer les informations reçues, de se positionner. Prendre le temps d’observer les autres, de se recentrer et de prendre ou non la parole. Savoir se donner le droit au silence c’est commencer à s’autoriser à être soi-même devant les autres.

 

 

 Oser s’exprimer en apprivoisant le silence

 

 Le silence est une respiration… il est nécessaire pour relancer le souffle.

 En chant, le silence correspond à l’inspiration: c’est sur l’expir qu’on peut émettre un son.

 

Si tu chantes sans laisser de silence, tu vas t’essouffler. Si tu prends le temps de reprendre ton souffle, à l’expir tu poseras ta voix de façon plus assurée, plus consciente aussi.

 C’est pareil dans une discussion.

 Laisser de l’air, donc du silence, dans nos échanges, c’est nous donner un petit tremplin pour repartir vers l’autre.

 En choisissant la direction qui nous parle, que ce soit la même que lui ou une autre.

Ce processus est naturel et pourtant, nous l’avons oublié ou désappris. C’est possible de s’entraîner avec plaisir à être à l’aise avec le silence. 

Dans mon accompagnement en chant créatif, j’aide chacun à apprivoiser le silence, à se sentir à l’aise avec.

En reprenant confiance dans sa voix et en osant la libérer, on se détache peu à peu de la peur du regard des autres… et on fait du silence un outil d’affirmation de soi.

 

Eric, artiste origami: la création vecteur d’intégration sociale

  On peut se sentir différent et réussir son intégration sociale…


J’accompagne par l’expression créatrice tous ceux qui souhaitent accéder à la liberté d’être enfin eux-mêmes.
Naturellement, j’aime découvrir des personnes qui ont elles-mêmes fait ce chemin. Dans cette série d’entrevues, je suis allée à la rencontre de créateurs atypiques et inspirants. J’espère que chacun d’eux vous donnera l’envie de vous lancer dans une pratique créatrice pour oser davantage être vous, sans la peur du regard des autres.  

 A la rencontre d’Eric, le plieur fou…

 Qui es-tu Eric?

Je suis démesure passionnelle. Je suis un esprit libéré des conventions et influences et dont les créations sont à son image: une part de ma personnalité qui se sait imparfaite car la recherche de la perfection ne laisse pas de place à l’imagination dans la création. Mon âme d’artiste a appris à souffrir de cette contradiction car la réussite d’un acte n’est pas liée à sa perfection.

  • Pourquoi as-tu choisi de dédier ton temps à la création en origami ? 

2 façons de répondre. La première: j’ai toujours aimé la nature, l’art et les casse-têtes et l’origami et la convergence des trois. La seconde : Ce n’est pas un choix, je suis diagnostiqué autiste asperger et je suis intimement lié à mes intérêts spécifiques, ils font partie de moi, de mon fonctionnement. L’origami est une part importante de ma vie.

  • Comment t’y es-tu pris pour débuter l’origami et trouver ta propre façon de faire ? 

Suite au visionnage d’un film ou je fus émerveillé par la magie de l’origami, j’ai cherché seul, avec la feuille de papier, dès lors je n’ai eu de cesse de plier jusqu’à obtention de mes propres créations , et ce depuis 20 ans désormais.

  • Au début de ton parcours artistique, as-tu eu peur de montrer ce que tu créais? Si oui, comment as-tu franchi le pas ?

Oui, en tant qu’autiste asperger, il était difficile pour moi de me confronter aux autres. De plus je ne pliais pas pour les autres en premier lieu mais pour moi. Puis c’est avec l’origami que je vais mettre en œuvre une manière différente d’aborder l’autre en l’utilisant comme vecteur d’intégration sociale, en écartant le regard de ma personne vers l’intérêt. Ainsi, je vais pouvoir l’utiliser pour m’insérer, par le geste mais tout en restant discret derrière le bouclier qu’est la feuille de papier.

L’origami a cet avantage qu’il est un art visuel que l’on peut montrer aisément, il surprend et capte l’attention. Cela m’a permis de rester dans un « cadre »  connu et sécurisant et une manière possible de se faire remarquer de façon positive au sein de la société.

  • Est-ce que tu te sens différent des autres ? Comment le vis-tu?

Assurément et ce depuis l’enfance, ou du moins la dizaine, quand j’ai réellement pris conscience des « autres ». Difficile de dire si je le vis bien ou non, cela dépend de qui m’entoure, à qui je suis confronté, le contexte. Il faut vivre dans la tête d’un asperger pour comprendre, avec ces perceptions sensorielles et réflexions sur l’univers qui m’entoure.

 

  • A ton avis, en quoi le fait de créer peut nous aider à nous sentir plus proche des autres ?

Comme je l’ai exprimé dans une question précédente à demi mot, en tant qu’asperger, l’origami a été pour moi un vecteur d’intégration sociale ! Et cela je le porte lors de la mise en place de mes ateliers ou la communication est un point important.

  • Au quotidien, qu’est-ce que ça t’apporte de créer? En quoi est-ce que ça influence ton rapport aux autres, ta vision de la vie ?

Cela m’apporte un bien être essentiel, une satisfaction d’avoir donné la vie, mes œuvres sont mes enfants. Pendant ce laps de temps de création, je suis dans un autre univers, une bulle de confort, ou plus rien ne m’atteint, que moi et ma vision de cette feuille. Pour le rapport aux autres, cela a évolué avec le temps car avant il n’y avait pas les autres, mais ces œuvres avaient une vie propre et je me devais de les montrer : une œuvre ne vit que si elle est vue.

Ma vision de la vie : l’origami m’a ouvert à tout un univers de perspectives philosophiques tellement profond car l’origami a un fort lien à la fois avec l’être humain et le monde, le monde qui nous entoure, notre planète mais aussi l’univers.

En savoir plus sur la portée philosophique de l'origami
se sentir différent asperger

Pas étonnant, en effet le monde est mathématique, or l’origami est mathématique à base de fractales et d’algorithmes qui peuvent devenir extrêmement poussés.

Pour les fractales, il s’agit d’un principe mathématique tel que  les formes découpées, fragmentaires d’un ensemble sont des motifs similaires à des échelles d’observation de plus en plus fines de l’ensemble lui-même (ex : flocons de neige, éponges …). Si l’on observe un flocon de neige, ou un chou romanesco, on observe ce principe fractal où le petit élément est identique au plus grand élément cumulant tous les petits.

Tout est lié par les mêmes lois, du plus petit  au plus grand, et quand on pratique l’origami à haut niveau, plus on avance en complexité plus on utilise ces lois au sein des règles mathématiques que l’on applique ou même de façon empirique, et l’on se rend compte que tout est lié. Ce lien qui unit tout est un des points de départ d’une réflexion philosophique.

Un autre point est le rapport à l’homme : Les bases de l’origami sont le pli Vallée et le pli Montagne, le pli en creux et le pli en bosse si on veut imager. Ce que l’on pratique sur la feuille pour lui donner forme est donc à l’image, encore une fois du monde avec ses vallées et ses montagnes que l’on retrouve partout comme au sein d’une feuille d’arbre ou de l’arbre lui-même, se trouvant en haut d’une colline ou en bas d’une vallée.

Mais par analogie à l’image de l’homme aussi : en effet l’homme en prenant de l’âge, se ride, comme se ride la planète, cette similitude est une base de réflexion philosophique entre le rapport de l’homme et la nature qui l’entoure allant jusqu’à la manière dont est pliée la molécule d’ADN qui nous compose.

Par expérience on complexifie les modèles origami, on ride de plus en plus la feuille, comme l’homme en vieillissant acquière de plus en plus de connaissances et de rides, les deux n’étant pas liées !

Ceci ne sont que des points de départ de questions philosophiques , je ne vous apporte ici , comme dit plus haut, que le lien entre l’ origami , sa pratique, et philosophie mais ne vous amènerai pas plus loin dans le déroulement, le processus de réflexion qui lui m’appartient ainsi que les réponses qui y sont liées.

Une de mes premières réflexions lors de ma pratique a été :

Si je plie une grenouille, les gens qui l’observent y voient une grenouille …

Or une grenouille, c’est fait de chair et de sang, ça vit, ça bouge, ça mange !

Ce que les gens observent est un bout de papier plié qui leur donne l’illusion d’être une grenouille !

La question est : Tout ne serait il pas qu’illusion dans ce monde ?

Rapport à l’homme : être ou ne pas être !

Sommes-nous réellement ?

A l’image de ce bout de papier qui semble être une grenouille mais qui n’en est pas une ?

oser être soi autiste
TESSELECTOPUS (2015-2018), création Eric Vigier

  • Ton plus grand plaisir quand tu crées ? Le contact de la feuille et la magie de voir y émerger la forme désirée, sans ajout ou retrait de matière, tout est là !
  • Ta plus grande peur quand tu crées ? Que ceux qui contempleront n’ y voient pas toute cette magie des possibles
  • Tes sources d’inspiration ? L’univers
  • Ta devise ? Tout est possible
  • Que dirais-tu à quelqu’un qui pense ne pas être créatif, qui n’ose pas se lancer dans une activité créatrice ?

Si ce n’est «  Si je peux le faire, tu peux le faire », je ne dirais rien et lui confierais une feuille de papier.

  • Veux-tu faire passer un message en particulier ?

Je vais me répéter : Tout est possible !

Merci à Eric d’avoir partagé son parcours artistique et sa vision de origami!  

Pour découvrir ses créations rendez-vous  ici: Eric Vigier, créateur de plis        Page Facebook: le plieur fou

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