Comment mon burn out a signé le début de ma nouvelle vie

Le mot burn out fait peur.

Parce qu’on pense que c’est la fin de quelque chose, qu’il est parfois synonyme – à tort – de dépression, qu’il implique forcément une chute, un retrait…

Le burn out n’est pas une maladie. Ce n’est ni contagieux ni congénital.

Mais le burn out vous tombe dessus souvent pour de bonnes raisons.

Ces mêmes raisons qui vous aident à vous relever, et à marcher plus loin et viser plus haut.

Je suis une perfectionniste. Je me soigne – et timide aussi, j’ai arrêté de me soigner, j’ai continué à chanter.

Tout ça est encore vrai, mais ça l’était encore plus lorsque j’étais en poste comme professeur des écoles.

Je n’ai pas pour habitude de livrer des ressentis personnels. Pourtant, l’expérience me prouve de plus en plus que témoigner de son parcours, aide les autres. Et aide aussi à finir de cicatriser…

 

L’année de mon burn out

Pourquoi cette année-là? Tous les ingrédients étaient réunis. C’était simplement l’année de trop.

L’année précédente, j’avais un poste de TRS. Pour les non initiés, c’est ce qu’on nomme aussi dans le premier degré un poste fractionné. Je n’étais pas à temps plein sur une seule et même classe, mais nommée à titre provisoire pour un an en complément d’enseignants titulaires qui exerçaient soit à temps partiel, soit comme directeurs ou directrices. Je ne reviendrai pas ici sur les particularités de ce poste, mais il est certain que cela a fortement contribué à alimenter mon autosabotage et à préparer le terreau pour le burn out.

En un an, j’ai dû découvrir trois niveaux totalement nouveaux pour moi, qui avais déjà quelques années sur le terrain. Cela signifie plus de travail à la maison, et en tant que personne consciencieuse et anxieuse, plus d’implication pour être à la hauteur de ce que j’estimais qu’on attendait de moi. Egalement, perte de certains réflexes professionnels puisque la plupart des décisions ne m’appartenaient plus, de même que pour les responsabilités.

Il se trouve qu’à la rentrée suivante, j’ai dû reprendre une classe entière.

Nouvelle école, nouvelle équipe.

Niveau facile que beaucoup enviaient.

Nouveau stress: être à la hauteur, prévoir autant de projets que la grande majorité des autres collègues très investis dans toutes sortes de sorties et manifestations d’intérêt pédagogique.

Est-ce que j’allais encore savoir faire?

Est-ce que j’allais réussir à m’intégrer dans l’équipe?

 

Les premiers signes du malaise

Rapidement, le stress s’est installé au quotidien.

Sentiment d’incompétence lié au fait que j’avais hérité de la classe compliquée. Je ne l’ai su que bien plus tard.

Rapidement prise aussi dans une obligation de résultats, pour qui pour quoi, je ne saurais le dire. J’avais toujours été anxieuse et tracassée par le fait de ne pas parvenir à faire progresser certains élèves, mais là je dirais que tout s’est amplifié:

  • gestion de classe pénible, alors même que je n’avais pas des élèves violents ou désagréables, mais simplement ingérables…
  • grande hétérogénéité des niveaux, qui m’obligeait à niveler par le bas le programme (hé oui, ça aussi il faut le dire, il y a une école à plusieurs vitesses)
  • équipe très dynamique mettant en place des tas de projets, dont je n’avais pas forcément l’habitude, ou l’envie de suivre, mais le mouvement était là et je devais m’y inscrire

Cette année-là, j’ai dû travailler au premier trimestre autant que ma première année. C’est d’autant plus aberrant que c’était le même niveau, que je connaissais donc déjà bien.

Encore une fois j’étais tombée dans le piège de vouloir réinventer des supports et outils adaptés, ultra affûtés…

Dès le mois d’octobre le malaise s’est fait sentir: je sentais que j’avais raté le coche – ou du moins c’est ce que je croyais – concernant la prise en main du groupe, et pour le reste j’avais bien du mal à voir les réussites de mes élèves tellement le niveau était faible. D’où grosse remise en question.

Durant ce premier trimestre, j’ai dû m’arrêter la veille des vacances. Deux fois de suite donc.

C’est ce que j’appelle désormais le syndrome du coureur qui s’effondre avant la ligne d’arrivée.

 

Malaise physique au travail et sentiment d’imposture

Tout s’est accéléré à la reprise de janvier. Je devais être inspectée cette année-là et je savais que le début d’année était une période privilégiée. Bref, je me sentais sur la sellette et à partir de ce moment-là, chaque journée qui passait devenait plus stressante… j’étais aspirée dans une spirale sans fin.

Je mettais en oeuvre une pédagogie alternative dans la classe, qui était particulièrement appropriée vu l’hétérogénéité du groupe, mais qui était très chronophage pour moi. C’était ma 3ème année avec ce type de fonctionnement mais je ne l’avais pas encore testé avec ce niveau, donc tout était à faire ou presque.

J’ai également dû documenter mon choix de pédagogie – je précise que rien ne m’était imposé en ce sens par la hiérarchie, mais que je trouvais logique de le faire. Logique oui, sauf que je voulais pondre LE document de référence, parfait, explicite…

Le temps passait, le mal être persistait, je devenais de plus en plus irritable, et je me sentais tout simplement minable de n’arriver à rien avec ma classe, tandis que les autres avaient l’air de profiter et/ou de gérer mieux que moi les soucis du quotidien.

C’est à cette période que j’ai appris incidemment que j’avais hérité de la classe dont personne ne voulait. Avec le recul, je pense que le savoir avant m’aurait angoissée mais aurait peut-être pu m’aider aussi à relativiser mes difficultés.

Le mal était fait: je culpabilisais depuis la rentrée, en silence, de ne pas y arriver. 

Parce que j’étais nouvelle dans l’équipe.

Parce que j’avais un niveau de classe « facile », et simple en plus (pas de multiple niveau).

Parce que j’avais déjà 6 ans d’expérience, et que comparé aux stagiaires en poste dans l’établissement cette année, je ne pouvais pas non plus montrer que ça n’allait pas.

Bref, j’avais développé ce qu’on appelle le syndrome de l’imposteur.

 

Quand le corps dit stop: je ne veux plus aller à l’école

Et puis l’inspection a fini par arriver.

Evidemment, entre temps il y avait eu les rituels arrêts d’une journée juste avant les vacances… le sentiment de ne pas être à ma place qui littéralement gâchait tout ce qui pouvait se passer en dehors de la classe. J’avais envie de disparaître dans un trou de souris.

Et d’ailleurs, j’avais tellement honte de mon incompétence supposée que j’avais restreint de plus en plus le temps passé avec les collègues, pour vite retourner travailler. Je courais après le temps, tout le temps. Je ne me posais jamais, mais rien ne me semblait aller bien.

Je m’étais portée responsable pour un projet pédagogique nouveau. J’étais toute désignée en fait… et sur le coup, j’étais contente. Sauf que les collègues se plaignaient des intervenants du projet en question, et je me suis sentie une nouvelle fois remise en cause… Je n’étais pas là pour les former. Et ils n’étaient pas non plus censés avoir plus de compétences que ne pouvait laisser penser leur cursus. Bref, je n’étais pas formatrice et ne voulais pas l’être, contrairement aux collègues en question. Je me suis donc sentie responsable de ces dysfonctionnements, les ai pris personnellement. Je vous passe les détails sur le sentiment d’injustice ressenti en entendant les attaques contre ces intervenants :j’avais beau les défendre, rien n’y faisait. Je me sentais mal pour eux, par empathie.

Fin de la digression, à vrai dire j’avais oublié cet épisode et c’est en rédigeant cet article qu’il m’est revenu à l’esprit. Je pense que j’avais bien occulté ça pour éviter de me sentir à nouveau mal en y pensant. Entre temps, je sentais mes forces diminuer, j’étais devenue véritablement allergique au travail. J’avais juste envie de laisser mes élèves en plan et de partir en courant. Je n’avais plus la force de tenir le groupe, de rester patiente, de prendre les choses à la légère, de dédramatiser. Tout me heurtait et venait renforcer mon dégoût et mon sentiment de nullité. J’avais de plus en plus honte et j’avais peur que les autres s’aperçoivent du désastre qui régnait dans ma classe.

Donc l’inspection…

Se passa. J’étais bien sûr très stressée, quoi que pas tant que ça dans mon souvenir, au regard du niveau de stress quotidien auquel j’étais désormais soumise (de mon plein gré ou presque).

Se passa très bien.

J’étais un peu anesthésiée. J’ai eu la grande chance de tomber sur un inspecteur adorable, profondément humain et  attentif; sa réputation le précédait – ce qui n’empêche pas d’appréhender une telle situation, une parmi les nombreuses qui contribuent à renforcer l’infantilisation des enseignants et à creuser le manque de confiance en ses compétences et sa capacité à aller de l’avant.

J’ai reçu le rapport plutôt rapidement. Il était bon, voire très bon, mon travail était reconnu, y compris toute cette paperasse que j’avais rédigée pour expliquer mes choix pédagogiques.

Evidemment je me suis dit que j’avais eu de la chance. Mais j’étais aussi désappointée que mon malaise n’ait pas été détecté du tout. Finalement, j’avais donc l’air normale? La classe avait l’air d’aller bien? Je ne comprenais pas.

Vous savez le plus ironique de l’histoire? Sur le rapport figure la mention « nous avons évoqué les possibilités de carrière de Mlle. » Non, nous n’en avons pas parlé. Je ne sais vraiment pas à quoi il faisait référence…

Je sais juste que 3 semaines après, on arrivait à la veille des vacances.

 

Déconnecter du travail pour enfin se retrouver

J’étais au bout du rouleau. Vraiment.

Je pense que le fait d’avoir passé l’inspection fut pour mon mental le signal que j’avais le droit de m’arrêter, que j’avais fait mon maximum.

Ceux qui sont passés par là savent ce qu’est la dépersonnalisation. C’est dans un état d’esprit déjà loin de tout cet univers, de façon presque robotisée et très détachée de moi-même, que j’ai décidé en un claquement de doigts que cette journée était la dernière journée.

J’ai rassemblé mes affaires, j’ai tout préparé pour le remplaçant.

Je suis partie après la classe.

Et je ne suis plus revenue.

Dans ma tête, c’était très clair: je ne pouvais plus mettre les pieds en classe.

 

Ce fut la première étape d’une longue démarche vers la reconversion….

J’ai eu la chance de tomber sur des médecins à l’écoute, je pense qu’ils avaient cerné ma façon de fonctionner et avaient compris que je me mettais en danger et m’autosabotais, tout en risquant au final d’en faire pâtir les élèves.

Il fallait que je passe la main. Ce ne fut pas évident, car bien sûr je n’avais rien dit à personne, et j’ai donc dû au début informer que mon arrêt était prolongé, sans en donner la raison. Et puis être sollicitée pour fournir une programmation, des idées de séances etc au remplaçant. J’ai fini par enfin pouvoir déconnecter complètement, c’est à dire couper totalement contact. C’était juste vital.

C’est long de reprendre des forces physiques, de se reconstruire. Ca m’a pris plusieurs mois.

Une période au cours de laquelle j’ai pu redécouvrir certaines facettes de ma personnalité. Etre aidée et soutenue par des professionnels qui m’ont aidée à refaire le point sur les orientations possibles en tenant compte non pas de ce que j’avais fait jusque-là, mais de qui j’étais vraiment ainsi que de mes besoins.

J’ai repris à la rentrée suivante à temps partiel tout en entamant des études en parallèle. Et ce fut ma bouée de sauvetage…

Petit à petit, tout se reconstruisait autour de moi. J’avais autre chose dans ma vie de plus important que l’école, j’avais surtout de la matière sur laquelle faire tourner mon mental. J’étais stimulée par les nouvelles choses que je découvrais dans mes études, j’avais retrouvé le goût d’en savoir plus, de creuser… et j’ai ainsi pu prendre du recul sur les situations toujours aussi pénibles et stressantes du quotidien de la classe.

C’était juste le début de mon projet de reconversion, et à partir de ce moment-là j’ai été beaucoup plus sereine sur mon avenir car je savais qu’au bout du parcours universitaire entamé, je partirai quoi qu’il arrive, et sans regrets.

Cet article est long, je n’ai pas pu le condenser. J’ai pourtant édulcoré et passé nombre détails. Même si tout ça est loin derrière moi, l’écrire fait remonter beaucoup d’émotions.

Je souhaite à qui le lira de trouver de quoi alimenter sa réflexion, et surtout être convaincu que rien ne vaut la peine, même pas le métier d’enseignant, de se faire du mal par conscience professionnelle.

Mon métier d’aujourd’hui est forcément influencé par mon parcours d’enseignante:

  • j’ai laissé de côté tout l’aspect purement transmissif et les cadres normés qui m’étouffaient
  • j’ai gardé le meilleur de mes expériences, en particulier ces projets autour de la musique et de l’expression corporelle, où j’ai pu pleinement exploiter ma créativié tout en permettant aux enfants d’exprimer la leur, avec joie et simplicité, exigence et bienveillance.

Ces moments m’ont reconnectée à la part d’enfant en moi et me rappellent qu’écouter sa voix, c’est retrouver sa voie.

 

Chercher son enfant intérieur, retrouver l’adulte ?

Chercher son enfant intérieur, retrouver l’adulte ?

 

Vous avez certainement entendu parler de l’enfant intérieur. Qui est cet enfant en vous, dont tout le petit monde du développement personnel vous parle, comme l’être à contacter pour se sentir enfin exister ?

 

Je n’aime pas les formules toutes faites et me méfie beaucoup des conseils applicables par tous et donnés par tout le monde : personne n’a le même fonctionnement interne, les mêmes inclinations, les mêmes intérêts à agir de telle ou telle sorte. Pour autant, nous sentons bien tous qu’il redevient plus que fondamental de retrouver ce sentiment d’appartenance collective, cette reliance à ce qui fait notre humanité. Ce sentiment d’universel ne va-t-il pas à l’encontre du développement d’un soi par trop replié sur lui-même, cherchant à tout prix le bien être pour lui seul, sans embrasser dans le même mouvement la dimension du groupe ?

 

Je suis bien piètre élève moi-même quand il s’agit de sortir de la dimension purement individuelle et de penser à la communauté au sens large.

Pour autant, cette notion d’enfant intérieur me questionne.

Je me sens moi-même enfant, parfois vieillarde, parfois jeune adulte. Qu’est-ce que l’âge sinon un paramètre sous le joug du diktat social et le constat de notre évolution physique inéluctable ?

 

Voilà ce que je comprends de tout ce que j’ai pu lire ou entendre sur l’enfant intérieur, et voilà comment je traduis cela et souhaite le reconfigurer dans une vision plus large.

L’enfant intérieur serait caché en nous, il n’est pas visible et c’est à nous en tant qu’adultes d’aller à sa rencontrer, de le sortir de sa cachette. Comme tout ce qui n’est pas dit, l’enfant intérieur contient en lui toutes nos souffrances passées, toutes nos déceptions, nos malaises, mais aussi nos élans contenus, notre vitalité enfouie. Pourquoi vouloir à tout prix considérer que tout cela est recelé au fond de nous ? Vision rousseauiste ou apanage de nouvelles méthodes de développement personnel ? Quoi qu’il en soit, on invoque souvent nos vies trépidantes, le stress inhérent à celles-ci, le conformisme ambiant, pour expliquer le détournement de nos aspirations enfantines. Ceci est particulièrement mis en exergue dans le thème de la vie professionnelle : chacun aurait en lui une passion, un mission, inassouvie, tue, qu’il pourrait retrouver en contactant son enfant intérieur. Cette vision simpliste et angélique n’aurait rien pour me déplaire si elle ne mettait d’un coup l’adulte que nous sommes en face de nouvelles injonctions : trouver à tout prix ce qui était là dans un passé chéri, et qui a disparu en grandissant. D’une part, il est certain que beaucoup d’adultes ne tiennent pas se replonger dans les affres de leur enfance, d’autre part rappelons-nous que nous pouvons évoluer à tout âge : qui a dit que les rêves d’aujourd’hui n’étaient bâtis que sur nos visions d’enfant ?

Qu’est-ce qui apparaît clairement dans cette théorie ? La présence d’un lien enfant-adulte qui aurait été rompu, ce qui interdit donc le continuum de l’un à l’autre.

Bien qu’il semble évident que chaque adulte peut avoir à soigner ses blessures passées, le culte de l’enfant intérieur me semble relever encore d’une autre question : celle d’une quête des temps modernes de l’homme qui ne sait plus exister par lui-même dans l’ici et le maintenant. Ainsi, convaincue de l’intérêt qu’il y a à se connaître et donc à retracer son histoire et savoir quel enfant nous étions, je pense que la notion d’enfant intérieur peut engendrer des attitudes moins bénéfiques que celles attendues.

Avoir quelque chose à réparer, à retrouver, nous occupe et nous détourne du présent. Encore une fois, se pencher sur son passé n’est pas un problème, et se rappeler de qui nous étions enfant non plus. Par contre, considérer qu’il y a une rupture entre enfant et adulte et surtout cultiver cette idée, quand bien même le passage de l’un à l’autre aurait été ressenti comme un fossé, me semble conforter dans l’idée qu’il y a une mission à accomplir pour sauver cet enfant, et le faire revivre.

Mais qui sommes-nous aujourd’hui, sinon la même personne avec quelques années de plus ? Cette lapalissade simplement pour rappeler que le bon sens attend de nous que nous tenions compte des faits, et rien de plus ! Je suis moi-même, aujourd’hui, le prolongement de l’enfant que j’ai été, avec certes des détours, des déchirures, des réalisations, des achèvements…

Je suis donc à la fois une autre personne puisque j’ai par la force des choses changé, et en même temps le même dans un corps qui a grandi, et avec une pensée qui se nourrit de ce que j’ai été enfant. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre.

 

Jusqu’ici rien de très élaboré. C’est pourtant par ce petit changement d’angle de vue que la notion d’enfant intérieur prend un sens différent et peut nous conduire à l’envisager sous un angle bien plus large et à mon sens plus épanouissant.

 

Nous sommes un, intérieur et extérieur, et nous sommes un, individu et ensemble.

Cela est ainsi, mais nous cherchons toute notre existence, consciemment ou non, à retrouver cette continuité, à en souffrir parfois aussi tout autant que nous souffrons de nous sentir séparés de nous-mêmes ou des autres. La recherche de l’équilibre se fait sur tous les plans, y compris ceux-ci.

Si je considère désormais que l’enfant intérieur est « l’enfant en moi qui existe encore », et donc qu’il s’agit d’une dimension de mon être adulte qui n’est ni caché ni meutri, mais plutôt une facette de moi que je ne donne pas toujours à voir, ou que je ne cultive pas, au même titre que d’autres dimensions de ma personnalité (la part sombre en moi, l’amoureux en moi, le parent en moi, etc), alors je n’en fais pas « tout un plat ». Je laisse simplement s’exprimer cette part de moi, sans la rechercher à tout prix comme un remède qui me guérirait de tous mes maux et me permettre de me réaliser pleinement.

Car c’est bien en tant qu’adulte que je dois prendre la responsabilité de m’accomplir, indépendamment du poids du passé ou au contraire des élans coupés du passé.

 

Plutôt que chercher son enfant intérieur, je propose de rester attentif à garder un œil d’enfant ouvert sur le monde, à savoir considérer notre unité dans le temps plutôt que rester dans une dichotomie volontaire, et à agir en adulte : c’est à dire profiter de notre connaissance du monde qui nous entoure et de la sagesse que l’âge nous offre petit à petit, pour continuer à rester vivants, éveillés, tels des enfants. Incorporer dans son attitude quotidienne ce qui est généralement vu comme caractéristique d’un comportement enfantin (émerveillement, curiosité, soif d’apprendre, vitalité) nous permet de ne pas détacher l’avant de l’après, mais bien de continuer à grandir.

Voilà de quoi j’essaie de me convaincre moi-même, car j’ai été et suis encore bien sensible au thème de l’enfant intérieur… j’essaie de ne pas oublier l’enfant en moi, j’essaie de ne pas négliger l’adulte que je suis aujourd’hui.

Comment se reconnecter à sa voix…et à sa voie!

Quoi de plus intime que notre voix ?

 

Unique comme l’empreinte de nos doigts, elle porte nos blessures comme nos émois.

 

En questionnant les gens autour de moi, je constate que beaucoup entretiennent un rapport paradoxal avec leur voix : ils l’aiment ou la détestent, en ont parfois honte, aimeraient la changer comme s’ils étaient complexés, m’avouent ne pas savoir comment l’utiliser… beaucoup de jugements en tout cas, qui parfois sont très révélateurs de la relation à soi.

 

 

 

Les allers-retours entre la voix et soi

 

 

 

La voix ne triche pas : elle signe notre état interne du moment.

 

Et dans le même temps, nous pouvons agir pour la moduler et par là même, influer sur notre état d’esprit. Oui, ça a l’air magique dit comme ça, et pourtant le processus est réversible !

 

Je suis sûre que vous avez tous fait l’expérience d’écouter quelqu’un parler d’une voix monotone et de vous sentir petit à petit engourdi. Ou bien d’être en compagnie de quelqu’un parlant avec enthousiasme et d’être gagné par ce même état ! Nous sommes impactés par la voix, tout comme par nos pensées. C’est un formidable véhicule émotionnel dont nous avons tout intérêt à nous servir !

 

 

 

Là où je veux en venir, c’est aux potentialités créatrices de notre voix.

 

« Par la parole, l’homme est une métaphore de lui-même » (Octavio Paz)

 

Si nous sommes ce que nous pensons, nous sommes aussi ce que nous disons, ce que nous chantons.

 

Au quotidien, arrêtons-nous quelques instants par-ci par-là sur ce que nous émettons : est-ce que ma voix trahit mes pensées, est-ce qu’au contraire je l’enjolive pour masquer mon état ?

 

 

 

La voix pour apaiser ses blessures émotionnelles

 

 

 

Reconnaître et accepter sa voix telle qu’elle est, sans tricher, c’est reconnaître et accepter notre ressenti intérieur.

 

Une fois cela fait, il nous est possible de travailler et jouer avec notre voix pour soit amplifier l’état dans lequel nous sommes, soit en sortir. Les jours où je suis fatiguée, triste, ma voix est morne. Je fredonne avec peine un blues dégoulinant de mal être, et petit à petit j’y retrouve l’écho de mon propre état. Je me plonge dedans, et j’y puise la force d’expulser ce qui me ronge. Je peux aussi improviser, me laisser aller à des lamentations vocales comme une catharsis émotionnelle.

 

A ce moment-là, je reconnecte avec ce que je porte en moi, et je peux alors laisser aller ce flux d’émotions, lâcher prise. Puis me diriger vers autre chose, avec moins de peur et de culpabilité, plus de légèreté et d’envie. Recréer un monde à l’image de ce qui vibre en moi : dire et chanter les mots qui me tiennent à cœur, ceux que je ressens, ceux que je voudrais ressentir, ceux qui expriment tout ce que je voudrais accomplir…

 

 

 

Des pistes pour explorer sa voix

 

 

 

  • créer un podcast personnel à la manière d’un journal audio intime, pour y enregistrer ses états d’âme, ses peurs, ses souhaits pour l’avenir… et le réécouter régulièrement pour faire le point sur ses avancées personnelles.
  • chanter ses gratitudes, célébrer les joies toutes simples en improvisant une mélodie, et pourquoi pas en dansant ? Se laisser aller à varier la mélodie comme si l’on créait une chanson pour l’occasion.
  • pour mieux retrouver et poser sa voix, jouer à imiter des personnages archétypiques tels que sorcière, chat, bébé… c’est souvent en allant chercher du côté de la caricature et de l’exagération, qu’on peut par la suite retrouver sa propre empreinte vocale, avec laquelle on se sent bien.

 

 

 

Je vous souhaite de belles explorations vocales, chantées, parlées, écrites…

 

 

Voie de reconversion: Eugénie, de prof de FLE à prof de yoga

 

J’ai découvert Eugénie via l’excellent site Yogamrita. Première interview de la rentrée, qui m’importe beaucoup car j’ai pu me retrouver dans plusieurs points du parcours d’Eugénie ! C’est toujours réconfortant de voir que d’autres que soi sont dans les mêmes questionnements, les mêmes choix, les mêmes valeurs…

Eugénie est professeure de yoga depuis un an à Lyon.  NDLR: interview datant de septembre 2017

Auparavant, elle a enseigné le FLE à l’étranger (Turquie, Belgique).

Alors bien sûr, son parcours n’est pas comparable en tous points à un enseignant de l’Education Nationale souhaitant se reconvertir et devant faire face aux contraintes hiérarchiques et administratives. Pourtant, il me semble que ce qui fait la réussite d’une reconversion, c’est avant tout l’état d’esprit avec lequel on la mène. Et puis d’enseignante de FLE à enseignante de yoga, il y a un pont que de nombreux collègues de l’EN peuvent faire!

 

Comment l’idée de cette reconversion est née

Depuis toute petite, Eugénie a baigné dans un environnement où le yoga ainsi que l’ayurveda étaient déjà bien présents. Le terreau était constitué mais ce n’est que plus tard qu’elle a véritablement redécouvert l’intérêt de cette fabuleuse discipline… D’abord avec une pratique en pointillés pour soigner le stress, puis plus régulière lorsqu’elle est devenue maman.

Désireuse d’approfondir son approche et ses connaissances, elle a cherché la formation idéale pour cela.

 

Concilier formation et travail…

La formation étant répartie sur les week ends et les vacances scolaires, et son travail d’enseignante en FLE lui laissant une certaine flexibilité, Eugénie a pu mener à bien ses nouveaux apprentissages. Un programme très dense mêlant entre autres anatomie détailée et pratique personnelle indispensable. Actuellement en 3ème année de formation, elle est autorisée à dispenser son enseignement ! Une pratique de terrain qui vient renforcer ses acquis. Eugénie m’explique avoir puisé dans ses économies personnelles pour financer sa formation. Celle-ci représente également une charge de travail non négligeable.

 

Se mettre à son compte et se faire connaître

Eugénie travaille en priorité avec des entreprises : elle intervient auprès des salariés sur la pause méridienne. Ce choix lui permet d’avoir une certaine stabilité financière bien appréciable. Les enseignants de yoga sont de plus en plus nombreux, ce n’est pas facile de se créer un réseau… mais Eugénie a travaillé d’arrache-pied sur le référencement de son site internet (en totale autonomie !) et a ainsi pu drainer jusqu’à elle des premiers contacts. Pour savoir comme le référencement n’est pas une chose aisée à appréhender et à maîtriser, je dois dire que je suis assez admirative de sa réussite !

Par le bouche à oreille, elle a ainsi pu se constituer une clientèle dans ce secteur.

En termes d’investissement, elle a réussi à prendre le minimum de risques – c’est l’avantage de l’enseignement du yoga qui ne requiert pas trop de matériel. Une location de salle sur un créneau d’une heure par semaine pour avoir de nouveaux élèves parmi une clientèle de particuliers, et pour démarrer en douceur sans avoir à engager des frais trop importants dès le début.

 

Croire en soi, rester motivée pour réussir son projet de reconversion

Eugénie me confie : « Si tu es trop rationnel, la prise de risque peut faire vraiment peur ». Le choix de se reconvertir, c’est celui de plonger à un moment donné ! Elle avait foi dans son projet, et pouvait compter sur son entourage proche pour la soutenir. Elle insiste aussi sur l’importance d’avoir l’esprit tranquille pour se former en tant que prof de yoga : c’est en effet indispensable d’être aussi serein que possible notamment sur le plan financier, quand on veut transmettre aux autres les bienfaits d’une telle discipline !

 

Nouvelle vie, nouvel emploi du temps

En tant que prof de yoga intervenant dans les entreprises, Eugénie se doit d’être hyper réactive face aux sollicitations. Son emploi du temps est donc fonction des contacts qu’elle établit avec sa nouvelle clientèle. Le temps de déposer son enfant à l’école le matin, elle enchaîne avec une pratique de yoga chez elle, la préparation de ses cours, son activité sur internet… Etre à son compte c’est pouvoir jongler entre tâches quotidiennes et tâches professionnelles ! Après son enseignement en entreprise sur la pause de midi, elle consacre une partie de son après-midi à sa comptabilité, la communication pour son activité, la préparation du stage qu’elle propose bientôt… avant de remettre son costume de maman pour la fin de journée !

 

Avant/après, le bilan

En tant que professeur de yoga, Eugénie adore pouvoir continuer à communiquer, partager et expliquer ce qu’elle a à transmettre. Des compétences directement transposables à partir d’une expérience d’enseignant, quelle qu’elle soit.

Cette dimension qu’elle appréciait tant dans son ancien métier n’était cependant pas suffisante… La conception de cours de FLE demande certes de la réflexion mais une fois les bases de cours établies, une certaine routine peut s’installer.

Eugénie préfère aujourd’hui la diversité et la richesse que lui permet l’enseignement du yoga. Grâce à son approche complète, elle peut trouver ce qui va convenir à chaque personne en fonction de ses capacités physiques. « A chaque cours, je remets en cause plein de choses ». Un brainstorming permanent et stimulant qui la pousse à rester dans cette posture de recherche et d’approfondissement : pas de sensation de finitude mais au contraire une ouverture constante sur l’autre et sur soi.

 

Des conseils pour ceux qui souhaitent se former comme prof de yoga ?

« Garder son travail tant qu’on peut, s’investir à fond dans une formation sérieuse, lancer un premier cours de yoga dès que c’est possible. Sans attendre de tout savoir. C’est en enseignant qu’on apprend. »

Oui ! C’est tellement vrai ! C’est en expérimentant qu’on progresse.

Préparer son projet demande temps, courage, énergie, argent, soutien… mais avant tout la certitude qu’on va vers le meilleur pour soi, et pour les autres.

 Merci beaucoup à Eugénie d’avoir partagé avec enthousiasme son parcours et sa passion pour l’enseignement du yoga !

Pour la retrouver :

https://yogasatya.fr

Pour aller plus loin sur le thème de la reconversion: