Mobile textile « Non duality » Art: Marion Dorval @hluizar mariondorval.home.blog

Cet article est un extrait offert de mon carnet intime « Les mots doux et puissants » d’avril 2022. 

Ressentir, s’anesthésier… vivre

Au fond il y a cette vérité qu’on aimerait parfois bien s’entendre dire: tu peux à présent choisir de ne plus ressentir. Tu peux supprimer tous tes sens et émotions l’espace d’un instant ou davantage.

Quand les sons, les odeurs saturent mon intérieur au point de ne plus distinguer ce qui vient du dedans ou du dehors,

quand le sixième sens et ceux d’après sont si forts qu’ils font chavirer la réalité,

quand le sens devient sentiment, inéluctablement présent…

La proposition m’a tentée. M’anesthésier.

Qui souhaiterait supprimer tous ses sens, l’espace d’un instant?

Réfléchis-y à deux fois.

Retrouver la paix intérieure par ces moyens est un leurre que seul notre mental est capable d’ignorer.

Car le corps lui, sait déjà. Et le coeur le supervise heureusement.

Du fond des âges, nous n’avons cessé de survivre.

Nous sommes revenus de tout, qui que nous soyons, nous sommes les enfants héritiers de survivants.

Et nous continuons à survivre, à dépasser ce qui nous a traversés depuis notre naissance.

La survie n’a pas toujours eu le même sens.

Nous continuons pourtant de porter des oripeaux, des masques, des armures pour protéger le Soi.

Eviter de tomber, s’effondrer, être submergé par ces émotions qui pourraient devenir les maîtres à bord.

Etre vu dans notre plus simple appareil: un être fragile, soumis aux mouvements fluctuants de sa carapace qu’il tente de garder hermétique et ne laisse s’entrouvrir qu’en de rares occasions.

Voilà nos nouvelles luttes de survie. Voilà où notre paix intérieure en est.

Alors, l’anesthésie… pourquoi pas?

Face au danger, la fameuse trilogie de réactions instinctives nous ramène à revivre perpétuellement l’histoire du Vivant: fuir, affronter, se figer.

L’évitement finit toujours par la fuite de sa propre vie.

Je suis de celles qui ont vécu en dehors d’eux-mêmes pendant longtemps, refusant les opportunités, rejetant les risques. J’étais toujours trop ou pas assez pour vivre la situation.

Mettre entre parenthèses les expériences de vie nous fait faire une sacrée économie sur les émotions bouleversantes. Sur le coup. Au final l’addition est toujours plus grande que ce qu’on croyait: amertume, déception, frustration, petites ou grandes plongées du niveau d’estime…

A force de nous protéger, nous nous effritons, nous creusons notre tombe. Ces petits pas de côté à côté de  nos pompes: ils sont si subtils, qu’à force ils nous coupent de notre air véritable sans que nous nous en rendions compte. Un jour, la vie devient asphyxiante car limitée même si en apparence tout va bien.

Nous ne savons pas qui nous sommes puisque nous avons tout fait pour ne surtout pas nous autoriser à être.

Alors, plutôt que ressentir les hauts et les bas, pour une fois joker: s’anesthésier?

Qui refuserait un répit dans ce qui met à fleur de peau nos vulnérabilités?

Une pause dans le stress, un espace sans détresse, et des plages de silence neutre.

Il y a cette illusion, alors: sombrer dans la fausse béatitude. C’est comme ça que je l’appelle, cette entreprise de soulagement pour détourner les yeux du corps-coeur et se concentrer sur tout ce qui peut annihiler les vagues remuantes.

Se jeter à corps perdu dans tout ce qui rehausse les perceptions purement physiques: une première fausse bonne solution.

Addictions de toutes sortes,

au sport, au travail, aux drogues,

à l’alimentation, à l’alcool, aux relations folles…

la vie prend un relief accidenté que nous avons volontairement injecté à travers nos parois. C’est un shoot volontaire. Alors, les montagnes russes habituelles, ça ne fait plus grand chose  au corps ni au mental… courir à sa perte en s’oubliant.

C’est un renoncement.

Autre réponse: se plonger dans tout ce qui nous promet un bien-être par le détachement des pensées. L’apaisement des émotions. Addict à la méditation, croyant travailler sur les émotions: ne vois-tu pas que tu refoules en permanence? Où est l’espace-temps où tu laisses, tout, tomber, ou s’envoler, se serrer, crier, grincer, chauffer?

Quand as-tu lâché ta propre main pour t’abandonner à un anéantissement de fortune?

C’est une anesthésie ratée.

Tu ne comprends pas, tu as tout essayé… ça te détend mais tu continues à penser.

Où est ton coeur, où est ton coeur?

J’ai fait ces efforts, assise bien droite.

Séparée de moi-même dans une concentration pour enfin toucher du doigt la présence véritable.

Quelle mascarade!

La méditation est un acte du coeur. S’y engager avec l’intention de se détacher, c’est déjà reproduire cet attachement de l’illusion… il y a un chemin pour accepter que c’est dans la vie même, au coeur de chaque expérience de joie ou de souffrance, que nous sommes appelés à être en pleine conscience. Pas au sommet d’un atlas confiné dans une atmosphère faussement paisible. Nous avons tout à réapprendre, tout à déconstruire avant de parvenir à réellement faire l’expérience de la méditation. Et pourtant, notre voix, notre corps, sont des portes d’accès si simples et précieuses pour enfin commencer l’expérience du moment présent, à Soi, quelles que soient nos circonstances de vie.

Avant, avant la survie… il y avait le paradis?

Alors, ressentir, s’anesthésier… ou vivre?

Vivres les étincelles, les émotions de bout de ficelles, qui nous ligotent mais peuvent aussi nous libérer si nous leur laissons l’espace pour elles-même vivre.

S’anesthésier? Pour ma part je préfère synesthésier.

Définir pour moi-même les couleurs de l’émotion  ou de la sensation traversée : rouge vif, bleu sale, ou noir profond? Tant de nuances qui vont enfin laisser l’émotion s’expérimenter par un rapport doux et distancé à la fois.

Inventer un nom pour chaque émotion… et le chanter! C’est ce que nous faisons lors des séances en individuel. Parce que les mots sont parfoisde trop, parce que les émotions sont souvent enchevêtrées. Il y a cette possibilité de créer un nom aux sonorités qui vont coller à notre paysage intérieur, et porter sa vibration dans l’air pour qu’enfin il vive en dehors. L’air du chant est un retour à la vie et une libération profonde de ce qui se cachait en nous sans trouver la sortie.

Ecrire de façon intuitive et en bougeant, avec des mots ou des signes cunéiformes. Encore une fois, donner corps à son émotion d’une manière totalement déconnectée de l’intellect. Un rapport plus instinctif.

Et bien sûr, danser, mettre en mouvement ces mots et ces sons inventés. A chaque fois qu’une personne le fait lors des séances, j’assiste à un changement notable. Les traits se détendent, le corps semble refaire un avec lui-même, se retrouver enfin capable de se saisir de ce qu’il vit pour le transmuter.

C’est ça, faire corps avec son émotion et la synesthésier.

Rien à changer. Juste laisser être, laisser se transformer les vécus du corps-coeur-voix.

S’autoriser à faire vivre son émotion un peu plus encore pour que, petite ou grande, elle vive sa vie du mieux possible.

S’abandonner avec confiance au merveilleux savoir-être de notre vaisseau corps-voix. Depuis des millénaires de lutte, des années de survie au milieu de ces accidents de vie petits ou grands, il sait.

Il sait transmuter, nous révéler, nous élever.

Le plus dur? Arrêter de  faire des efforts.

« Let it be ».

Et accueillir le vivant pour ce qu’il est: mutant, changeant, contradictoire. Les contrastes sont là pour nous faire mieux apprécier les nuances de ce que nous vivons. C’est  comme ça que nous intégrons la totalité de l’expérience: difficile ou facile, triste ou joyeuse, agréable ou inconfortable… Le vivant recèle tout et son contraire et c’est précisément pour ces paradoxes illusoires que nous sommes constamment amenés à continuer notre quête pour être en harmonie et diluer nos hyper réactions dans un accueil plus doux et plus attentif…

L’expérience du « hautement sensible » comme j’aime l’appeler, peut nous amener près de l’extase et près de la grande souffrance. Elle nous engage aussi, inéluctablement, dans un cheminement vers notre refuge, notre sanctuaire intérieur. Le corps. 

Atténuer les montagnes russes.

Calmer le je(u).

Oui, c’est possible, sans renoncer à ce que nous vivons.

Sans nous séparer de ce que nous portons, sans avoir à constamment contrôler pour « purifier » ou « gérer » les émotions.

La voix nous offre de la fluidité dans le ressenti.

Redonnons à nos paysages intérieurs de l’espace.

Redonnons à nos voix la possibilité de nous faire ressentir combien nous sommes infiniment plus libres que nous le croyons.

Ressentir, s’anesthésier…

Ou vivre. Avec toutes les nuances, toutes les possibilités.

Reconnaître nos sensations de la plus envahissante à la plus subtile, nommer nos émotions avec notre propre langage intérieur, laisser être, laisser vivre en nous puis au-dehors de nous.

Voilà le processus. C’est cela qui crée du Vivant. C’est cela qui ramène l’amour de soi, quand nous nous laissons enfin toucher par notre propre fragilité et notre extraordinaire capacité à renouveler nos élans vers nous-mêmes et notre Voie.

Le chemin est bien celui-là: oser retrouver l’intimité avec le Soi et tout son bagage d’émotions, pour enfin se sentir amoureusement accueilli dans et par la Vie, tout autour de nous.

J’ai fait mon choix:

Je veux simplement être une parcelle du vivant.

Et vous?

marion dorval

 

Touchant. Vibrant. Inspirant.

Soin et inspiration par les mots doux et puissants:

LA TRAVERSEE - S'autoriser:

valider tout son être depuis son coeur

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