C’est ça la quarantaine?

Je réalise que je ne me suis pas choisi un chemin facile. Une voie hors des sentiers battus.

Peut-être que toi non plus, peut-être que tu penses que tu ne l’as pas vraiment choisi… pour toutes sortes de raisons.

J’ai commencé par faire beaucoup de non-choix: m’adapter, me suradapter pour essayer de comprendre comment fonctionnait le monde, les relations entre les gens. Ce qui s’apparente à de la survie m’a pourtant permis de fréquenter plusieurs milieux et de mener plusieurs vies.

J’aurais pu rester ingénieure agroalimentaire mais pour une végétarienne élevée au bio, ça s’annonçait mal en terme de cohérence.
J’aurais pu rester professeure des écoles ou prof de FLE mais pour quelqu’un qui cherche à ne plus donner d’ordres ni en recevoir, un burn out m’aura suffi pour sortir de cette cage dorée.

Et puis à force de ne pas rentrer dans les cases des autres, j’ai choisi de me créer ma place. Un endroit à ma mesure, qui ne me demande pas de faire comme il faut.

Mais là encore, la vie m’a demandé de choisir…

J’aurais pu faire prof de chant, c’est si facile de retomber dans les travers professionnels pédagogiques de type transmissif sans rien apprendre véritablement sur soi et l’autre, c’est tellement stérile de copier-coller des méthodes (j’évoque là ma tendance à me rigidifier dans une posture lorsqu’on me demande d' »être » prof. Je n’ai rien contre les profs de chant, les miennes m’ont beaucoup appris!).
J’aurais pu me servir des étiquettes qu’on m’a collées pour faire du coaching pour phobiques sociaux ou pour adultes surdoués, mais ce qui m’anime c’est surtout de pouvoir libérer les autres de leurs carcans.
J’aurais pu accepter de rentrer dans le petit monde merveilleux du développement personnel.

Les uns voulaient des cours de chant, les autres voulaient de l’écoute psychologique, d’autres encore voulaient des ateliers d’écriture avec consignes… je pouvais tout faire, mais dire non n’était pas dans mes compétences à ce moment.

Bref, j’ai finalement compris qu’on n’a pas fini d’essayer de me mettre en boîte!

Et comme j’ai des racines-arêtes de sardine bien têtue, j’échappe aux filets et je continue à frayer mon chemin parmi les courants contraires.

Comme beaucoup d’autodidactes.

La seule chose qui m’intéresse c’est bien de pouvoir créer, que ce soit des poèmes, des marionnettes, des musiques, des chansons, des danses…

Et la seule chose que je suis capable de faire, c’est d’aider les autres à dépasser leurs peurs et leurs blocages pour retrouver ces espace-temps où non, plus personne ne te demande d’être, de faire ou de penser comme ci ou comme ça. Dépasser ne veut pas dire tuer ou supprimer: non, je propose un cadre sécurisant et flexible, ludique et profond à la fois, où toutes nos parts se réconcilient grâce à l’autorisation d’être enfin Soi. Enfin à la maison… et la voix.e se libère, et l’on discerne mieux ce pour quoi on vibre, ce qui nous plaît réellement, ce qui convient fondamentalement à notre nature profonde. 

Et où le fait de créer quelque chose d’unique est précisément ce qui permet d’être dans l’instant et dans la reliance véritable.

Ce chemin exigeant et difficile est le seul qui vaille la peine pour moi, le seul qui m’éviter de me fourvoyer dans les milieux trop tièdes et consensuels, là où j’ai été longtemps en manque de reconnaissance.

Ca me demande de continuer à affirmer ma posture avec bienveillance, détachement, en faisant confiance à la vie.

Alors je plonge avec délices dans les mots et les sons qui guérissent, et si ça peut aider d’autres que moi, tant mieux.

Aujourd’hui j’ai surtout compris que je ne veux plus choisir entre tout ce qu’on me propose de déjà défini. Je choisis de rester indéfinissable, c’est ma forme de liberté.

Je veux un regard large (défi pour une grande myope) et permettre à chacun, y compris à moi-même, de se voir dans toute sa globalité.

Au fond, je ne fais que revenir à ce que je souhaitais ardemment quand j’avais douze ans: vivre selon mes principes.

Avec mes capacités d’adulte, j’essaie donc de vivre l’harmonie, la beauté, la liberté.

Et ça me demande de travailler avec tous les éléments, c’est ça qui me plaît au fond: m’alléger comme l’air, creuser sans cesse dans la terre, garder le feu allumé pour rester éveillée, et surtout me mouvoir dans l’eau en symbiose totale avec les dimensions qui me composent et composent les autres.

Voilà, c’était un texte en je(u), spontané donc sans longueur maîtrisée, sans doute le plus personnel que j’aie jamais posté sur ce réseau tellement vivant et anonyme à la fois.

 

marion dorval