Comment mon burn out a signé le début de ma nouvelle vie

Le mot burn out fait peur.

Parce qu’on pense que c’est la fin de quelque chose, qu’il est parfois synonyme – à tort – de dépression, qu’il implique forcément une chute, un retrait…

Le burn out n’est pas une maladie. Ce n’est ni contagieux ni congénital.

Mais le burn out vous tombe dessus souvent pour de bonnes raisons.

Ces mêmes raisons qui vous aident à vous relever, et à marcher plus loin et viser plus haut.

Je suis une perfectionniste. Je me soigne – et timide aussi, j’ai arrêté de me soigner, j’ai continué à chanter.

Tout ça est encore vrai, mais ça l’était encore plus lorsque j’étais en poste comme professeur des écoles.

Je n’ai pas pour habitude de livrer des ressentis personnels. Pourtant, l’expérience me prouve de plus en plus que témoigner de son parcours, aide les autres. Et aide aussi à finir de cicatriser…

 

L’année de mon burn out

Pourquoi cette année-là? Tous les ingrédients étaient réunis. C’était simplement l’année de trop.

L’année précédente, j’avais un poste de TRS. Pour les non initiés, c’est ce qu’on nomme aussi dans le premier degré un poste fractionné. Je n’étais pas à temps plein sur une seule et même classe, mais nommée à titre provisoire pour un an en complément d’enseignants titulaires qui exerçaient soit à temps partiel, soit comme directeurs ou directrices. Je ne reviendrai pas ici sur les particularités de ce poste, mais il est certain que cela a fortement contribué à alimenter mon autosabotage et à préparer le terreau pour le burn out.

En un an, j’ai dû découvrir trois niveaux totalement nouveaux pour moi, qui avais déjà quelques années sur le terrain. Cela signifie plus de travail à la maison, et en tant que personne consciencieuse et anxieuse, plus d’implication pour être à la hauteur de ce que j’estimais qu’on attendait de moi. Egalement, perte de certains réflexes professionnels puisque la plupart des décisions ne m’appartenaient plus, de même que pour les responsabilités.

Il se trouve qu’à la rentrée suivante, j’ai dû reprendre une classe entière.

Nouvelle école, nouvelle équipe.

Niveau facile que beaucoup enviaient.

Nouveau stress: être à la hauteur, prévoir autant de projets que la grande majorité des autres collègues très investis dans toutes sortes de sorties et manifestations d’intérêt pédagogique.

Est-ce que j’allais encore savoir faire?

Est-ce que j’allais réussir à m’intégrer dans l’équipe?

 

Les premiers signes du malaise

Rapidement, le stress s’est installé au quotidien.

Sentiment d’incompétence lié au fait que j’avais hérité de la classe compliquée. Je ne l’ai su que bien plus tard.

Rapidement prise aussi dans une obligation de résultats, pour qui pour quoi, je ne saurais le dire. J’avais toujours été anxieuse et tracassée par le fait de ne pas parvenir à faire progresser certains élèves, mais là je dirais que tout s’est amplifié:

  • gestion de classe pénible, alors même que je n’avais pas des élèves violents ou désagréables, mais simplement ingérables…
  • grande hétérogénéité des niveaux, qui m’obligeait à niveler par le bas le programme (hé oui, ça aussi il faut le dire, il y a une école à plusieurs vitesses)
  • équipe très dynamique mettant en place des tas de projets, dont je n’avais pas forcément l’habitude, ou l’envie de suivre, mais le mouvement était là et je devais m’y inscrire

Cette année-là, j’ai dû travailler au premier trimestre autant que ma première année. C’est d’autant plus aberrant que c’était le même niveau, que je connaissais donc déjà bien.

Encore une fois j’étais tombée dans le piège de vouloir réinventer des supports et outils adaptés, ultra affûtés…

Dès le mois d’octobre le malaise s’est fait sentir: je sentais que j’avais raté le coche – ou du moins c’est ce que je croyais – concernant la prise en main du groupe, et pour le reste j’avais bien du mal à voir les réussites de mes élèves tellement le niveau était faible. D’où grosse remise en question.

Durant ce premier trimestre, j’ai dû m’arrêter la veille des vacances. Deux fois de suite donc.

C’est ce que j’appelle désormais le syndrome du coureur qui s’effondre avant la ligne d’arrivée.

 

Malaise physique au travail et sentiment d’imposture

Tout s’est accéléré à la reprise de janvier. Je devais être inspectée cette année-là et je savais que le début d’année était une période privilégiée. Bref, je me sentais sur la sellette et à partir de ce moment-là, chaque journée qui passait devenait plus stressante… j’étais aspirée dans une spirale sans fin.

Je mettais en oeuvre une pédagogie alternative dans la classe, qui était particulièrement appropriée vu l’hétérogénéité du groupe, mais qui était très chronophage pour moi. C’était ma 3ème année avec ce type de fonctionnement mais je ne l’avais pas encore testé avec ce niveau, donc tout était à faire ou presque.

J’ai également dû documenter mon choix de pédagogie – je précise que rien ne m’était imposé en ce sens par la hiérarchie, mais que je trouvais logique de le faire. Logique oui, sauf que je voulais pondre LE document de référence, parfait, explicite…

Le temps passait, le mal être persistait, je devenais de plus en plus irritable, et je me sentais tout simplement minable de n’arriver à rien avec ma classe, tandis que les autres avaient l’air de profiter et/ou de gérer mieux que moi les soucis du quotidien.

C’est à cette période que j’ai appris incidemment que j’avais hérité de la classe dont personne ne voulait. Avec le recul, je pense que le savoir avant m’aurait angoissée mais aurait peut-être pu m’aider aussi à relativiser mes difficultés.

Le mal était fait: je culpabilisais depuis la rentrée, en silence, de ne pas y arriver. 

Parce que j’étais nouvelle dans l’équipe.

Parce que j’avais un niveau de classe « facile », et simple en plus (pas de multiple niveau).

Parce que j’avais déjà 6 ans d’expérience, et que comparé aux stagiaires en poste dans l’établissement cette année, je ne pouvais pas non plus montrer que ça n’allait pas.

Bref, j’avais développé ce qu’on appelle le syndrome de l’imposteur.

 

Quand le corps dit stop: je ne veux plus aller à l’école

Et puis l’inspection a fini par arriver.

Evidemment, entre temps il y avait eu les rituels arrêts d’une journée juste avant les vacances… le sentiment de ne pas être à ma place qui littéralement gâchait tout ce qui pouvait se passer en dehors de la classe. J’avais envie de disparaître dans un trou de souris.

Et d’ailleurs, j’avais tellement honte de mon incompétence supposée que j’avais restreint de plus en plus le temps passé avec les collègues, pour vite retourner travailler. Je courais après le temps, tout le temps. Je ne me posais jamais, mais rien ne me semblait aller bien.

Je m’étais portée responsable pour un projet pédagogique nouveau. J’étais toute désignée en fait… et sur le coup, j’étais contente. Sauf que les collègues se plaignaient des intervenants du projet en question, et je me suis sentie une nouvelle fois remise en cause… Je n’étais pas là pour les former. Et ils n’étaient pas non plus censés avoir plus de compétences que ne pouvait laisser penser leur cursus. Bref, je n’étais pas formatrice et ne voulais pas l’être, contrairement aux collègues en question. Je me suis donc sentie responsable de ces dysfonctionnements, les ai pris personnellement. Je vous passe les détails sur le sentiment d’injustice ressenti en entendant les attaques contre ces intervenants :j’avais beau les défendre, rien n’y faisait. Je me sentais mal pour eux, par empathie.

Fin de la digression, à vrai dire j’avais oublié cet épisode et c’est en rédigeant cet article qu’il m’est revenu à l’esprit. Je pense que j’avais bien occulté ça pour éviter de me sentir à nouveau mal en y pensant. Entre temps, je sentais mes forces diminuer, j’étais devenue véritablement allergique au travail. J’avais juste envie de laisser mes élèves en plan et de partir en courant. Je n’avais plus la force de tenir le groupe, de rester patiente, de prendre les choses à la légère, de dédramatiser. Tout me heurtait et venait renforcer mon dégoût et mon sentiment de nullité. J’avais de plus en plus honte et j’avais peur que les autres s’aperçoivent du désastre qui régnait dans ma classe.

Donc l’inspection…

Se passa. J’étais bien sûr très stressée, quoi que pas tant que ça dans mon souvenir, au regard du niveau de stress quotidien auquel j’étais désormais soumise (de mon plein gré ou presque).

Se passa très bien.

J’étais un peu anesthésiée. J’ai eu la grande chance de tomber sur un inspecteur adorable, profondément humain et  attentif; sa réputation le précédait – ce qui n’empêche pas d’appréhender une telle situation, une parmi les nombreuses qui contribuent à renforcer l’infantilisation des enseignants et à creuser le manque de confiance en ses compétences et sa capacité à aller de l’avant.

J’ai reçu le rapport plutôt rapidement. Il était bon, voire très bon, mon travail était reconnu, y compris toute cette paperasse que j’avais rédigée pour expliquer mes choix pédagogiques.

Evidemment je me suis dit que j’avais eu de la chance. Mais j’étais aussi désappointée que mon malaise n’ait pas été détecté du tout. Finalement, j’avais donc l’air normale? La classe avait l’air d’aller bien? Je ne comprenais pas.

Vous savez le plus ironique de l’histoire? Sur le rapport figure la mention « nous avons évoqué les possibilités de carrière de Mlle. » Non, nous n’en avons pas parlé. Je ne sais vraiment pas à quoi il faisait référence…

Je sais juste que 3 semaines après, on arrivait à la veille des vacances.

 

Déconnecter du travail pour enfin se retrouver

J’étais au bout du rouleau. Vraiment.

Je pense que le fait d’avoir passé l’inspection fut pour mon mental le signal que j’avais le droit de m’arrêter, que j’avais fait mon maximum.

Ceux qui sont passés par là savent ce qu’est la dépersonnalisation. C’est dans un état d’esprit déjà loin de tout cet univers, de façon presque robotisée et très détachée de moi-même, que j’ai décidé en un claquement de doigts que cette journée était la dernière journée.

J’ai rassemblé mes affaires, j’ai tout préparé pour le remplaçant.

Je suis partie après la classe.

Et je ne suis plus revenue.

Dans ma tête, c’était très clair: je ne pouvais plus mettre les pieds en classe.

 

Ce fut la première étape d’une longue démarche vers la reconversion….

J’ai eu la chance de tomber sur des médecins à l’écoute, je pense qu’ils avaient cerné ma façon de fonctionner et avaient compris que je me mettais en danger et m’autosabotais, tout en risquant au final d’en faire pâtir les élèves.

Il fallait que je passe la main. Ce ne fut pas évident, car bien sûr je n’avais rien dit à personne, et j’ai donc dû au début informer que mon arrêt était prolongé, sans en donner la raison. Et puis être sollicitée pour fournir une programmation, des idées de séances etc au remplaçant. J’ai fini par enfin pouvoir déconnecter complètement, c’est à dire couper totalement contact. C’était juste vital.

C’est long de reprendre des forces physiques, de se reconstruire. Ca m’a pris plusieurs mois.

Une période au cours de laquelle j’ai pu redécouvrir certaines facettes de ma personnalité. Etre aidée et soutenue par des professionnels qui m’ont aidée à refaire le point sur les orientations possibles en tenant compte non pas de ce que j’avais fait jusque-là, mais de qui j’étais vraiment ainsi que de mes besoins.

J’ai repris à la rentrée suivante à temps partiel tout en entamant des études en parallèle. Et ce fut ma bouée de sauvetage…

Petit à petit, tout se reconstruisait autour de moi. J’avais autre chose dans ma vie de plus important que l’école, j’avais surtout de la matière sur laquelle faire tourner mon mental. J’étais stimulée par les nouvelles choses que je découvrais dans mes études, j’avais retrouvé le goût d’en savoir plus, de creuser… et j’ai ainsi pu prendre du recul sur les situations toujours aussi pénibles et stressantes du quotidien de la classe.

C’était juste le début de mon projet de reconversion, et à partir de ce moment-là j’ai été beaucoup plus sereine sur mon avenir car je savais qu’au bout du parcours universitaire entamé, je partirai quoi qu’il arrive, et sans regrets.

Cet article est long, je n’ai pas pu le condenser. J’ai pourtant édulcoré et passé nombre détails. Même si tout ça est loin derrière moi, l’écrire fait remonter beaucoup d’émotions.

Je souhaite à qui le lira de trouver de quoi alimenter sa réflexion, et surtout être convaincu que rien ne vaut la peine, même pas le métier d’enseignant, de se faire du mal par conscience professionnelle.

Mon métier d’aujourd’hui est forcément influencé par mon parcours d’enseignante:

  • j’ai laissé de côté tout l’aspect purement transmissif et les cadres normés qui m’étouffaient
  • j’ai gardé le meilleur de mes expériences, en particulier ces projets autour de la musique et de l’expression corporelle, où j’ai pu pleinement exploiter ma créativié tout en permettant aux enfants d’exprimer la leur, avec joie et simplicité, exigence et bienveillance.

Ces moments m’ont reconnectée à la part d’enfant en moi et me rappellent qu’écouter sa voix, c’est retrouver sa voie.

 

Comment se reconnecter à sa voix…et à sa voie!

Quoi de plus intime que notre voix ?

 

Unique comme l’empreinte de nos doigts, elle porte nos blessures comme nos émois.

 

En questionnant les gens autour de moi, je constate que beaucoup entretiennent un rapport paradoxal avec leur voix : ils l’aiment ou la détestent, en ont parfois honte, aimeraient la changer comme s’ils étaient complexés, m’avouent ne pas savoir comment l’utiliser… beaucoup de jugements en tout cas, qui parfois sont très révélateurs de la relation à soi.

 

 

 

Les allers-retours entre la voix et soi

 

 

 

La voix ne triche pas : elle signe notre état interne du moment.

 

Et dans le même temps, nous pouvons agir pour la moduler et par là même, influer sur notre état d’esprit. Oui, ça a l’air magique dit comme ça, et pourtant le processus est réversible !

 

Je suis sûre que vous avez tous fait l’expérience d’écouter quelqu’un parler d’une voix monotone et de vous sentir petit à petit engourdi. Ou bien d’être en compagnie de quelqu’un parlant avec enthousiasme et d’être gagné par ce même état ! Nous sommes impactés par la voix, tout comme par nos pensées. C’est un formidable véhicule émotionnel dont nous avons tout intérêt à nous servir !

 

 

 

Là où je veux en venir, c’est aux potentialités créatrices de notre voix.

 

« Par la parole, l’homme est une métaphore de lui-même » (Octavio Paz)

 

Si nous sommes ce que nous pensons, nous sommes aussi ce que nous disons, ce que nous chantons.

 

Au quotidien, arrêtons-nous quelques instants par-ci par-là sur ce que nous émettons : est-ce que ma voix trahit mes pensées, est-ce qu’au contraire je l’enjolive pour masquer mon état ?

 

 

 

La voix pour apaiser ses blessures émotionnelles

 

 

 

Reconnaître et accepter sa voix telle qu’elle est, sans tricher, c’est reconnaître et accepter notre ressenti intérieur.

 

Une fois cela fait, il nous est possible de travailler et jouer avec notre voix pour soit amplifier l’état dans lequel nous sommes, soit en sortir. Les jours où je suis fatiguée, triste, ma voix est morne. Je fredonne avec peine un blues dégoulinant de mal être, et petit à petit j’y retrouve l’écho de mon propre état. Je me plonge dedans, et j’y puise la force d’expulser ce qui me ronge. Je peux aussi improviser, me laisser aller à des lamentations vocales comme une catharsis émotionnelle.

 

A ce moment-là, je reconnecte avec ce que je porte en moi, et je peux alors laisser aller ce flux d’émotions, lâcher prise. Puis me diriger vers autre chose, avec moins de peur et de culpabilité, plus de légèreté et d’envie. Recréer un monde à l’image de ce qui vibre en moi : dire et chanter les mots qui me tiennent à cœur, ceux que je ressens, ceux que je voudrais ressentir, ceux qui expriment tout ce que je voudrais accomplir…

 

 

 

Des pistes pour explorer sa voix

 

 

 

  • créer un podcast personnel à la manière d’un journal audio intime, pour y enregistrer ses états d’âme, ses peurs, ses souhaits pour l’avenir… et le réécouter régulièrement pour faire le point sur ses avancées personnelles.
  • chanter ses gratitudes, célébrer les joies toutes simples en improvisant une mélodie, et pourquoi pas en dansant ? Se laisser aller à varier la mélodie comme si l’on créait une chanson pour l’occasion.
  • pour mieux retrouver et poser sa voix, jouer à imiter des personnages archétypiques tels que sorcière, chat, bébé… c’est souvent en allant chercher du côté de la caricature et de l’exagération, qu’on peut par la suite retrouver sa propre empreinte vocale, avec laquelle on se sent bien.

 

 

 

Je vous souhaite de belles explorations vocales, chantées, parlées, écrites…

 

 

Avancer à petits pas

avancer projet création

Quand on est en période de création, on a le cerveau bouillonnant d’idées, les doigts frémissants au bout du stylo ou sur le clavier, et on voudrait que les choses avancent vite.

Comme la nature fait bien les choses et que les plus belles plantes passent par des stades de développement relativement longs avant de fleurir, il semblerait qu’il en soit de même pour nous…

Avant de cueillir le fruit de nos efforts, il nous faut passer par la leçon de la patience et de la persévérance.

Moi qui pensais être d’un naturel obstiné et studieux, je me découvre bien des difficultés à avancer étape par étape. Est-ce le signe d’une flemmingite aiguë, la volonté inconsciente de voir réalisée de façon tangible et rapide l’idée que j’ai en tête ? Sans doute un peu des deux.

Et sans doute surtout la crainte de ne pas y arriver, qui me fait succomber sous le joug du perfectionnisme.

Celui-là me susurre : « Tout ou rien, si ce n’est pas parfait du premier coup, c’est que tu ne dois pas poursuivre ! »

« Si cette démarche n’aboutit pas, maintenant, c’est que tu as raté. »

 

 

Réapprendre à marcher comme un petit enfant Je suis obligée de repenser à des souvenirs que je n’ai même plus : comment ai-je appris à marcher ? J’imagine les essais multiples, infructueux, répétés, jour après jour.

Je visualise les phases se déroulant du quatre pattes à la marche debout, par les images que j’ai des premiers pas d’autres enfants que moi. Leur obstination, leur absence de crainte, leurs efforts répétés et la joie de chaque fois progresser un peu plus, même s’ils chutent.

 

 

Si nous avons réussi à faire ça, à accomplir cet exploit de passer de la station assise à la station debout, à poser un pied après l’autre, alors nous sommes capables de tout.

Non ?

Je me souviens du petit enfant que j’ai dû être, qui n’a pas laissé tomber, qui a accepté simplement d’essayer un pas. Raté, repris, à la longue réussi.


Je peux le refaire
, je peux le transposer dans ma vie d’adulte.

 

Redevenir conscient des mouvements de l’âme et du corps

 

Concrètement, comment faire ? Se mettre à quatre pattes, faire semblant de tituber, chuter et se relever ?! Non (sourire).

Je suis par contre convaincue qu’on a beaucoup à réapprendre par les mouvements, par le mouvement.

Alors ce que je fais, et qui m’aide : conscientiser mes mouvements. Ca peut faire partie d’une pratique de pleine conscience, tout comme ça peut s’intégrer dans une danse toute personnelle. Je suis fascinée par le butô, qui décompose chaque mouvement en une infinité de micromouvements pourtant chacun bien placés, bien significatifs, qui ont leur place dans le tout qui conduit au mouvement global.

Alors je m’essaie à reproduire les marches caractéristiques du butô.

A ma façon, je redécouvre la sensation de poser le pied à plat, de dérouler, de sentir son poids, puis de basculer celui-ci sur l’autre pied. Et on recommence.

Et on ressent l’humilité qui nous manque tant, non pas pour ralentir notre mouvement mais pour se tranquilliser quant à la bonne réalisation de notre projet.

Chaque chose en son temps, être moins pressé, moins sûr de soi par excès mais paradoxalement plus détaché du résultat, plus libre. Ce qui compte c’est le chemin.

Patience, marche… tu te rapproches du but, doucement mais sûrement.

Sois confiant dans ton pas comme dans ton souffle.

 

Je suis curieuse de savoir si d’autres personnes que moi utilisent des moyens physiques, ou non, pour se réapproprier la patience au cours d’une démarche, de création ou tout autre,  à moyen ou long terme.

Comment faites-vous, pour mieux accepter d’avancer à petits pas ?

 

 

Le bon moment pour écrire

 

J’aime écrire au petit matin, quand tout semble recommencer et que tout est encore possible. Que va m’apporter la journée à venir?

 

Elle contient plein de surprises, que je vais choisir de recevoir en conscience (du moins, dans l’idéal que je vise! Mais ça n’est pas toujours facile…).

A cet instant où le bruit du dehors est encore faible, où la lumière du printemps se veut déjà éclatante, tout est prêt à exploser de vie.

C’est l’instant du renouveau, en tout cas pour moi c’est véritablement la sensation que j’ai : rien n’est encore fait, acté, prononcé… je peux choisir l’état d’esprit avec lequel je vais aborder cette journée.

Je peux ainsi écrire, en donnant à mes mots l’intention que je souhaite pour imprimer un état d’esprit positif à cette journée que je vais vivre. Des mots d’encouragement pour moi-même, des souhaits pour ce jour ou pour plus tard, mes rêves du moment…

Ou bien les rêves de la nuit passée, qui imprègnent encore mon mental et me retiennent parfois dans une ambiance spéciale, un film dont je ne suis pas encore tout à fait sortie. Ecrire mes rêves me permet alors de me détacher de la nuit et de cette étrange activité onirique qui a eu lieu. Je défais les fils, laisse une trace et repars de l’avant. Parfois écrire ses rêves permet justement de les “effacer”: on prend conscience de leur portée, de leur signification profonde pour nous-mêmes; déliés de cette vérité jusque-là cachée, on continue le chemin avec des billes en plus pour l’avenir.

Cette parenthèse du matin, c’est l’occasion de remettre à plat mes intentions, à moyen ou long terme. Ce peut être juste un objectif pour la journée, ou bien un idéal à atteindre bientôt (du moins je l’espère!).

Cette écriture dont je vous parle, c’est une écriture toute personnelle, un peu à la façon d’un journal de bord: c’est une trace que je relis rarement mais qui reste là et me permet si j’en ressens le besoin de constater l’évolution de mes choix et de mes pensées, ainsi que de leurs résultats.

Ecrire, imaginer, rêver…

Mais ce moment privilégié du matin est aussi celui où l’imagination peut se débrider, à la faveur du renouveau que j’évoquais plus haut: c’est une période propice pour enchaîner sur un projet d’écriture déjà entamé. En ce qui me concerne, ce peut aussi bien être finir de rédiger un article et le publier, que corriger ou terminer un paragraphe ou une partie d’un autre écrit. Rebondir pour aller plus loin.

Beaucoup de personnes privilégient le soir pour écrire. Pour une raison d’abord très simple et pragmatique: libéré des obligations de la journée, on peut enfin se poser et laisser le crayon ou le clavier s’animer sous l’influence de notre inspiration. Ainsi, on crée un sas de décompression, que ce soit pour laisser à l’écrit une trace de nos ressentis quotidiens, ou bien pour s’évader à travers une écriture plus littéraire et scénarisée. Le soir, surtout la nuit venue, peut apporter beaucoup d’avantages : le calme revenu, la noirceur qui nous enveloppe sont idéaux pour créer une atmosphère particulière, celle où l’on apprécie de se plonger dans un bon bouquin pour le dévorer et s’immerger dans un univers différent du nôtre. Ecrire le soir a cette saveur particulière: on travailler à l’heure où d’autres se couchent ou regardent la télé, dans l’ombre, en silence. On crée dans son coin, on entre dans un monde rien qu’à soi qui nous permet de nous éloigner du quotidien.

Les symboles de la nuit sont très inspirants, qu’ils soient réels ou imaginaires: lune, étoiles, bruits insolites, animaux nocturnes et créatures féériques qui s’éveillent à la tombée du jour… Autant d’éléments qui suscitent souvent le réveil de la plume. Le temps s’arrête, ou plutôt on est comme hors du temps. La nuit est simplement magique pour les écrivains.

 

Matin ou soir, ou à tout autre moment du jour, il n’y a pas d’heure, du moment que vous savez saisir l’inspiration quand elle vient.

Soyez réceptifs, laissez venir les images, les sons, les couleurs, même si les mots ne sont pas encore là, vous pouvez vous imprégner de l’atmosphère suggérée par ces touches d’inspiration. L’idéal étant de pouvoir noter d’une façon ou d’une autre (mots clés, schémas ou dessins, trace) ce qui vous est “venu” à l’esprit; et de reprendre plus tard, au moment où vous aurez vraiment le temps, le fil d’inspiration qui s’est présenté à vous.

Quel est votre moment préféré pour écrire?

Vous arrive-t-il d’être inspiré à un moment où vous ne pouvez pas écrire? Comment faites-vous alors pour ne pas perdre votre idée en chemin?

J’aurai plaisir à vous lire dans les commentaires!