Observer, ce don de l’émerveillement

Observer, ce don de l’émerveillement – Eloge de l’observation

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La vie nous enseigne que le monde est source d’apprentissages. C’est lui qui nous ramène au cour de nous-même, à ce qui fait notre essence. Un effet miroir permanent que nous filtrons au fil de nos expériences et qui nous mène à construire, déconstruire, reconstruire, nos représentations sur notre figure, celle des autres, celle du monde.

Qui sait si l’observation ne serait pas la clé fondamentale pour évoluer?

Dans ce qui suit, l’objet de l’observation pourra être, selon ce qui résonne chez vous:

  • un objet physique
  • une personne, y compris un animal, un végétal, un minéral
  • un paysage, un ensemble de constructions
  • un comportement chez soi ou chez les autres
  • une émotion, un sentiment chez soi ou chez les autres
  • un mouvement chez soi ou chez les autres
  • un débit de voix, un timbre, une mélodie, un rythme, émanant de soi ou d’autrui
  • une pensée, une réflexion, une philosophie, un dogme, une information…

Par ailleurs, j’entends par observation une activité qui consiste à se rendre disponible pour entrer en lien avec l’objet de l’observation. C’est loin de se limiter à un contact visuel! Regarder avec ses yeux est la première chose à laquelle on pense, mais ici je vous invite à observer:

  • avec tous vos sens, donc observer devient une expérience sensorielle (de goût, d’odorat, de toucher, d’ouïe, et bien sûr la vue)
  • avec votre coeur, donc observer devient une expérience spirituelle (ressentir pleinement ce qui se passe en soi, sans s’y attacher ni l’analyser)

Il s’agit de prendre contact en se mettant en conditions de réception active et la plus complète possible.  Vous aurez peut-être, spontanément, envie de penser au mot «  écouter » plutôt qu’observer. Observer, se mettre à l’écoute de la vie, prenez ce qui vous parle.

Les qualités développées par l’observation me semblent révéler à quel point cette activité est cruciale à notre époque pour nous ramener dans l’ici et maintenant, au contact de la vie et non dans l’illusion de ses avatars (distractions qui nous empêchent de vivre ce qui nous tient à coeur, jeux de l’ego sur les réseaux sociaux, conventions sociales qui aseptisent nos relations et réduisent la part de spontanéité).

Observateur, toujours tu prendras ton temps.

Approcher l’objet de son observation exige du temps, par la finalité qu’elle sous-tend. Si j’observe, c’est pour en tirer un enseignement: je veux en savoir plus sur cette chose, cette personne, cette émotion. J’ai besoin de temps pour comprendre comment ça fonctionne, quels sont les différents aspects de la situation. Un peu comme observer un diamant à mille facettes nous prendrait du temps, observer la vie et ses manifestations revient à se poser quelque part et déposer notre regard pour laisser se dévoiler les choses.

Concernant le domaine des émotions, des sentiments, des pensées, nous sommes si pris dans nos réseaux de représentations, dans le flux des informations, que ralentir pour observer devient une priorité. J’ai parfois l’impression que nous sommes tellement submergés par les avis répandus partout à propos de tout, par les sollicitations pour consommer, que c’est un peu comme si nous avions des spots en permanence dans la figure, ou, moins violent, des multitudes d’arcs-en-ciel partout autour de nous. On ne peut pas y voir clair sans discerner, et pour qu’il y ait discernement il faut le temps du silence. Filtrer les couleurs pour mieux en connaître chacune, cela demande une discipline qui s’accomplit dans la durée. Avec l’habitude, on parvient à pacifier son esprit et donc son regard: moins happé par ce qui se passe à l’extérieur, on s’installe dans un rapport plus paisible au temps et surtout on ouvre à l’expérience d’être « avec » l’objet de son observation, sans s’en donner l’illusion (note pour moi-même: facile de se dire je me prends un quart d’heure pour examiner mon émotion du moment : on tombe vite dans le mode « recherche de solution » qui n’est pas une observation, mais une course pour vite supprimer ce qui est désagréable en nous).

Observateur, tu prendras note sans juger ni comparer.

C’est une leçon d’humilité, et il m’est impossible de ne pas penser là aux transmissions des voies telles que celles du budo (arts martiaux et d’éveil venus du Japon: zen, kyudo, judo, ikebana, art du thé…). Quand je me place en tant qu’observateur, j’accepte de reconnaître que j’ai à apprendre. Je fais voeu d’humilité pour quelques instants ou plus, en recevant tout ce que mes sens peuvent noter comme information. Rester dans cette intention, cette posture, vis-à-vis de mes émotions, d’une personne, d’un animal, m’entraîne véritablement à une pleine conscience de l’expérience vivante. Je note, j’absorbe à mon tour ce qui émane de l’autre et me touche. L’expérience d’observation peut être agréable, désagréable, voire neutre: ce n’est pas le moment d’y penser, c’est le temps de recueillir.

Imaginez un photographe observant un oiseau rare et voulant réussir un cliché: mission impossible s’il passe son temps à penser… tout son corps est dans l’intention de capter le meilleur moment, et pour ça rien ne doit parasiter la situation. La pratique de l’observation consciente nous aide à différer nos jugements, nos réactions et donc mieux vivre l’expérience du moment présent. Elle nous offre au fur et à mesure l’accès au plaisir de se placer « près de », de s’approcher d’un phénomène, d’un être, d’une idée, de savourer ce moment de la découverte sans s’attacher à plaquer dessus nos raisonnements. Elle nous laisse en position d’ouverture et simplement, nous aide à entrer en relation avec l’autre plutôt que s’engager tout de suite dans des élucubrations sur « ce que pense l’autre, de moi, de nous », ou « ce que cette émotion dit de moi, de mon futur, de mon passé », « ce que cette idée va m’apporter pour mieux gagner ma vie, pour m’économiser de l’argent, du temps »… Ici il n’est pas question de se projeter: observer c’est découvrir, enlever le voile. C’est ça aussi : laisser les illusions de côté, y compris le petit discours intérieur du mental qui veut nous déconnecter de l’expérience de nos corps et de nos coeurs pour se rassurer avec ses idées toutes faites.

Observateur, tu élargiras ton point de vue sans cesse.

Nous pouvons observer un même objet de près, de loin, à la dérobée, de jour, de nuit.

Dans les détails ou de façon globale.  C’est en particulier utile lorsqu’il s’agit de se faire une idée, un avis à propos d’une situation, d’un courant de pensée. Approcher les concepts et les notions abstraites ne peut se faire en se contentant d’un seul point de vue. Il y a tant de nuances à saisir dans ce que nous voyons, nous vivons. Ce monde moderne est tout entier plongé dans la vision manichéenne et réductrice d’une pensée en tout ou rien: chaque acte ou pensée est bon ou mauvais, une personne a forcément soit tort soit raison, mes émotions sont soit positives soit négatives, mes relations sont épanouissantes ou toxiques… heureusement que tout comme le cercle du yin et yang, nous pouvons distinguer « un peu de tout dans tout ».

Observer nos réactions, nos émotions, celles des autres, observer le comportement d’un animal, c’est s’ouvrir à l’idée que nous aurons un point de vue valable à un instant donné dans une position donnée. Reprenant l’image du photographe, s’il revient le lendemain reprendre la photo d’unpaysage, celui-ci aura irrémédiablement changé, même imperceptiblement. C’est toute la beauté de la nature de nous enseigner que nos observations sont soumises à d’infinies variations. Changer de point de vue, c’est ne pas rester crispé sur une idée, un avis. Ne réduisons pas la circonspection à un aveu de faiblesse ou à une mollesse de l’opinion: construire son avis sur quelque chose, ça se fait progressivement. L’intuition se développe également lorsque nous nous permettons d’observer nos émotions, nos réactions (et celles des autres) sous différents aspects.

Bref, apprendre à observer c’est définitivement élargir sa vision de l’esprit, du corps, c’est embrasser toutes les possibilités en soi et autour de soi. Dans le concret de tous les jours, lorsque nous pratiquons une observation conscient et multifocale, nous développons notre créativité, aussi bien sur le plan concret des réalisations artistiques, que dans nos façons d’interagir avec autrui. Une voie qui amène plus de liberté en soi pour vivre, s’exprimer, penser sans être coincé dans une seule façon de voir les choses, sans être appesanti par du fatalisme ou du déterminisme.

Observateur, tu sauras que regarder est le point de départ de toute évolution personnelle et collective.

Je n’ai pas ici la place pour développer en détails cet aspect.

Simplement, lorsque nous naissons, nous apprenons par imitation. Le mimétisme est un comportement présent chez les espèces animales, végétales: il concourt à un vivre ensemble apaisé, co-créateur, harmonieux. Il s’agit au départ de survivre en adoptant les comportements et les codes nécessaires pour s’intégrer dans le collectif. Nous sommes éloignés de la nécessité de survie telle qu’elle se présentait au début de l’histoire de notre espèce, mais observer nous reste indispensable pour:

  • comprendre les autres
  • se comprendre soi-même
  • communiquer dans la même langue
  • développer son ressenti et donc s’assurer une connexion corps-esprit qui stabilise, qui nous évite d’agir simplement de manière « mentale » en étant emporté par nos peurs et nos préjugés.
  • rester curieux et émerveillé, en somme jouir de la vie!
  • … liste non exhaustive, loin de là!

Un fin observateur connaît par coeur son fonctionnement physiologique et psychique (plutôt utile en cas d’hypersensibilité), et il peut détecter celui des autres. C’est cette approche douce et pleine d’acuité, d’autrui, de soi, de la vie, qui nous aide à créer des liens.

Observer n’est pas une action passive quand elle se fait en conscience, avec émerveillement, dans un appétit de comprendre et d’aller vers: l’autre, la vie, soi-même…

C’est un prélude à la rencontre, à la discussion, au débat. Là vient alors éventuellement s’ajouter l’analyse, la réflexion, la prise de décision.

Mais sans observation, que se passe-t-il?

Les schémas de fonctionnement l’emportent, les mauvaises habitudes, le « zapping », les jugements à l’emporte-pièce, les comportements qui mettent sur un piédestal un jour et détruisent le lendemain… nous sommes si vite emportés par toutes ces illusions quand nous ne nous offrons pas le temps d’être véritablement présent à ce qui se vit, en posture d’observateur ouvert et actif.

Pas d’évolution individuelle ni collective sans le temps de l’observation: échanger avec l’autre, grandir avec l’autre, sont rendus possible lorsque nous lui avons accordé ce temps d’observation neutre, sans jugement, sous différentes facettes, sans le réduire à des idées toutes faites.

Une pratique non violente et zen qui ouvre la voie à la construction d’idées et d’actions prenant en compte l’autre tel qu’il est, dans toute sa complexité, ses contradictions, ses élans et ses moteurs internes.marion dorval

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Ecrire sur soi pour enfin devenir soi-même

écriture thérapie

Ecrire son histoire pour enfin devenir soi

 

Qui suis-je ? Comment me définir devant les autres ?

Cette question est sûrement de celles qui me fascinent mais aussi celle qui m’agace le plus. Je n’aime pas me définir. Je suis capable d’apporter une réponse très succincte à « qui es-tu ? » comme de parler sans m’arrêter.

ça n’est pas correct.

Les codes sociaux exigent qu’on réponde à cela par le traditionnel alignement des réponses concernant l’âge, la situation familiale, la profession, le lieu de vie, les loisirs… brièvement mais sans se contenter du strict minimum.

Il n’y aura pas mort d’homme si l’on fait autrement.

Mais probablement un léger malaise dans l’assistance qui s’attend à un réponse conventionnelle, qui arrange tout le monde parce qu’on aura joué le jeu.

Et qu’on aura joué le jeu de donner aux autres de quoi se faire une représentation de nous-même. C’est aussi une façon d’amorcer un lien, de construire une relation. Celui qui ne dit rien de lui n’offre pas la possibilité aux autres d’entrer en relation. Je l’ai appris à mes dépens, en croyant me protéger je ne faisais que m’isoler davantage.

J’ai longtemps subi ces questionnements qui me figeaient car j’aurais voulu avoir l’audace de répondre librement, tout autant que je craignais terriblement d’être rejetée si je ne m’alignais pas sur le fonctionnement des autres. Je n’avais pourtant rien de spécial à revendiquer, rien à cacher non plus. Cette question est trop pesante, elle demande de résumer tout son monde, toute sa vie, en une petite phrase. Même sans verser dans la mégalomanie, elle fige parce qu’elle ne nous permet pas de prendre le temps de réfléchir à comment l’on veut se présenter au monde.

Pour retrouver cette liberté de choisir sa façon d’exister aux yeux des autres, l’écriture est une alliée de taille.

 

Ecrire le récit de soi, c’est à dire adopter une pratique d’écriture qui permet de se raconter sans censure, c’est tout d’abord retrouver ces espace-temps où l’on peut se livrer sans retenue. Parler de soi avec ses propres mots est alors un remède à bien des maux. Personne pour nous interrompre, personne pour nous fusiller du regard si la page reste blanche. Cette création entre soi et soi-même, c’est l’occasion de se fabriquer un cadre sécurisant, bienveillant, où tout est permis, en accord avec notre nature profonde.

 

Que ce soit par l’art du journal, de l’autobiographie, de l’écriture épistolaire, écrire à partir de soi et sur soi libère la créativité d’une façon bien différente qu’avec les pratiques conditionnant un résultat esthétique. Ici, nul besoin d’atteindre un certain nombre de pages, d’adopter un style particulier, de faire des effets de sens, de vouloir plaire. C’est le retour à la spontanéité et l’occasion d’enfin porter un regard doux sur soi, d’accomplir un acte digne apportant une satisfaction toute simple et pourtant ô combien réconfortante et joyeuse.

Ecrire pour soi, c’est avant toute chose prendre en charge son histoire.

Quand j’écris, je porte ma voix sans laisser personne d’autre parler à ma place. Nous existons à travers le regard des autres, que nous le voulions ou non. Chacun grandit en construisant une multitude de récits sur lui-même, sur les autres, sur le fonctionnement des relations, avec pour support les représentations sociales donc systémiques apportées par l’environnement familial, social, éducatif dans lequel nous avons grandi et où nous continuons d’évoluer. Reprendre le fil de son histoire c’est s’autoriser à la dérouler dans le sens qui nous permet de mieux intégrer nos failles, nos blessures, reconnaître nos victoires et notre beauté. C’est non seulement se soustraire aux diktats (le « ce que je crois que les autres croient sur moi », qui finit par nous définir tellement nous lui laissons la main) mais c’est prendre part activement à la création du sens que nous voulons pour notre vie. Déconstruire les idées que nous avons sur nous-mêmes, décoller les étiquettes qu’on nous a collées (à notre insu ou de notre plein gré) est un acte courageux et nécessaire pour vivre enfin sa vie.

 

Loin d’être une activité égoïste ou narcissique – renarcissisante certes, si l’on en a besoin, car elle restaure l’estime de soi et offre un nouveau regard plein de tendresse sur notre parcours– écrire le récit de soi c’est un premier pas pour s’ouvrir aux autres en se respectant profondément.

Pour tisser des liens authentiques, des relations vivantes, vibrantes, nous avons besoin d’être touchés.

Or, écrire sur soi c’est s’ouvrir sur l’autre, car être dans sa vulnérabilité, c’est se laisser voir, se laisser toucher donc être touché par les autres. En écrivant qui je suis, ce que je ressens, ce que je vis, d’où je viens, d’où je parle et où je souhaite aller, je risque une mise à nu. L’écriture, quand on s’y livre vraiment, ne laisse pas d’autre choix.

Et pourtant, c’est bien ce plongeon qui nous permet de laisser les autres nous voir comme nous sommes véritablement, sans artifice, sans se diminuer. Je ne parle pas là de faire lire ses écrits personnels : il suffit d’entrer dans une pratique toute personnelle du récit de soi pour constater au long cours, que notre regard sur les autres gagne en ouverture, en tolérance. Nous nous autorisons à parler de nous par petites touches, plus librement, quand nous sommes en confiance. Et offrir un bout de son histoire aux autres, c’est leur donner la possibilité de nous rejoindre là où eux aussi ont peut être été touchés, blessés, émerveillés.

Redonner de la voix à son histoire, être vivant en portant ses stigmates, ses victoires, faire avec en embrassant le tout, sans se sentir coupable mais plutôt libre de faire agir ce récit comme bon nous semble. Un acte à la fois responsable pour ne plus subir son passé et craindre l’avenir, un acte fondateur d’une vie créatrice qui intègre nos différentes facettes et nous fait envisager « je », cet autre, et tous les autres, comme des êtres dignes de se raconter par eux-mêmes.

Faire entendre sa voix est vital, par tous les moyens.

L’écriture aide à vivre, l’écriture relie, l’écriture redonne joie, force, courage.

                             marion dorval

Vivez l’expérience d’une vie créatrice grâce à votre propre histoire:

Conte créatif: Les succulents ratages

Conte créatif: Les succulents ratages

 perfectionnisme

Les succulents ratages

 

Regarde, comme cela aurait presque l’air bon! Comme on dit : “il n’y a que des bonnes choses dedans, ça ne peut pas être mauvais.”

Je me prête souvent au jeu de l’improvisation culinaire, puisque finalement improviser vocalement a contaminé mes autres tâches quotidiennes, mes gestes envers moi et envers les autres aussi. Prise d’un élan de spontanéité, j’ai rassemblé le matériel et les idées en vrac.

J’ai pris ce qu’il fallait pour ce qui devait ressembler à un crumble salé vegan. Au final, ça n’a pas pris du tout… en apparence, la forme est respectée. ça c’est tout l’impro: tu penses que tu vas obtenir un résultat joli, parce que tu as réuni les ingrédients nécessaires. En fait de joli, tu as quelque chose d’immangeabe! La sauce n’a pas pris entre eux, la mayo n’a pas monté. 

Déçue? Oui, tant d’efforts, tant d’attente pour un si piètre résultat. Et après? J’ai bien ri, figure-toi. L’impro m’apprend ça, depuis toujours: espère, et tu seras déçu. Libère, et tu pourras rire si c’est raté à ton goût, savourer sans retenue si ça te plaît. Si tu as le moindre attachement, alors l’expérience se révèlera douloureuse pour ton ego: quoi, j’ai raté, je suis nulle… Bien sûr, ce sont les principes de base de la méditation, que crois-tu? Chaque action est propice à méditer, surtout celles qui consistent à cuisiner et à chanter. 

Et surtout surtout: tu ne t’appesantis pas, oh non pas de lourdeur, tout se joue dans l’instant. Ne crois pas que ce ne sont que des one shots qui se succèdent, sans queue ni tête, bouts de recettes, bouts de relations, bouts de sons… non: c’est un apprentissage, car à chaque essai, chaque élan, ton corps réagit pour t’indiquer si la voie est quelque part par là. ça se construit par strates, des lamés de pâte feuilletée, au fil du temps. Ne sois pas pressé, joue simplement.

Au fond, on devient aiguilleur de son propre ciel. Les envolées peuvent bien retomber comme un soufflé, il restera l’élan. C’est ça qui compte: tu as mis tes mains dans la farine, tu as osé les mots devant lui, tu as tenté sans aucune certitude sur le résultat. Expérience concrète et si intime à la fois, qui pourrait croire que c’est juste avec ce qu’on trimballe du matin au soir entre nos os, qu’on parvient à cheminer vers le coeur de soi? 

Bien sûr j’ai pris la photo du ratage: c’est là que c’est succulent! On peut tout imaginer: la prochaine fois, un peu plus de farine ou un peu moins d’huile? Que rajouter, qu’est-ce qu’on peut enlever?  (suite en commentaire)

Tu sais, tu me demandais l’autre fois: et si je déraille quand je chante? Et si finalement ma voix sonnait affreusement, au point que je développe un complexe?

Alors j’espère que mon échec patent dans mon petit labo de cuisine t’aura aidé à comprendre: plante-toi, plante-toi pour de bon les deux pieds dans la terre ou plutôt la voix à fond pour faire résonner ton arbre-tronc (tu te souviens, le tronc-caisse de résonance?), sinon jamais l’écho de ta voix ne montera à toi, jamais tu ne sauras de quoi tu es capable, jamais tu ne goûteras ni n’entendras de quoi tu es fait. Lance-toi pour le jeu, pour chercher sans attendre, pour conquérir sans gloire et pour avancer sans jamais arriver quelque part.

Rater est bon, c’est préparer le meilleur, se connaître sur le bout des doigts, explorer son territoire sans le circonscrire, l’étendre là où ça fait du bien – oui, va là où ça fait du bien, là où tu peux rire de toi, déguster tes réussites sans les retenir, sans avoir peur de ne pas pouvoir les reproduire. Improvise et joue. Tant pis si ça sonne dégueulasse: tu iras chercher dans une autre gamme plus tard, la prochaine fois! 

J’ai déjà hâte de remettre mes mains dans la pâte, je sais que mon corps et ma tête ont tout enregistré des textures et des proportions appropriées, du moins plus à mon goût! 

A nos succulents ratages, tu me raconteras les tiens, dis?

Marion

 

Lire c’est bien, vivre c’est mieux.

Pour renouveler son regard sur soi et ce qui nous entoure, je vous invite dans mon Labo créatif :

Eric, artiste origami: la création vecteur d’intégration sociale

  On peut se sentir différent et réussir son intégration sociale…


J’accompagne par l’expression créatrice tous ceux qui souhaitent accéder à la liberté d’être enfin eux-mêmes.
Naturellement, j’aime découvrir des personnes qui ont elles-mêmes fait ce chemin. Dans cette série d’entrevues, je suis allée à la rencontre de créateurs atypiques et inspirants. J’espère que chacun d’eux vous donnera l’envie de vous lancer dans une pratique créatrice pour oser davantage être vous, sans la peur du regard des autres.  

 A la rencontre d’Eric, le plieur fou…

 Qui es-tu Eric?

Je suis démesure passionnelle. Je suis un esprit libéré des conventions et influences et dont les créations sont à son image: une part de ma personnalité qui se sait imparfaite car la recherche de la perfection ne laisse pas de place à l’imagination dans la création. Mon âme d’artiste a appris à souffrir de cette contradiction car la réussite d’un acte n’est pas liée à sa perfection.

  • Pourquoi as-tu choisi de dédier ton temps à la création en origami ? 

2 façons de répondre. La première: j’ai toujours aimé la nature, l’art et les casse-têtes et l’origami et la convergence des trois. La seconde : Ce n’est pas un choix, je suis diagnostiqué autiste asperger et je suis intimement lié à mes intérêts spécifiques, ils font partie de moi, de mon fonctionnement. L’origami est une part importante de ma vie.

  • Comment t’y es-tu pris pour débuter l’origami et trouver ta propre façon de faire ? 

Suite au visionnage d’un film ou je fus émerveillé par la magie de l’origami, j’ai cherché seul, avec la feuille de papier, dès lors je n’ai eu de cesse de plier jusqu’à obtention de mes propres créations , et ce depuis 20 ans désormais.

  • Au début de ton parcours artistique, as-tu eu peur de montrer ce que tu créais? Si oui, comment as-tu franchi le pas ?

Oui, en tant qu’autiste asperger, il était difficile pour moi de me confronter aux autres. De plus je ne pliais pas pour les autres en premier lieu mais pour moi. Puis c’est avec l’origami que je vais mettre en œuvre une manière différente d’aborder l’autre en l’utilisant comme vecteur d’intégration sociale, en écartant le regard de ma personne vers l’intérêt. Ainsi, je vais pouvoir l’utiliser pour m’insérer, par le geste mais tout en restant discret derrière le bouclier qu’est la feuille de papier.

L’origami a cet avantage qu’il est un art visuel que l’on peut montrer aisément, il surprend et capte l’attention. Cela m’a permis de rester dans un « cadre »  connu et sécurisant et une manière possible de se faire remarquer de façon positive au sein de la société.

  • Est-ce que tu te sens différent des autres ? Comment le vis-tu?

Assurément et ce depuis l’enfance, ou du moins la dizaine, quand j’ai réellement pris conscience des « autres ». Difficile de dire si je le vis bien ou non, cela dépend de qui m’entoure, à qui je suis confronté, le contexte. Il faut vivre dans la tête d’un asperger pour comprendre, avec ces perceptions sensorielles et réflexions sur l’univers qui m’entoure.

 

  • A ton avis, en quoi le fait de créer peut nous aider à nous sentir plus proche des autres ?

Comme je l’ai exprimé dans une question précédente à demi mot, en tant qu’asperger, l’origami a été pour moi un vecteur d’intégration sociale ! Et cela je le porte lors de la mise en place de mes ateliers ou la communication est un point important.

  • Au quotidien, qu’est-ce que ça t’apporte de créer? En quoi est-ce que ça influence ton rapport aux autres, ta vision de la vie ?

Cela m’apporte un bien être essentiel, une satisfaction d’avoir donné la vie, mes œuvres sont mes enfants. Pendant ce laps de temps de création, je suis dans un autre univers, une bulle de confort, ou plus rien ne m’atteint, que moi et ma vision de cette feuille. Pour le rapport aux autres, cela a évolué avec le temps car avant il n’y avait pas les autres, mais ces œuvres avaient une vie propre et je me devais de les montrer : une œuvre ne vit que si elle est vue.

Ma vision de la vie : l’origami m’a ouvert à tout un univers de perspectives philosophiques tellement profond car l’origami a un fort lien à la fois avec l’être humain et le monde, le monde qui nous entoure, notre planète mais aussi l’univers.

En savoir plus sur la portée philosophique de l'origami

Pas étonnant, en effet le monde est mathématique, or l’origami est mathématique à base de fractales et d’algorithmes qui peuvent devenir extrêmement poussés.

Pour les fractales, il s’agit d’un principe mathématique tel que  les formes découpées, fragmentaires d’un ensemble sont des motifs similaires à des échelles d’observation de plus en plus fines de l’ensemble lui-même (ex : flocons de neige, éponges …). Si l’on observe un flocon de neige, ou un chou romanesco, on observe ce principe fractal où le petit élément est identique au plus grand élément cumulant tous les petits.

Tout est lié par les mêmes lois, du plus petit  au plus grand, et quand on pratique l’origami à haut niveau, plus on avance en complexité plus on utilise ces lois au sein des règles mathématiques que l’on applique ou même de façon empirique, et l’on se rend compte que tout est lié. Ce lien qui unit tout est un des points de départ d’une réflexion philosophique.

Un autre point est le rapport à l’homme : Les bases de l’origami sont le pli Vallée et le pli Montagne, le pli en creux et le pli en bosse si on veut imager. Ce que l’on pratique sur la feuille pour lui donner forme est donc à l’image, encore une fois du monde avec ses vallées et ses montagnes que l’on retrouve partout comme au sein d’une feuille d’arbre ou de l’arbre lui-même, se trouvant en haut d’une colline ou en bas d’une vallée.

Mais par analogie à l’image de l’homme aussi : en effet l’homme en prenant de l’âge, se ride, comme se ride la planète, cette similitude est une base de réflexion philosophique entre le rapport de l’homme et la nature qui l’entoure allant jusqu’à la manière dont est pliée la molécule d’ADN qui nous compose.

Par expérience on complexifie les modèles origami, on ride de plus en plus la feuille, comme l’homme en vieillissant acquière de plus en plus de connaissances et de rides, les deux n’étant pas liées !

Ceci ne sont que des points de départ de questions philosophiques , je ne vous apporte ici , comme dit plus haut, que le lien entre l’ origami , sa pratique, et philosophie mais ne vous amènerai pas plus loin dans le déroulement, le processus de réflexion qui lui m’appartient ainsi que les réponses qui y sont liées.

Une de mes premières réflexions lors de ma pratique a été :

Si je plie une grenouille, les gens qui l’observent y voient une grenouille …

Or une grenouille, c’est fait de chair et de sang, ça vit, ça bouge, ça mange !

Ce que les gens observent est un bout de papier plié qui leur donne l’illusion d’être une grenouille !

La question est : Tout ne serait il pas qu’illusion dans ce monde ?

Rapport à l’homme : être ou ne pas être !

Sommes-nous réellement ?

A l’image de ce bout de papier qui semble être une grenouille mais qui n’en est pas une ?

oser être soi autiste
TESSELECTOPUS (2015-2018), création Eric Vigier

  • Ton plus grand plaisir quand tu crées ? Le contact de la feuille et la magie de voir y émerger la forme désirée, sans ajout ou retrait de matière, tout est là !
  • Ta plus grande peur quand tu crées ? Que ceux qui contempleront n’ y voient pas toute cette magie des possibles
  • Tes sources d’inspiration ? L’univers
  • Ta devise ? Tout est possible
  • Que dirais-tu à quelqu’un qui pense ne pas être créatif, qui n’ose pas se lancer dans une activité créatrice ?

Si ce n’est «  Si je peux le faire, tu peux le faire », je ne dirais rien et lui confierais une feuille de papier.

  • Veux-tu faire passer un message en particulier ?

Je vais me répéter : Tout est possible !

Merci à Eric d’avoir partagé son parcours artistique et sa vision de origami!  

Pour découvrir ses créations rendez-vous  ici: Eric Vigier, créateur de plis        Page Facebook: le plieur fou

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