Ecrire sur soi pour enfin devenir soi-même

écriture thérapie

Ecrire son histoire pour enfin devenir soi

 

Qui suis-je ? Comment me définir devant les autres ?

Cette question est sûrement de celles qui me fascinent mais aussi celle qui m’agace le plus. Je n’aime pas me définir. Je suis capable d’apporter une réponse très succincte à « qui es-tu ? » comme de parler sans m’arrêter.

ça n’est pas correct.

Les codes sociaux exigent qu’on réponde à cela par le traditionnel alignement des réponses concernant l’âge, la situation familiale, la profession, le lieu de vie, les loisirs… brièvement mais sans se contenter du strict minimum.

Il n’y aura pas mort d’homme si l’on fait autrement.

Mais probablement un léger malaise dans l’assistance qui s’attend à un réponse conventionnelle, qui arrange tout le monde parce qu’on aura joué le jeu.

Et qu’on aura joué le jeu de donner aux autres de quoi se faire une représentation de nous-même. C’est aussi une façon d’amorcer un lien, de construire une relation. Celui qui ne dit rien de lui n’offre pas la possibilité aux autres d’entrer en relation. Je l’ai appris à mes dépens, en croyant me protéger je ne faisais que m’isoler davantage.

J’ai longtemps subi ces questionnements qui me figeaient car j’aurais voulu avoir l’audace de répondre librement, tout autant que je craignais terriblement d’être rejetée si je ne m’alignais pas sur le fonctionnement des autres. Je n’avais pourtant rien de spécial à revendiquer, rien à cacher non plus. Cette question est trop pesante, elle demande de résumer tout son monde, toute sa vie, en une petite phrase. Même sans verser dans la mégalomanie, elle fige parce qu’elle ne nous permet pas de prendre le temps de réfléchir à comment l’on veut se présenter au monde.

Pour retrouver cette liberté de choisir sa façon d’exister aux yeux des autres, l’écriture est une alliée de taille.

 

Ecrire le récit de soi, c’est à dire adopter une pratique d’écriture qui permet de se raconter sans censure, c’est tout d’abord retrouver ces espace-temps où l’on peut se livrer sans retenue. Parler de soi avec ses propres mots est alors un remède à bien des maux. Personne pour nous interrompre, personne pour nous fusiller du regard si la page reste blanche. Cette création entre soi et soi-même, c’est l’occasion de se fabriquer un cadre sécurisant, bienveillant, où tout est permis, en accord avec notre nature profonde.

 

Que ce soit par l’art du journal, de l’autobiographie, de l’écriture épistolaire, écrire à partir de soi et sur soi libère la créativité d’une façon bien différente qu’avec les pratiques conditionnant un résultat esthétique. Ici, nul besoin d’atteindre un certain nombre de pages, d’adopter un style particulier, de faire des effets de sens, de vouloir plaire. C’est le retour à la spontanéité et l’occasion d’enfin porter un regard doux sur soi, d’accomplir un acte digne apportant une satisfaction toute simple et pourtant ô combien réconfortante et joyeuse.

Ecrire pour soi, c’est avant toute chose prendre en charge son histoire.

Quand j’écris, je porte ma voix sans laisser personne d’autre parler à ma place. Nous existons à travers le regard des autres, que nous le voulions ou non. Chacun grandit en construisant une multitude de récits sur lui-même, sur les autres, sur le fonctionnement des relations, avec pour support les représentations sociales donc systémiques apportées par l’environnement familial, social, éducatif dans lequel nous avons grandi et où nous continuons d’évoluer. Reprendre le fil de son histoire c’est s’autoriser à la dérouler dans le sens qui nous permet de mieux intégrer nos failles, nos blessures, reconnaître nos victoires et notre beauté. C’est non seulement se soustraire aux diktats (le « ce que je crois que les autres croient sur moi », qui finit par nous définir tellement nous lui laissons la main) mais c’est prendre part activement à la création du sens que nous voulons pour notre vie. Déconstruire les idées que nous avons sur nous-mêmes, décoller les étiquettes qu’on nous a collées (à notre insu ou de notre plein gré) est un acte courageux et nécessaire pour vivre enfin sa vie.

 

Loin d’être une activité égoïste ou narcissique – renarcissisante certes, si l’on en a besoin, car elle restaure l’estime de soi et offre un nouveau regard plein de tendresse sur notre parcours– écrire le récit de soi c’est un premier pas pour s’ouvrir aux autres en se respectant profondément.

Pour tisser des liens authentiques, des relations vivantes, vibrantes, nous avons besoin d’être touchés.

Or, écrire sur soi c’est s’ouvrir sur l’autre, car être dans sa vulnérabilité, c’est se laisser voir, se laisser toucher donc être touché par les autres. En écrivant qui je suis, ce que je ressens, ce que je vis, d’où je viens, d’où je parle et où je souhaite aller, je risque une mise à nu. L’écriture, quand on s’y livre vraiment, ne laisse pas d’autre choix.

Et pourtant, c’est bien ce plongeon qui nous permet de laisser les autres nous voir comme nous sommes véritablement, sans artifice, sans se diminuer. Je ne parle pas là de faire lire ses écrits personnels : il suffit d’entrer dans une pratique toute personnelle du récit de soi pour constater au long cours, que notre regard sur les autres gagne en ouverture, en tolérance. Nous nous autorisons à parler de nous par petites touches, plus librement, quand nous sommes en confiance. Et offrir un bout de son histoire aux autres, c’est leur donner la possibilité de nous rejoindre là où eux aussi ont peut être été touchés, blessés, émerveillés.

Redonner de la voix à son histoire, être vivant en portant ses stigmates, ses victoires, faire avec en embrassant le tout, sans se sentir coupable mais plutôt libre de faire agir ce récit comme bon nous semble. Un acte à la fois responsable pour ne plus subir son passé et craindre l’avenir, un acte fondateur d’une vie créatrice qui intègre nos différentes facettes et nous fait envisager « je », cet autre, et tous les autres, comme des êtres dignes de se raconter par eux-mêmes.

Faire entendre sa voix est vital, par tous les moyens.

L’écriture aide à vivre, l’écriture relie, l’écriture redonne joie, force, courage.

                             marion dorval

Aimer l’intégrale de sa vie

Aimer l’intégrale de sa vie

Quand nous saurons regarder nos errances, 

nos envolées, nos plateaux, nos pieds dans la boue

Sans envisager de plan B pour repartir d’un nouveau point A

Alors peut-être sous la surface ainsi constituée

la matière accumulée tout le long du chemin

deviendra un fil soutenant plutôt que des parcelles fragmentées, 

peut-être aimerons-nous l’intégrale de notre vie.

 

Tout embrasser sans avoir honte de qui nous avons été, de ce que nous avons traversé, enduré.

 

J’aime la poésie des mathématiques parce qu’elle permet de rationaliser les événements sans laisser le mental jouer avec les émotions, sans refaire l’histoire en y voyant des signes pour se rassurer ou se complaire dans une position de victime.

 

C’est ce qui m’arrive parfois, alors je prends mon crayon et je calligraphie une intégrale de maths pour calmer ces questions récurrentes:

 

Pourquoi devrait-on avoir honte d’un moment plutôt que d’un autre, pourquoi vouloir cacher certaines périodes et en glorifier d’autres?

 

Comment cesser de vouloir toujours comprendre alors qu’il y a surtout à vivre et se laisser être pour exister?

 

La notion d’intégrale nous aide à comprendre celle du chemin parcouru, à ne pas tout remettre en question à la moindre anicroche, à ne pas cultiver une vision limitante de nous-même. (et oui, cela concerne entre autres les hypersensibles parmi vous). 

Petit topo accessible même aux allergiques aux maths (vous allez voir comme c’est parlant): l’intégrale correspond à une valeur de surface. La surface accumulée sous une courbe pour aller d’un point a à un point b (allez sur l’article du blog si vous avez besoin de visualiser pour comprendre). Comment on calcule l’intégrale? En revenant à la primitive, la source qui a donné cette surface au fil du temps en quelque sorte…et on l’obtient en faisant la différence de la primitive au moment b avec la primitive au moment a.

aimer sa vie   

 

Bref, tout ça pour dire quoi?

 

Ce qui compte, c’est bien le chemin…

 

pas tant d’où l’on vient ni où l’on en est aujourd’hui. Rien de nouveau sous le soleil, mais visualiser l’ensemble de sa vie comme de la matière accumulée précieusement au fil des expériences, quelles qu’elles soient, c’est parvenir enfin à considérer qu’on est un tout qui n’a pas à choisir entre les bons ou les mauvais côtés de sa vie. 

 

Toute ma vie est une surface de tissu qui se déploie pour continuer à m’amener jusqu’au prochain point: rien n’est à jeter dans le passé, même le pire… car si je supprime un point de la surface, elle se déchire et je deviens fragmenté.

On parle bien là d’intégration: faire de nos histoires un moyen de se vivre mieux. Aparté pour ceux à qui on a bien fait comprendre subtilement ou frontalement qu’il valait mieux se taire: les temps changent et chaque histoire mérite d’être racontée avec le courage du coeur, personne ne peut savoir à ta place ce que tu portes en toi ni ce que tu rêves.

 

Chacun connaît le vice de la comparaison qui nous sort de nous-même pour aller regarder la courbe de vie des autres et ne plus savoir quoi penser de notre vie. Ou bien espérer atteindre un jour tel ou tel état ou but, sans se mettre vraiment en mouvement.

 

Rien ne sert de comparer en vain: même point d’arrivée mais chemin tellement différent, mêmes expériences intégrées mais origines dissemblables… (même allure de courbe mais surfaces sous-jacentes différentes, même point de départ a mais courbe s différentes jusqu’au point b etc) 

 

Sachons d’où nous venons pour plus d’indulgence sur le chemin que nous avons déjà parcouru. Qu’on ait la sensation d’être empêché, de stagner, qu’on soit dans un tourbillon galvanisant: on est en vie tant qu’on est en mouvement.

Sachons aussi reconnaître que nos difficultés à discerner existent aussi chez les autres, personnellement c’est ce qui m’aide à dédramatiser et éviter de nombriliser…

Rien n’est grave tant qu’on ne se prend pas trop au sérieux, non?

 

Aimer l’intégrale de sa vie: aimer et goûter la différence d’expérience entre mon origine primitive et ma renaissance d’aujourd’hui, de chaque instant.

 

Voilà , cette lettre juste pour te dire que tout événement prend le sens qu’on veut lui accorder et que ta vie mérite que tu la considères comme aussi belle et valable que tout autre. Tous pareils tous différents en somme. 

 

Sur ce, je retourne à mes sons, mon arc, mes carnets… et les maths!

marion dorval

 

 

Changer de voie, choisir sa voix?

 

C’est ça la quarantaine?
Je réalise que je ne me suis pas choisi un chemin facile. Peut-être que toi non plus, peut-être que tu penses que tu ne l’as pas vraiment choisi… pour toutes sortes de raisons.

 

J’ai commencé par faire beaucoup de non-choix: m’adapter, me suradapter pour essayer de comprendre comment fonctionnait le monde, les relations entre les gens. Ce qui s’apparente à de la survie m’a pourtant permis de fréquenter plusieurs milieux et de mener plusieurs vies.

 

J’aurais pu rester ingénieur agroalimentaire mais pour une végétarienne élevée au bio, ça s’annonçait mal
J’aurais pu rester professeur des écoles ou prof de FLE mais pour quelqu’un qui cherche à ne plus donner d’ordres ni en recevoir, un burn out m’aura suffi pour sortir de cette cage dorée

 

Et puis à force de ne pas rentrer dans les cases des autres, j’ai choisi de me créer ma place. Un endroit à ma mesure, qui ne me demande pas de faire comme il faut.

 

Mais là encore, la vie m’a demandé de choisir…
J’aurais pu faire prof de chant, c’est si facile de retomber dans les travers professionnels pédagogiques de type transmissif sans rien apprendre véritablement sur soi et l’autre, c’est tellement stérile de copier-coller des méthodes.
J’aurais pu me servir des étiquettes qu’on m’a collées pour faire du coaching pour phobiques sociaux ou pour adultes surdoués, mais ce qui m’anime c’est surtout de pouvoir libérer les autres de leurs carcans.
J’aurais pu accepter de rentrer dans le petit monde merveilleux du développement personnel.

 

Bref, j’ai finalement compris qu’on n’a pas fini d’essayer de me mettre en boîte! Et comme j’ai des racines-arêtes de sardine bien têtue, j’échappe aux filets et je continue à frayer mon chemin parmi les courants contraires. Comme beaucoup d’autodidactes.

 

La seule chose qui m’intéresse c’est bien de pouvoir créer, que ce soit des poèmes, des marionnettes, des musiques, des chansons, des danses… Et la seule chose que je suis capable de faire, c’est d’aider les autres à dépasser leurs peurs et leurs blocages pour retrouver ces espace-temps où non, plus personne ne te demande d’être, de faire ou de penser comme ci ou comme ça. Et où le fait de créer quelque chose d’unique est précisément ce qui permet d’être dans l’instant et dans la reliance véritable.

 

Ce chemin exigeant et difficile est le seul qui vaille la peine pour moi, le seul qui m’éviter de me fourvoyer dans les milieux trop tièdes et consensuels, là où j’ai été longtemps en manque de reconnaissance. Ca me demande de continuer à affirmer ma posture avec bienveillance, détachement, en faisant confiance à la vie.
Alors je plonge avec délices dans les mots et les sons qui guérissent, et si ça peut aider d’autres que moi, tant mieux.
Aujourd’hui j’ai surtout compris que je ne veux plus choisir entre tout ce qu’on me propose de déjà défini. Je choisis de rester indéfinissable, c’est ma forme de liberté.
Je veux un regard large (défi pour une grande myope) et permettre à chacun, y compris à moi-même, de se voir dans toute sa globalité.
Au fond, je ne fais que revenir à ce que je souhaitais ardemment quand j’avais douze ans: vivre selon mes principes. Avec mes capacités d’adulte, j’essaie donc de vivre l’harmonie, la beauté, la liberté. Et ça me demande de travailler avec tous les éléments, c’est ça qui me plaît au fond: m’alléger comme l’air, creuser sans cesse dans la terre, garder le feu allumé pour rester éveillée, et surtout me mouvoir dans l’eau en symbiose totale avec les dimensions qui me composent et composent les autres.

Voilà, c’était un texte en je(u), spontané donc sans longueur maîtrisée, sans doute le plus personnel que j’aie jamais posté sur ce réseau tellement vivant et anonyme à la fois.

Chercher son enfant intérieur, retrouver l’adulte ?

Chercher son enfant intérieur, retrouver l’adulte ?

 

Vous avez certainement entendu parler de l’enfant intérieur. Qui est cet enfant en vous, dont tout le petit monde du développement personnel vous parle, comme l’être à contacter pour se sentir enfin exister ?

 

Je n’aime pas les formules toutes faites et me méfie beaucoup des conseils applicables par tous et donnés par tout le monde : personne n’a le même fonctionnement interne, les mêmes inclinations, les mêmes intérêts à agir de telle ou telle sorte. Pour autant, nous sentons bien tous qu’il redevient plus que fondamental de retrouver ce sentiment d’appartenance collective, cette reliance à ce qui fait notre humanité. Ce sentiment d’universel ne va-t-il pas à l’encontre du développement d’un soi par trop replié sur lui-même, cherchant à tout prix le bien être pour lui seul, sans embrasser dans le même mouvement la dimension du groupe ?

 

Je suis bien piètre élève moi-même quand il s’agit de sortir de la dimension purement individuelle et de penser à la communauté au sens large.

Pour autant, cette notion d’enfant intérieur me questionne.

Je me sens moi-même enfant, parfois vieillarde, parfois jeune adulte. Qu’est-ce que l’âge sinon un paramètre sous le joug du diktat social et le constat de notre évolution physique inéluctable ?

 

Voilà ce que je comprends de tout ce que j’ai pu lire ou entendre sur l’enfant intérieur, et voilà comment je traduis cela et souhaite le reconfigurer dans une vision plus large.

L’enfant intérieur serait caché en nous, il n’est pas visible et c’est à nous en tant qu’adultes d’aller à sa rencontrer, de le sortir de sa cachette. Comme tout ce qui n’est pas dit, l’enfant intérieur contient en lui toutes nos souffrances passées, toutes nos déceptions, nos malaises, mais aussi nos élans contenus, notre vitalité enfouie. Pourquoi vouloir à tout prix considérer que tout cela est recelé au fond de nous ? Vision rousseauiste ou apanage de nouvelles méthodes de développement personnel ? Quoi qu’il en soit, on invoque souvent nos vies trépidantes, le stress inhérent à celles-ci, le conformisme ambiant, pour expliquer le détournement de nos aspirations enfantines. Ceci est particulièrement mis en exergue dans le thème de la vie professionnelle : chacun aurait en lui une passion, un mission, inassouvie, tue, qu’il pourrait retrouver en contactant son enfant intérieur. Cette vision simpliste et angélique n’aurait rien pour me déplaire si elle ne mettait d’un coup l’adulte que nous sommes en face de nouvelles injonctions : trouver à tout prix ce qui était là dans un passé chéri, et qui a disparu en grandissant. D’une part, il est certain que beaucoup d’adultes ne tiennent pas se replonger dans les affres de leur enfance, d’autre part rappelons-nous que nous pouvons évoluer à tout âge : qui a dit que les rêves d’aujourd’hui n’étaient bâtis que sur nos visions d’enfant ?

Qu’est-ce qui apparaît clairement dans cette théorie ? La présence d’un lien enfant-adulte qui aurait été rompu, ce qui interdit donc le continuum de l’un à l’autre.

Bien qu’il semble évident que chaque adulte peut avoir à soigner ses blessures passées, le culte de l’enfant intérieur me semble relever encore d’une autre question : celle d’une quête des temps modernes de l’homme qui ne sait plus exister par lui-même dans l’ici et le maintenant. Ainsi, convaincue de l’intérêt qu’il y a à se connaître et donc à retracer son histoire et savoir quel enfant nous étions, je pense que la notion d’enfant intérieur peut engendrer des attitudes moins bénéfiques que celles attendues.

Avoir quelque chose à réparer, à retrouver, nous occupe et nous détourne du présent. Encore une fois, se pencher sur son passé n’est pas un problème, et se rappeler de qui nous étions enfant non plus. Par contre, considérer qu’il y a une rupture entre enfant et adulte et surtout cultiver cette idée, quand bien même le passage de l’un à l’autre aurait été ressenti comme un fossé, me semble conforter dans l’idée qu’il y a une mission à accomplir pour sauver cet enfant, et le faire revivre.

Mais qui sommes-nous aujourd’hui, sinon la même personne avec quelques années de plus ? Cette lapalissade simplement pour rappeler que le bon sens attend de nous que nous tenions compte des faits, et rien de plus ! Je suis moi-même, aujourd’hui, le prolongement de l’enfant que j’ai été, avec certes des détours, des déchirures, des réalisations, des achèvements…

Je suis donc à la fois une autre personne puisque j’ai par la force des choses changé, et en même temps le même dans un corps qui a grandi, et avec une pensée qui se nourrit de ce que j’ai été enfant. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre.

 

Jusqu’ici rien de très élaboré. C’est pourtant par ce petit changement d’angle de vue que la notion d’enfant intérieur prend un sens différent et peut nous conduire à l’envisager sous un angle bien plus large et à mon sens plus épanouissant.

 

Nous sommes un, intérieur et extérieur, et nous sommes un, individu et ensemble.

Cela est ainsi, mais nous cherchons toute notre existence, consciemment ou non, à retrouver cette continuité, à en souffrir parfois aussi tout autant que nous souffrons de nous sentir séparés de nous-mêmes ou des autres. La recherche de l’équilibre se fait sur tous les plans, y compris ceux-ci.

Si je considère désormais que l’enfant intérieur est « l’enfant en moi qui existe encore », et donc qu’il s’agit d’une dimension de mon être adulte qui n’est ni caché ni meutri, mais plutôt une facette de moi que je ne donne pas toujours à voir, ou que je ne cultive pas, au même titre que d’autres dimensions de ma personnalité (la part sombre en moi, l’amoureux en moi, le parent en moi, etc), alors je n’en fais pas « tout un plat ». Je laisse simplement s’exprimer cette part de moi, sans la rechercher à tout prix comme un remède qui me guérirait de tous mes maux et me permettre de me réaliser pleinement.

Car c’est bien en tant qu’adulte que je dois prendre la responsabilité de m’accomplir, indépendamment du poids du passé ou au contraire des élans coupés du passé.

 

Plutôt que chercher son enfant intérieur, je propose de rester attentif à garder un œil d’enfant ouvert sur le monde, à savoir considérer notre unité dans le temps plutôt que rester dans une dichotomie volontaire, et à agir en adulte : c’est à dire profiter de notre connaissance du monde qui nous entoure et de la sagesse que l’âge nous offre petit à petit, pour continuer à rester vivants, éveillés, tels des enfants. Incorporer dans son attitude quotidienne ce qui est généralement vu comme caractéristique d’un comportement enfantin (émerveillement, curiosité, soif d’apprendre, vitalité) nous permet de ne pas détacher l’avant de l’après, mais bien de continuer à grandir.

Voilà de quoi j’essaie de me convaincre moi-même, car j’ai été et suis encore bien sensible au thème de l’enfant intérieur… j’essaie de ne pas oublier l’enfant en moi, j’essaie de ne pas négliger l’adulte que je suis aujourd’hui.

[wd_hustle id= »1″ type= »embedded »/]