Compliance

Le mot dit bien ce qu’il veut dire: comme c’est con de plier en silence!

Sortons de la trivialité.

– compliance : rapport entre le volume artériel et l’augmentation de la pression.

La compliance indique la capacité de distension de la paroi artérielle. [NDLR: définition sommaire trouvée sur internet, non exhaustive, je l’espère non erronée.]

Aujourd’hui (17 octobre 2020) vivre en France de façon compliante, c’est vivre pour travailler, en journée, de 8h à 18h. Et rentrer chez soi se coucher.

Et si vous avez l’oeil, vous verrez qu’il suffit de changer deux lettres pour que sonne la complainte des gens qui voudraient vivre aussi en dehors du travail, en dehors des heures imposées.

Ou sans travail.

Ou avec un travail de nuit.

En dehors de la journée.

La nuit.

La complainte a mauvaise presse: genre vieilli, facile, geignard.

C’est facile de taper sur ceux qui se plaignent: ils n’ont qu’à faire des efforts pour la bonne cause!

S’il est con de plier, on n’en est pas moins con de rester se complaindre.

Parce que c’est ce qu’on attend de la compliance: qu’elle nous laisse dans un état d’hébétude entravant l’action, prouvant par là que nous sommes effectivement bien bêtes et incapables de trouver des alternatives aux mesures imposées par les autres, parfois par nous-mêmes, par tout ce qu’on nous raconte et qu’on se raconte à soi-même, en permanence.

La complainte pourrait pourtant prendre une autre tournure si l’on rendait la nuit au jour, si elle débouchait sur d’autres façons d’accorder les rythmes des uns et des autres.

Et les rythmes peuvent s’unir plus facilement quand il y a une transition entre eux, un passage. Cet espace-temps de transition, c’est la soirée.

La soirée qui unit jour et nuit, travailleurs et clients, spectateurs et acteurs.

Déboucher sur une autre vie, en restant en contact les uns les autres, à travers un liant, vital. Faire se rejoindre les bords du tissu humain, dans ces heures où tout peut se mêler, tout est possible, tous les contacts dans les lieux de la nuit: tous les âges, tous les milieux, tous les rêves, toutes les tendances…

La contrainte stimule la créativité.

L’augmentation de la pression n’est pas si dangereuse pour les vaisseaux s’ils savent se dilater. La dilatation a ses limites, on l’aura bien compris.

Alors je me demande, comment pourrions-nous dilater nos espaces-temps pour nous retrouver malgré tout?

Je ne peux me résoudre à penser qu’on va plier en silence.

Je veux croire que le cerveau humain est bien trop futé pour ne pas trouver des alternatives pour créer malgré tout, comme du chiendent pousse entre les pierres.

Le roseau plie mais ne rompt pas, et bien d’autres êtres sur cette Terre ont des idées plus folles que nous pour survivre à l’absurdité des élaborations humaines, et continuer à croître.

J’ai le souvenir d’un concert encore si vibrant dans mes veines et pourtant un vent de dépression me tourne autour quand j’écoute ces mesures destinées à séparer le monde du jour et de la nuit, à empêcher les retrouvailles, à empêcher la culture de préserver notre nature profonde.

A empêcher tout ce monde invisible de la nuit de créer ce qui n’est pas valorisé, ce qui est souvent rejeté, jugé. Et ce qui est nécessaire, pas seulement beau pour le spectacle: non, nécessaire.

J’ai le souvenir d’un concert si vibrant où j’ai vu la musique se faire sous mes yeux, alors je ne sais pas encore comment, ni quand, mais décaler les heures, alors que le temps en lui-même n’existe pas dans cet universe, ça ne fera que renforcer la volonté  de dilater ses artères pour applaudir, jouer, transpirer, échanger des regards à défaut du reste.

Comment, quand, réinventer une succession jour-nuit où les rythmes sont échangés librement, les vies vont leurs cours?

Dans l’amertume de l’incertitude, je sais que si la peau palpite la nuit, notre animalité saura la retrouver, de toutes les manières.

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blog Mémovoix Marion Dorval