sentiment de décalage

 

 

 

 

 

 

 

 Comment expliquer aux autres qu’on ne se sent pas comme eux ?

Comment comprendre ce qui nous fait nous sentir si différent au tréfonds de nous-même ?

Comment faire pour ne plus souffrir de ne pas rentrer dans les cases ?

 

Moi, Marion, je ne rentre pas dans les cases – du moins c’est ce que je me dis – et de fait, je suis souvent en décalage avec les autres. J’ai réussi à composer avec ce sentiment sans que cela devienne une idée fixe, un problème ou la seule identité que je m’autorise.

Ce billet n’a pas pour but de répondre à ces questions en « comment ». Ma démarche a pour but de proposer une mise en lumière différente, non pas de donner des clés ou des solutions toutes faites. J’estime que chacun a en lui les ressources pour s’approprier ce qui lui parlera – ou non. Ma mise en questions a donc pour intention de provoquer chez vous un écho, et c’est à partir de cela que vous trouverez de vous-même des éléments de réponse. Je partage ma réflexion à partir de ce que j’ai vécu personnellement et de ce que je mets en pratique avec Mémovoix. Libre à chacun de construire sa propre voie, en laissant résonner mes mots et en mettant en acte un chemin qui ressemble à ce qui brille au fond de nous…

 

Les deux niveaux de décalage

Le sentiment de décalage peut se définir à deux niveaux à mon sens.

Le premier niveau est celui des faits. Par rapport à la norme, et donc aux multiples sous-normes qui existent dans toute vie en société, nous pouvons nous sentir en décalage. Par nos choix de vie, nous ne nous dissolvons pas dans la norme et n’obéissons pas, ou seulement en partie, aux codes sociaux. Ces choix peuvent correspondre aux orientations sexuelles, politiques, religieuses, philosophiques, aux choix alimentaires, vestimentaires, géographiques, consommatoires… tout comme aux modes de pensée qui relèvent d’un choix conscient ou bien d’un fonctionnement neurocognitif différent (ou du moins vécu comme tel par rapport à la norme). Chaque acte, chaque décision que nous posons va en effet tendre à nous rapprocher ou nous éloigner des normes. J’entends par norme ici, « ce qui a cours la majorité du temps, qui est couramment pratiqué, pensé, observé, vécu ». En gros, c’est la tendance majoritaire… Objectivement, celui ou celle qui ne suit pas les tendances est en minorité et peut donc se sentir en décalage.

Le deuxième niveau de décalage que j’entrevois est celui du sentiment. Ce sentiment est intrinsèquement lié à celui d’appartenance. Nous l’alimentons plus ou moins, selon que nous souhaitons appartenir à un groupe, une communauté, ou au contraire que nous souhaitons nous en détacher. Nous avons donc une marge de manoeuvre quant au fait de décider si nous voulons vivre ce décalage comme problématique, neutre, joyeux, et toutes les nuances entre ces positions.

 

Que faire du sentiment de décalage ?

Confronté à ce sentiment de décalage, nous avons toujours le choix. Comme chaque fois que nous sommes face à une émotion, un affect, il est de notre responsabilité de le « digérer », de l’intégrer dans notre vécu pour lui donner un sens – y compris celui de décider qu’il n’a pas de sens et donc pas sa place en nous .

Quelles réactions quand au milieu d’une assemblée, on se sent le seul à penser, vivre, agir de la façon qui est la nôtre ?

  • honte, dissimulation, masque social, mise en place du mode caméléon
  • exacerbation, valorisation, mise en avant de ce qu’on ressent comme sa différence, avec ou sans justification
  • plainte, tristesse, sentiment de rejet, d’exclusion
  • constat des différences et réassurance intérieure : « je sais qui je suis, ce que je vaux, je n’en veux pas à personne. Je suis digne d’être aimé, reconnu, compris, accepté, et les autres le sont aussi. ».

 

Changer son discours intérieur

Pour parvenir à se détacher et ne pas vivre son décalage dans la revendication, la lutte ou la honte, il faut bien sûr observer ce que cela dit de soi…

Quelques questions à se poser, qui peuvent aider à se positionner et à élargir sa vision de soi et des autres :

  • à partir de quels éléments je me définis ?
  • Ai-je besoin de me définir aux yeux des autres, et si oui pourquoi et comment ?
  • de quoi ai-je peur quand je me sens en décalage ? Qu’est-ce qui se passerait si au contraire tout le monde pensait, agissait comme moi ?
  • Comment est-ce que je me comporte quand je rencontre des gens avec qui je m’estime en décalage ? Comment je me comporte quand je rencontre des gens que j’estime en décalage avec moi ?
  • Qu’est-ce qui est à l’origine de mon sentiment de décalage et est-ce que j’ai tendance à le nourrir, si oui de quelles façons ?
  • Qu’est-ce que j’attends des autres, finalement?
  • Y a-t-il des situations, des personnes avec qui je ne ressens pas de décalage ? A quoi cela tient-il ?

Cette dernière question est à mes yeux la plus importante car bien explorée, elle apporte des éléments de réponse pertinents.

 

Ce que nous disons de nous traduit ce que nous disons des autres…

 

Si je me raconte que je suis en décalage, je présuppose qu’il y aura toujours un fossé entre les autres et moi. Je mets en place un biais cognitif qui me prédispose à agir et me montrer comme quelqu’un d’a-normal (en dehors de la norme, quelle qu’elle soit).

Quel est mon mouvement ? Aller vers les autres, ou bien rester à distance ? Un peu les deux, tantôt l’un tantôt l’autre?

Il n’y a aucune réponse juste. Il y a juste la réponse qu’on fait à un moment donné, dans une situation donnée.

Nous sommes libres de croire, d’exprimer avec nos mots, que nous sommes en décalage.

Nous sommes tout autant libres de croire et d’exprimer nos points communs avec les autres et au-delà des différences, d’expérimenter et de savourer ce qui nous rassemble. C’est la mise en pratique de l’irénisme. Le sentiment d’humanité, la joie qui en découle, s’éprouve quand on ne cherche plus à savoir si l’on rentre ou non dans les cases.

De là, peut-être, peut s’élaborer ou se reconstruire, une sécurité intérieure qui donne la vraie liberté d’être soi.

De là peuvent se vivre de nouvelles normes, des normes élargies, qui nous autorisent à différer, sans se positionner systématiquement dans de l’opposition ou du rejet, mais avec la conscience de se savoir faire partie d’un tout, pleinement confiants et apaisés par rapport au vécu de nos singularités.

Marion

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blog Mémovoix Marion Dorval