conte créatifCaminhando o caminho – cheminant le chemin

 

Cheminant le chemin, les pieds bien sur la terre qui me le rend bien.

Au petit matin, traverser les nuées endormies et s’acheminer jusqu’au début du parcours ; par cœur parcours dans les pieds dans les naseaux dans les flancs. Un paysage imprimé par l’habitude de poser yeux, talons et souffle aux mêmes tournants. Ce chemin, c’est ouvrir une petite boîte de chocolats dont on connaît les variétés à l’avance. On sait par quoi on commencera, la tentation est grande, le plaisir garanti. La réassurance de trouver la même saveur : non rien n’a changé, fidèle à sa promesse le morceau fond et délivre exactement ce qu’on en attendait. On garde pour les derniers instants ce qui n’a pas notre préférence première mais permettra de figer jusqu’à la prochaine fois le souvenir des saveurs stérilisées.

 

Aujourd’hui ces relents d’hier me paraissent lourds, j’ai envie d’un nouveau chocolat, rangé dans une autre case que la deuxième en partant du bord droit. Qui me surprendra, qui m’apportera cette nouvelle boîte, nouvelle version capable de me faire m’émerveiller et reprendre mon souffle enfin ? Du premier au dernier chocolat, j’ai soudain envie d’un décor à la Hansel et Gretel où tout serait neuf, du papier doré aux formes des sucreries. Un changement de décor qui me procurerait un nouveau goût en bouche et le désir de nouvelles marches à gravir.

 

C’est ainsi qu’au sortir de l’impasse, je prends le chemin à l’envers. J’aborde la forêt par l’autre côté, et c’est celle d’Hansel et Gretel qui m’apparaît. Mes pieds sont les mêmes pourtant, mes lunettes n’ont pas changé. Quelque chose autour de moi semble soudain mobile : voilà que je suis déjà rendue au portail bleu, alors que je n’ai pas remarqué le poulailler juste avant. C’est qu’à l’envers ma mémoire du parcours est moins bonne ; j’ai beau rembobiner le trajet habituel de ma boîte-chocolats, plus rien n’est à sa place au bon moment. Je rate ce que je voyais précisément parce que je m’y attendais à l’endroit voulu, mais je découvre avec délice des chocolats-endroits se substituant aux chocolats-doudous-d’habitude. Mes pieds absorbent les chocs du sol avec plus de légèreté, portés par l’allant d’un élan neuf. Tout ce temps entre le portail bleu et la table de pique-nique, alors qu’autrefois cette portion était la plus délaissée par mes sens. Mon regard attribue une nouvelle temporalité à ces sections quelconques il y a encore juste une semaine. Redécouvrir, enlever cette poussière dans mes mouvements et me laisser porter par tout ce qu’il reste à sentir, humer, palper d’écorces à l’envers, décortiquer par la face nord.

A rebours, le chemin m’aura offert un autre visage. Au retour pieds mains peau ragaillardis sourire enfantin papiers dorés Hansel & Gretel tout réunis dans une boîte ouverte à l’envers. Il aura suffi de choisir cette contrainte nouvelle : déplacer mes pieds d’une autre façon, pour qu’en moi changent aussi certaines places et certains regards, pour une saveur différente. Plus puissante que la saveur connue rassurante. 

Les heures offrent alors elles-mêmes d’autres chemins. Rentrer n’est plus synonyme de refermer la boîte en espérant secrètement retrouver tout pareil tout autant que redouter la routine assassine : voilà qu’il est un souffle qui portera pieds-têtes plus légers ailleurs, même si c’est encore un peu ici. Plus loin dedans, en réinventant les détours. Dorer sa peau d’un papier nouveau et aimer les places arpentées.

 

 

Lire c’est bien, vivre c’est mieux.

Pour renouveler son regard sur soi et ce qui nous entoure, je vous invite dans mon Labo créatif :