Chers corps, yeux qui me lisez, bouches qui respirez, mains qui scrollez, 

Pe(a)nser ce corps, une fois pour toutes, voilà ce que je me suis dit.
Ce corps toujours vivant, malgré tout ce que je lui ai fait subir.
On ne sait jamais vraiment ce qu’un corps a vécu même s’il reste des traces parfois bien visibles, trop. Parfois bien cachées, trop.
Et les marques discrètes que seuls les corps qui ont vécu la même chose peuvent reconnaître.

Parce que j’ai bien du mal avec les mots qu’on doit sortir quand on est face aux autres, ces mots tout faits qui ne disent rien du dedans mais donnent une contenance, je préfère m’intéresser à ce que le corps parle.
J’aime observer avec tendre curiosité les démarches, les postures, souvent la dysharmonie entre les gestuelles et le contenu du discours, parfois une fluidité parfaite, trop parfaite. Je constate les mêmes errements, les mêmes doutes et maladresses chez moi, les mêmes incohérences. Les allures qu’on se choisit pour donner le change, corps plein d’œillères pour marcher droit dans le chemin déjà tout tracé, ne pas dévier, faire comme si, qu’ils ne s’aperçoivent pas du malaise. Corps relâché, soudain honteux de ce qu’il peut exprimer au monde quand il n’est pas (auto)censuré.

Ces considérations sont des évidences, restent générales, et pourtant qui en parle ? Si peu de monde, parce que le poids des normes fait qu’on corps doit fonctionner et plaire, et c’est à peu près tout. On peut pourtant performer le corps avec joie et sans carcan.

Ce corps qui porte qui j’ai été, qui je suis et vers qui je tends, ce corps qui a porté un autre, à bout de bras ou au fond de soi. Le corps, ce premier autre, la conscience douloureuse et limitante de ses contours, qu’on aimerait tantôt libérer tantôt contenir.

Ces derniers temps, j’étais bien obligée d’écouter mon corps parler. Je me sens comme dans une machine à laver en phase d’essorage à 500 tours/minute. J’ai juste envie de descendre, que ça s’arrête. La fatigue est difficile à saisir, expliquer et j’en voudrais presque à mon corps.

(…)

Cet article est un extrait de ma lettre « Les mots doux et puissants » de septembre 2020. 

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